mercredi 21 janvier 2015

Dixième anniversaire du club de Camp-Perrin

Une belle longévité

Le Club de débat de Camp-Perrin a célébré son 10e anniversaire le mardi 30 décembre 2014, dans la magnifique salle de Conférence de l’Immaculée Market Restaurant. Commencée à 2h30 pm  comme prévu, les festivités ont pris fin à 6h15 pm. Une belle longévité pour un club qui continue de marquer le programme de débat de FOKAL.

87 personnes ont pris part à la fête, dont les membres du PIJ de Camp-Perrin, d’anciens membres du Club en vacances de à Camp-Perrin, des parents, des directeurs d’écoles et des professeurs de la commune. Deux principales activités ont marqué cette célébration :

- une conférence par Monsieur Charly Gaspard, originaire des Cayes et informaticien de profession, sur le thème : « Les NTIC et les opportunités qu’elles offrent aux jeunes ». Elle a été réalisée dans le but de sensibiliser les jeunes à faire un usage plus rationnel de ce que les gens appellent communément les NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication).

- la finale du tournoi organisée au sein du club autour de l’énoncé suivant : « La suppression des examens officiels du Certificat d’Etudes Primaires est justifiée ». En effet, l’annonce officielle de cette mesure par le Ministère de l’Education Nationale (MENFP), a agité beaucoup les milieux éducatifs et nous avons pensé qu’un tel sujet pourrait donner lieu à des réflexions assez intéressantes de la part des jeunes. La célébration du 10e anniversaire du Club nous a donné une occasion particulière d’organiser un tournoi au sein du club sur cet énoncé.

Les festivités ont démarré à 2h30 pm avec les propos de bienvenue de Pierre Sony Daudier, l’animateur adjoint du club de Camp-Perrin, suivis d’un court exposé sur le parcours historique du club, par son principal responsable Alex Sylné avant d’entrer dans le programme proprement dit.

Les jeunes de Camp-Perrin et les NTIC

Les jeunes de la commune connaissent assez bien l’univers de ces nouvelles technologies et constituent la majorité des utilisateurs de l’internet, des réseaux sociaux comme Facebook, Twitter, Whatsapp…. À la demande du conférencier Charly Gaspard, ils ont défini les NTIC, comme « l’ensemble des technologies de communication qui au 21e siècle ont provoqué une certaine révolution dans nos façons de communiquer ». Ils ont cité entre autres le téléphone portable, l’ordinateur, les tablettes comme les outils de ces TIC.
Charly Gaspard, le conférencier
L’idée essentielle présentée par le conférencier sur les opportunités offertes par les NTIC aux jeunes, c’est que les NTIC sont une arme à double tranchant. Mal utilisées, c’est-à-dire, mises au service de la pornographie, de l’oisiveté, peuvent représenter un grand danger pour la jeunesse en particulier. Mais exploitées à bon escient, elles peuvent se révéler des outils précieux dans le cadre des études par exemple et de la formation en général. A ce niveau, les échanges entre le conférencier et les jeunes ont été assez fructueux.

Un exemple de bonne utilisation des NTIC

On retiendra surtout cette expérience surprenante d’Edouard Plaisimond, un professeur de langues très connu à Camp-Perrin, avec les réseaux sociaux. Il a raconté ceci : 

« Lorsque j’ai créé un compte Facebook, je me suis demandé comment l’utiliser afin d’en tirer le meilleur parti. En d’autres termes, qu’est-ce que j’avais à vendre sur Facebook ? Une idée m’est venue subitement. Je m’intéresse beaucoup aux fleurs et surtout à certaines espèces qui sont en voie de disparition à Camp-Perrin, autrefois connue pour sa richesse en fleurs. J’en ai donc photographié quelques spécimens que j’ai postés sur mon mur Facebook. Quelques jours après, une Camp-Perrinoise vivant au Canada est entrée en contact avec moi et m’a demandé d’aménager en fleurs le jardin d’une maison qu’elle possédait à Camp-Perrin et m’a transféré pour ce faire USD 1,500 ».

C’est avec cet édifiant exemple que la conférence a pris fin.

La finale de débat

Une pause de dix minutes a été observée après la conférence et l’annonce du match a été chaudement applaudie par un public qui attendait avec impatience ce programme, les uns pour n’avoir jamais encore assisté à un match de débat, les autres pour y avoir déjà assisté ou pris part comme débatteur. Le public ayant repris sa place, Alex Sylné a pris le soin d’expliquer à la portion du public non avertie ce qu’est le débat, le format Karl Popper et les rôles de chaque équipe par rapport à l’énoncé.
Alex Sylné, animateur du club
L’équipe affirmative était composée par Landy Guillaume, Fenley Ménélas, Kensley Desrosiers, élèves de Rhéto du Collège de Mazenod. Lucie Dominique (Seconde au Collège CUC), Germina Daphcar Lubin et Angelie Gédéon (respectivement en Rhéto et en Seconde au Lycée de Camp-Perrin) défendaient le cas négatif.

Le jury était composé d’Alex Sylné, et de deux autres juges venus du club des Cayes, Yberson Jhon Mary et Yvens Elizaire animateur principal du Club des Cayes, qui accompagnait une délégation de jeunes de son club à la fête.

Suppression des examens officiels, chiffon rouge pour l'Etat

A 4h30 pm, le match était lancé. Landy Guillaume, premier orateur de l’équipe affirmative (A) a présenté 3 arguments pour appuyer la suppression des examens officiels du Certificat d’Etudes Primaires. Extraits.
L'équipe affirmative
Arg. A1  : Les examens créent un état de stress pathogène chez les candidats. Elle a expliqué que passer un e;xamen d’Etat revêt un enjeu tel que l’élève qui va passer l’examen du CEP est très stressé, d’autant plus que pour les élèves de la 6 e année fondamentale, c’est leur première expérience. Les élèves, non habitués à cette épreuve dans cette atmosphère sont sous pression et leur capacité de concentration s’en trouve affectée au point de tomber malade avant les examens.
L’équipe négative a réagi en expliquant que « logiquement un élève qui se prépare depuis six ans et qui a l’habitude de subir des tests en classe ne saurait ressentir de stress ».

Kensley, de l'équipe affirmative
Arg. A2 : Les examens coûtent trop cher à l’Etat. Pour l’équipe affirmative en effet, le coût des examens officiels en général et du C.E.P. en particulier, justifie leur suppression. Cette équipe se demande pourquoi ne pas utiliser cet argent à d’autres fins, puisque le certificat octroyé aux élèves ne les habilite à exercer aucune profession. Ce qui signifierait l’inutilité du « papier ».

L’équipe négative a rejeté cet argument en montrant que la cherté des examens ne saurait poser problème puisque l’Etat trouve de l’argent annuellement pour organiser deux carnavals.

Arg. A3 : Les professeurs auront plus de temps pour travailler avec les élèves. « Quand les professeurs et les élèves préparent les examens officiels, que de temps perdu !, estime l’équipe affirmative. Ils auraient pu utiliser ce temps pour étudier des chapitres supplémentaires et ainsi avoir une meilleure préparation académique ».
L’équipe négative a réfuté le 3e argument en montrant au contraire que, loin d’être une perte de temps pour les professeurs et les élèves, la préparation des examens officiels du C.E.P. est un motif de travailler pour ces derniers sachant qu’ils ont un défi à relever : celui de réussir.

Bataille de tranchée à coup d'arguments

Quant à l’équipe négative (N), la suppression des examens officiels du Certificat d’Etudes primaires n’est pas justifiée à cause de ces 3 raisons que ses débatteurs ont évoquées :

L'équipe négative
Arg. N1 : Cela peut contribuer à faire la promotion de la médiocrité. Un élève qui sait qu’il va passer un examen officiel est porté à faire plus d’efforts. Il se prépare et donc étudie davantage que d’habitude. Sans l’examen officiel, il aura tendance à être négligent dans ses études. L’examen officiel représente donc une motivation à travailler et qui le pousse à donner le meilleur de lui-même, surtout qu’il envisage d’être lauréat.
En exemple, ils ont cité le Groupe de Travail sur l’Education (GTEF), selon lequel l’enseignement primaire est là que se pose la base de l’instruction et la saper (en éliminant les examens du Certificat d’Etudes Primaires-C.E.P.), c’est poser la base de l’échec des enfants à l’avenir.

L’équipe affirmative s’est opposée à cet argument en faisant valoir que, au contraire, les conditions déplorables dans lesquelles se déroulent le plus souvent ces examens officiels (3 à 4 écoliers par banc dans certains centres) favorisent la tricherie, et par conséquent, contribuent à rabaisser le niveau des élèves.

Arg. N2 : Les examens du Certificat d’Etudes Primaires (CEP) représentent une porte à sortie pour l’élève. Les élèves qui réussissent brillamment cet examen-là ont la possibilité d’obtenir des bourses d’études qui récompensent ses efforts. L’équipe a cité l’exemple de l’ONG HELP qui a l’habitude d’encourager les élèves doués sur tout le territoire en leur octroyant des bourses pour poursuivre leurs études secondaires et universitaires.

Gemima, de l'équipe négative
Bien que l’équipe affirmative ait reconnu que les examens officiels offrent cette possibilité-là , elle a rétorqué tout de même en montrant qu’une bourse d’études d’une ou deux années ne saurait constituer une porte à sortie pour des élèves qui ont une course de plusieurs années devant lui, et en prise avec une situation financière déjà difficile.

Arg. N3 : La suppression de cet examen officiel va devenir l’un des problèmes majeurs de l’école haïtienne. Si les élèves ne sont pas évalués, comment s’assurer qu’ils sont  bien formés, comment s’assurer qu’ils ont le niveau adéquat pour poursuivre des études à un plus grand niveau, s’est demandé l’équipe ? Citant le professeur émérite Fritz Dorvilier, ils ont déclaré que « les pays qui l’ont fait (supprimer les examens de fin d’études primaires) l’ont regretté », malheureusement sans nommer  l’exemple d’un seul pays).

Par contre, l’équipe affirmative a laissé comprendre de leur coté que leurs adversaires ne sont pas sorciers et qu’on ne peut pas supputer d’avance ce que cela va donner dans les années à venir. Cette répartie avait fait l’objet d’un bel échange lors du contre-interrogatoire qui a précédé, quand un débatteur de l’équipe négative a fait savoir que quand l’Etat prend certaines décisions au niveau de l’éducation, on peut déjà prévoir les conséquences qu’elles vont impliquer. « N’est-ce pas sorcier ? », avait-il demandé ironiquement.

Appréciation de la performance des équipes : un cru prometteur

Nous devons noter que les débatteurs qui ont participé à cette finale en étaient pour la plupart à leur coup d’essai. Cependant, les 2 premiers orateurs dans les deux équipes ont fourni un travail intéressant qui laisse présager qu’ils deviendront de bons débatteurs en continuant à pratiquer le débat. Quant aux contre-interrogatoires, ils ont été les moments forts du match et les débatteurs ont su assez bien les utiliser dans les réfutations et les reconstructions. 
Le jury
Le public a fort apprécié par ses applaudissements la conviction qui animait les débatteurs dans leurs discours. Cependant, comme l’ont fait remarquer les juges, les 3e orateurs ont encore du boulot à faire parce qu’ils n’ont pas totalement  fait le travail qu’on attendait d’eux : c’est-à-dire, inventorier les points clashs du débat, les points faibles de l’argumentation adverse, et mettre l’accent sur les points forts du match.

C’est l’équipe négative qui a remporté le match (2-1). Les 2 juges ayant voté pour elle ont surtout signalé que l’équipe affirmative n’a pas précisé la source de ses supports. Toutefois, le meilleur joueur de la finale et du tournoi provient de l’équipe négative : Fenley Ménélas, jeune débatteur très prometteur.

Conclusion

La célébration du 10e anniversaire du Club restera gravée longtemps dans les mémoires. C’est, de l’avis de plus d’un, une cérémonie à la hauteur de l’événement. Outre l’atmosphère conviviale qui régnait, la joie des anciens débatteurs du club invités à participer à la fête, de parents et des personnalités travaillant dans le domaine de l’éducation qui découvraient pour la première fois le débat, il y eut la performance de ces jeunes qui ont présenté ou défendu leurs arguments avec assurance.
L'assistance
Le public satisfait ne se retenait d’applaudir. En autres déclarations, nous retenons celle de l’un des directeurs d’école ayant participé à la fête : « Nou ka konte aktivite sa a kom pi gran bagay ki fèt nan komin nan pou lane 2014 la ! ».

Remerciements

Aussi nous voulons remercier tous les jeunes qui ont donné de leur temps et de leur énergie pour la réaliser cette belle activité, les parents dont leur caution morale est capital, les différentes personnes œuvrant dans l’éducation qui nous honorés les uns par leur participation, les autres par leurs encouragements, nos amis du Club des Cayes qui nous ont honorés de leur présence.

Retrouvailles des anciens débatteurs du club
Nous remercions également le coordonnateur des Programmes Initiative Jeunes, Jean-Gérard Anis, pour son support technique et son infatigable attention, les responsables de la FOKAL, en particulier la directrice des Programmes de FOKAL, Elisabeth Pierre-Louis Augustin, qui ont pensé à implanter en Haïti une activité aussi enrichissante qu’est le débat au bénéfice des jeunes.

A toutes et à tous, nous vous renouvelons nos vœux de Bonne et Heureuse année 2015 !

Alex Sylné
Animateur du club de débat de Camp-Perrin
PIJ- janvier 2015


1 commentaire:

Programmes Initiative Jeunes a dit…

Félicitations Alex pour cette belle initiative! Bravo à l'équipe championne de la finale!