lundi 30 novembre 2015

Que veulent les jeunes des clubs de débat ?

Nous avons eu au Cap-Haïtien la démonstration de ce qu’ils veulent précisément. A la fin de leur réunion hebdomadaire ce samedi 21 novembre, au collège Regina Asumpta du Cap, les 24 jeunes présents (13 filles et 11 garçons) ont eu à remplir un questionnaire qui les sondait sur leur degré de satisfaction du fonctionnement du club, de la formation reçue, des activités entreprises au sein de leur groupe, de leurs difficultés et de leurs attentes de leur club et du programme. Ils n’ont pas esquivé les questions, répondant avec franchise non sans une certaine candeur.
L'animateur Edwin Pierre-Louis animant la réunion
L’objectif de cette consultation impromptue des jeunes de ce club a été pour le coordonnateur du programme d’aider à résoudre une crise de résultats qui traverse le club depuis tantôt 3 ans, sur demande de 8 anciens membres du club qui ont écrit une pétition à FOKAL pour solliciter son action afin de renverser cette situation qui les interpelle. Accompagné d’Yvens Rumbold, responsable de communication de FOKAL, le coordonnateur s’y est rendu, observé la séance de réunion du club, s’est entretenu avec les pétitionnaires puis les 2 animateurs du club, Edwin Pierre-Louis et Alendy Almonor.

Les satisfactions

FOKAL apprécie fortement que les jeunes du Cap-Haïtien des clubs portent un véritable attachement au destin de leur club. Les anciens membres se montrent soucieux de leur club car ils n’ont pas digéré ni la performance de leurs représentants ni le classement médiocre de leur club, dans les derniers tournois régionaux et nationaux, au point qu’ils militent ouvertement pour un redressement d’urgence du club. Les jeunes membres actuels poussent également à ce que leur club « gagne des tournois comme les autres », espèrent-ils.

Les anciens membres du club à la base de la mission dans le club
Les débatteurs de la métropole du Nord ont manifesté aussi le souhait que le débat bénéficie d’une meilleure promotion auprès des parents qui souvent refusent de les laisser participer à cette activité, et auprès des jeunes de toutes écoles confondues de leur ville, qui méritent de découvrir les bénéfices que ce programme peut leur apporter. Le club de Jacmel a déjà pris les devants en ce sens la semaine dernière en invitant parents, journalistes, jeunes à une démonstration de débat.   (http://vaguedufutur.blogspot.com/2015/11/voter-aux-elections-devrait-etre.html).

Enfin, il était important pour nous à FOKAL de savoir que les jeunes débatteurs du Cap (ainsi que des autres clubs du réseau) veulent de leur club, ce qu’ils attendent de leurs animateurs et du programme. Cela nous aide à corriger les dérives, à colmater les défaillances, et à fournir des instructions ciblées, des recommandations et des solutions adaptées à la réalité de chaque club. Les débatteurs capois, en se prêtant positivement à l’exercice de cette consultation, ont participé sans le savoir, à cette démarche dont les retombées profiteront à tout le réseau.

Les difficultés

Les débatteurs capois ont réagi sur la pédagogie de la formation au débat, trop magistrale à leur gout, qui laisse, selon eux, peu de place aux exercices et à la pratique. Ils ont confessé le stress, la timidité, les difficultés à s’exprimer, voire la peur, comme autant d’entraves à surmonter pour débattre. Ils ont pointé aussi leur faible capacité à trouver des arguments convaincants, à articuler correctement leur discours, à mener valablement des recherches documentaires, à trouver et utiliser de bons supports, qui les empêche de préparer un débat.
Une débatteuse du club intervenant
Ces jeunes du club du Cap-Haïtien consultés ont dit également éprouver des difficultés à maîtriser le déroulement du débat et le rôle dévolu à chaque débatteur d’une équipe, à assimiler les notions importantes du débat parfois encore confuses dans leur esprit, et à convaincre- la conséquence d’un manque de confiance en eux.

Par ailleurs, ils déplorent le manque d’interaction entre jeunes et animateurs, le manque de participation de jeunes aux réunions, plus observateurs qu’acteurs, le manque d’animation, motivation, les va-et-vient continuels marqués par leur irrégularité dans le club, leur absentéisme récurrent aux réunions, et le départ des plus aptes.

Les doléances

Ils ont insisté sur la nécessité d’avoir plus de débats dans le club, soit en mode de démonstration soit en mode tournoi, car, il faut le rappeler, le club du Cap n’a pas organisé un seul tournoi depuis plus de 3 ans. Pour les jeunes, cela se ressent dans leur performance aux tournois régional et national car ce sont les seuls moments où ils découvrent la compétition. L’esprit de gagne a déserté le club.
Un jeune du club effectuant une présentation
Ils encouragent les 2 animateurs à être plus exigeants sur la discipline dans le club, en établissant des règles rigoureuses pour la ponctualité, la régularité, et les taches à faire aux réunions. Ils leur demandent de faire en sorte d’attirer plus de jeunes de la ville, en faisant connaitre le club dans les écoles et les lieux de fréquentation des jeunes, en médiatisant ses activités.

Ils souhaitent que les animateurs fassent connaitre le club à leurs parents car ces derniers rechignent à les laisser se déplacer pour participer aux activités que ce soit en ville ou aux rendez-vous nationaux du débat. Ils requièrent plus d‘initiatives des animateurs, par exemple des interactions avec d’autres clubs, d’activités originales, des sorties pédagogiques afin de motiver les jeunes à rester, pour ainsi dire de les fidéliser.

Les recommandations

La méthodologie de la formation au débat est à revoir avec les animateurs. Il leur sera fourni un plan à suivre de formation avec durée, priorités, étapes, objectifs, manières de faire et types de suivi afin de rendre plus efficace l’apprentissage des techniques du débat. La formation devra s’étaler sur une période de 2 mois au moins (soit 16 heures), et déboucher sur un tournoi à l’intérieur du club qui mélange anciens et nouveaux débatteurs du club. L’important est que chaque jeune, à l’issue de la formation, soit capable d‘argumenter valablement.
Une simulation de débat au cours de la réunion du club
La méthodologie des réunions est à revoir également. Elles devront être plus animées en mettant les jeunes en condition pour s’exprimer régulièrement, pour travailler en groupes, et pour effectuer des exercices de simulation de manière régulière. Certaines expériences réussies de réunion dans d’autres clubs seront mises à contribution et seront partagées dans le réseau. L’important est que chaque réunion soit préparée et que chaque jeune sente à l’issue de chaque réunion qu’il/elle a vraiment appris quelque chose du débat.

Les animateurs doivent à être à l’écoute des membres de leur club, de se montrer sensibles aux mouvements d’humeur et aux doléances des jeunes. Il y va de la vitalité et de la survie du club. Il est important que les animateurs suivent les instructions et  les recommandations reçues, consultent leurs pairs pour être au fait de bonnes pratiques et initiatives à appliquer, et enfin d’inciter les jeunes à consulter le blog et la page Facebook du programme et à y apporter leur contribution le cas échéant.

Conclusion
Un jeune du club réagissant à une question d'un animateur
Un document de recommandations générales pour tous les clubs sera élaboré à partir des résultats de ces visites à Jacmel, au Cap et à Fond Parisien. Il leur sera distribué lors de la rencontre annuelle des animateurs le 12 décembre prochain.

Jean-Gerard Anis
Coordonnateur du PIJ


1 commentaire:

Catalina Mirly Blanchard a dit…

Ils ont fait preuve de volonté pour ameliorer leur niveau et c'est ansi que l'on apprend effectivement.la determination amènera le progrès.je leur souhaite déjà bon succès pour le prochain tournoi.