vendredi 28 février 2014

Le carnaval national en province: pour ou contre?

Le Contexte

Le vendredi 21 février 2014, s’est tenu à l’auditorium de l’Université Quisqueya le débat « Le carnaval national en province : pour ou contre ? ». Cet évènement a été organisé par le Club de Débats UniQ avec le soutien de la Direction des affaires étudiantes.


Dans le cadre des prochaines activités carnavalesques, le débat s’est donné pour objectif d'examiner les avantages et inconvénients de porter le carnaval national dans les villes de province. 

A propos du débat...

Le format du débat était le Public Forum. Simple et rapide. Les deux équipes s’affrontant étaient composées, du côté pour, par Berline Jean Pierre et Marjonitha Lafond [2 anciennes débatteuses du réseau de clubs de FOKAL] et du côté contre, par Laurent Vieux et Farahd Krystie Thoby.

Le Jury était composé de Mme Alexis, secrétaire générale de l’UniQ, Mme Magalie Civil, animatrice de club de FOKAL et M. Lubérisse, chargé de cours à l’UniQ.


Petites phrases assassines, chausse-trappes et croche-pattes ont en outre pimentée ce qui restera un débat de bonne facture.

Le Match, Les arguments

L’équipe pour s'est attaché à démontrer que le carnaval est une fête authentique et colorée, porteuse de traditions et de valeurs. De plus, délocaliser le carnaval national vers les villes de province n'est pas un obstacle au divertissement de la population haïtienne qui, pendant trois jours, vibre au rythme des méringues.

  « Le carnaval contribue-t-il ou non au développement des villes de province ? » interrogea l’équipe favorable au carnaval national portée en province.

A cette question, l’équipe contre rétorqua qu’il était gargantuesque de préparer les villes et chambres d’hôtels en une année. « Ce ne sont pas des bases qui ont été posées pour le développement de ces villes de province ; ce n’est que de la façade, car ces bases ne sont point entretenues durant l’année » déclara l’équipe contre.

L'équipe pour estime que divers champs d'activités bénéficient directement et indirectement de cette activité qui n’est pas une simple activité de « bamboche », mais une activité rentable pour de nombreux secteurs.


L'équipe contre martela à son tour que l'Etat haïtien devrait chercher à rendre chaque année l’organisation du carnaval haïtien plus efficace. Avec très peu de chambres d’hôtels et de restaurants disponibles, de loin disproportionnels aux dizaines de milliers de festivaliers attendus, le problème d’hébergement est un risque permanent dans les villes de province ployant déjà sous le poids d’une explosion démographique.  

L’équipe contre prit pour exemple un article du quotidien Le Nouvelliste où Renaud Duvivier, responsable de logistique au Comité d'Organisation du Carnaval des Cayes s’est exprimé. Il déplore le caractère éphémère des retombées socio-économiques et culturelles du carnaval des Cayes. Les effets positifs du carnaval ne s’inscrivent malheureusement pas dans la durée. Aussi, le carnaval devrait se limiter à la ville de Port-au-Prince qui, pour le moment, a seule la capacité nécessaire pour accueillir un évènement culturel d’une telle envergure. Les opérateurs culturels devraient s'employer à enrichir le carnaval de Port-au-Prince en organisant, en marge du carnaval, des activités socioculturelles profitant au Trésor Public et mettre en place d’autres activités culturelles dans les zones provinciales. 

L’équipe pour, au taquet, clame que le carnaval national rehausse l’image du pays.  Le manque d'infrastructures n'est pas un problème de province, mais un problème qui touche l'ensemble du pays. En outre, le carnaval national porté dans les villes de province présente des opportunités à saisir, car, il joue un rôle social varié, tant culturel qu’économique. En effet, il favorise d'une part la promotion du tourisme, en mettant l’accent sur l’histoire, l’artisanat, la musique, les mœurs et les coutumes de l'ile entière et d'autre part, stimule nos ingénieurs à construire des routes pour favoriser l'arrivée massive des caravaniers.  


Au cours d'une série d'échange de question enflammé, saisissant la perche tendue par l'équipe adverse, l’équipe contre dénonça le défaut d'entretien des infrastructures aménagées pour les festivités carnavalesques.

« Avez-vous des preuves de ce que vous avancez? » s'enquiert un membre de l'équipe pour. L'équipe contre a répliqué que la route menant au Cap-Haitien était délabrée. L'équipe pour a estimé que cette réponse était insuffisante, alléguant à plus d'une reprise la faiblesse des preuves qui restent à leurs yeux peu probantes. L'équipe contre s'est contentée d'objecter que les dégâts routiers se « constataient ».

Pour conclure, l’équipe contre s’est appliquée à démontrer que le carnaval national est une « charge » pour l’Etat et ses provinces. En effet, l’idée de décentraliser le carnaval n’est pas mauvaise en soi et certains endroits du pays ont longtemps manifesté leur intérêt pour relever ce défi, mais l’exploitation des atouts et opportunités économiques de cette manifestation n’est pas toujours évidente. Le carnaval ne devrait pas servir de prétexte pour optimiser le développement des villes de province

La politique de développement d’un pays ne devrait pas uniquement concerner la capitale, mais l’ensemble du pays, affirme l’équipe pour. Décentraliser le carnaval permet de mettre en valeur les potentialités culturelles de chaque département. De plus, le carnaval ne se limite à ses festivités. Les retombées économiques sont en effet nombreuses et avantageuses tant pour le secteur public que pour le secteur privé. Le carnaval est, en définitive, un point de rencontre entre tradition, culture et économie. 

Les réactions

Le modérateur, Christian Lemaine, rappela quel était le rôle des membres du jury. Ces derniers ont pour devoir d'évaluer l’argumentation des deux équipes, les supports utilisés et les explications fournies. Enfin, les membres du jury sont encouragés à se prononcer de façon indépendante pour la décision finale.

Environs deux minutes se sont écroulées quand Madame Alexis, membre du jury, prit la parole, disant être honorée d'avoir été choisie pour faire partie du jury.

Madame Alexis dit avoir évalué l'habileté des débatteurs à écouter, à raisonner, à réfuter, à contre-argumenter. Un débat vif, avec des moments intenses, des accrochages. Il y eu certes des angles d'attaques tout au long du débat, mais Madame Alexis reste tout de même sur sa faim. En effet, il est vrai que les équipes ont été pugnaces, mais la recherche était loin d’être excellente, les seules références citées ayant été Le Larousse de 2003 et un article paru dans Le Nouvelliste qui n'est, rappelle Madame Alexis, point une revue scientifique. 


Dans l’ensemble l’équipe contre était plus convaincante, plus incisive en ce sens qu’elle s’est montrée moins hésitante dans son débit lors du déroulé des échanges. Toutefois, Madame Alexis a rappelé qu'un bon débat met en vedette non les personnalités, mais le choc des idées et des arguments. Aussi l'équipe pour a-t-elle remporté le débat, selon elle, car  leurs idées, mieux agencées ont été conçues pour développer l’argument principal.

Pour sa part, Madame Magalie Civil mis l'accent sur l'organisation du débat. Animatrice, formatrice et juge dans le programme de débat de la Fondation Connaissance et Liberté (FOKAL), elle a, dans un premier temps, rappelé que le jury veille au bon déroulement du match dans un climat serein. Ainsi, les spectateurs ne doivent pas interférer dans le match.

Dans un second temps, Madame Civil rejoint Madame Alexis quant à la qualité des arguments et de la documentation. En effet, elle estime que certaines des illustrations choisies n’étaient pas pertinentes car « les définitions du Larousse 2003 ne traduisent pas la réalité haïtienne », dit-elle, une province canadienne n'étant pas une province haïtienne. Il est dommage, soupire t-elle,, qu’aucun débatteur n’ait mentionné le tremblement de terre du 12 janvier 2010 comme facteur principal de la décentralisation du carnaval national.

Madame Civil ne s'est pas prononcée sur le vainqueur du débat, justifiant son abstention par l’absence du juge Lubérisse qui a dû quitter le débat, en urgence, quelques minutes avant sa fin. Ce dernier avait toutefois dans son bulletin, favorisé l’équipe pour. 

Les étudiants pour leur part ont, dans l'ensemble, préféré la prestation de l'équipe contre.

Durant un moment, entre la fin du débat et la délibération des juges certains d'entre eux ont eu même à prendre la parole pour exprimer leurs points de vue sur la question.

Le Club de Débats tient donc à remercier tous ces étudiants qui se sont manifestés pour l'occasion.

Un merci spécial aux débatteurs et aux membres du Jury, sans qui le débat n'aurait pas été possible.

Le Club continue de travailler d'arrache-pied pour apporter à la communauté universitaire encore plus d'activités du genre.

Club de débtas UniQ
Votre Club! Votre Voix!

 Crédits:
Texte : Doris Cangé

Photos : Ted O. Momperousse

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