vendredi 27 juin 2014

Diquini, le nouveau champion du programme de débat


Un avant-gout du tournoi national

La finale opposant le club de Diquini et celui de la BMC dans le tournoi régional de débat de l’Ouest a été sans doute le match le plus émotif des deux tournois régionaux réalisés par FOKAL en ce mois de juin. Les pleurs des perdants et les cris de joie des gagnants et de leurs supporters (une cinquantaine au total) ont permis d’avoir une idée de cette compétition où toutes les équipes se sont réellement données à fond. Le niveau de préparation des équipes, la motivation des débatteurs et la qualité des échanges au cours des débats sont très prometteurs.
Contre-interrogatoire entre Martissant et Christ-Roi
Ce samedi 21 juin 2014, dès neuf heures du matin, toutes les équipes étaient présentes accompagnées de leurs coachs et des animateurs, et d’autres jeunes de leurs clubs, au lieu du tournoi, l’école congréganiste de Christ-Roi, à Bourdon. Ils étaient huit clubs à avoir concouru pour obtenir le titre de champion: Cap-Haïtien (Nord), BMC (P-au-P), Christ-Roi (P-au-P), Diquini (Carrefour), Fond Parisien (Ouest), Gros-Morne (Artibonite), Martissant (Carrefour) et Santo (Croix-des-Bouquets). 24 débatteurs dont 9 filles, et 14 juges étaient engagés dans cette compétition.

Le club de Diquini, la nouvelle révélation du programme de débat


Ce samedi 21 juin 2014, dès neuf heures du matin, toutes les équipes étaient présentes accompagnées de leurs coachs et des animateurs, et d’autres jeunes de leurs clubs, au lieu du tournoi, l’école congréganiste de Christ-Roi, à Bourdon. Ils étaient huit clubs à avoir concouru pour obtenir le titre de champion: Cap-Haïtien (Nord), BMC (P-au-P), Christ-Roi (P-au-P), Diquini (Carrefour), Fond Parisien (Ouest), Gros-Morne (Artibonite), Martissant (Carrefour) et Santo (Croix-des-Bouquets). 24 débatteurs dont 9 filles, et 14 juges étaient engagés dans cette compétition.


Marc Onel Massénat, Mardoché Barthélus et Stanley Pierre Jean,
de l'équipe de Diquini championne de la compétition
Intelligent et talentueux débatteur, Stanley est doué d’une perspicacité qui a sauvé son équipe face aux arguments de l’équipe adverse. Selon les juges, Stanley a été le débatteur le plus convaincant et, lors de la finale, il a effectué la meilleure reconstruction d’arguments, et le meilleur discours de fin de match de tout le tournoi. Et c’est sans doute cette performance remarquable qui l’a conduit au titre de Meilleur débatteur, avec un total de 131 points (lire son témoignage dans l’article suivant).

Le débat, la force des arguments

BMC et Diquini se sont affrontés en finale autour de l’énoncé suivant : « Les pays en voie de développement victimes de catastrophe naturelles doivent bénéficier d’un allègement de leur dette », la même que le tournoi régional du grand Sud. L’équipe de BMC, qui défendait cette thèse, a présenté 3 arguments. Selon eux, l’allègement de la dette :
Ruth Sarah Monteau (BMC) interrogeant Marc Onel Massénat (Diquini)
lors de la finale
1) permettra de répondre aux besoins immédiats des PVD victimes de catastrophes, qui régressent automatiquement à cause d’importantes pertes et de dommages subis. Cet argument a été réfuté par l’équipe de Diquini qui a assuré que l’allègement de la dette, qu’elle soit sous une forme de réduction ou de report des échéances à verser aux pays créanciers, ne peut en aucun cas satisfaire les besoins immédiats. La solution dans le cas des catastrophes serait l’aide humanitaire, qui n’est pas pécuniaire.


2) renforcera la solidarité entre les pays, en forçant les consciences des bailleurs à faire un geste de générosité envers les pays sinistrés. Là, l’équipe de Diquini a montré la faiblesse de cet argument en montrant que la solidarité manifestée est une aide virtuelle. Toute aide est toujours conditionnée, car les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts.

Contre-interrogatoire entre Christ-Roi et Cap-Haïtien
3) permettra l’accomplissement de perspectives de développement, vu que les PVD revoient leur plan de développement, comme cela a été le cas de la Grèce qui a dégagé un excédent budgétaire après avoir bénéficié d’un allègement de 90% de sa dette publique. L’équipe de Diquini a démontré que, au contraire, l’allègement de la dette soit consacre la faillite assumée des PVD soit conduit à une plus forte dépendance des PVD envers leurs créanciers, ouvrant la voie à une forme de néocolonialisme.

Le débat, une confrontation d’arguments

L’équipe de Diquini qui s’opposait donc à la résolution, a soutenu de leur coté que :

1) les PVD victimes de catastrophes ne doivent pas bénéficier d’un allègement de leur dette pour éviter une nouvelle forme de domination des pays riches, puisque l’allégement est une stratégie des bailleurs internationaux comme le FMI, pour entretenir la dette des PVD (dixit Jeffrey Sachs, conseiller économique du président américain). Cet argument n’a pas semblé perturber outre mesure l’équipe de BMC qui a rétorqué qu’il faut alléger la dette des PVD sinistrés, qui généralement remboursent 15 fois plus qu’ils ne reçoivent d’aide.


2) l’allègement de la dette causerait une régression économique des PVD, auxquels les créanciers imposent 5 conditions pour en « jouir », comme l’austérité budgétaire, la dérèglementation du marché local, des réformes fiscales lourdes, l’interdiction de subventionner la production locale, dévaluation de la monnaie locale (dixit Eric Berne, économiste). Par exemple, Haïti n’a cessé de se faire alléger depuis le cyclone Anna en septembre 2008, et pourtant elle ne cesse de régresser jusqu’à être considéré comme un Etat en faillite. L’équipe de BMC, très combattive, a rejeté cet argument en arguant que la balance des paiements de ces pays pauvres très endettés n’est pas toujours négative. Le Brésil a beaucoup emprunté aux bailleurs internationaux au point de devenir aujourd’hui une puissance mondiale.

Le tournoi régional, une compétition en mode rodage

Cette compétition a été très éprouvante pour les nerfs et les méninges des débatteurs, car elle a été très offensive. Les résultats serrés de certains matches, notamment celui de la finale, en témoignent. Tous les débatteurs se sont dépassés pour défendre farouchement leurs positions et arguments, pour donner en fin de compte à ce tournoi une touche exceptionnelle.
Les débatteurs de Diquini en pleine préparation avec leur coach
En revanche, les participants (juges, animateurs et débatteurs), pensent qu’il faut apporter des modifications pour améliorer la compétition, par exemple donner aux débatteurs l’accès aux bulletins des juges, permettre la participation davantage de jeunes aux tournois régionaux (2 équipes par club par ex.), faire en sorte que les juges font des commentaires après tous les débats…

Certains débatteurs estiment qu’il doit y avoir davantage de juges (il y a au minimum 3 juges par match dans les compétitions de FOKAL) pour que les jugements soient sans appel. D’autres veulent tout simplement avoir plus de temps pour préparer les sujets-surprises (les débatteurs ont en moyenne une heure et trente minutes pour préparer les résolutions-surprises dévoilées en cours de tournoi).
Contre-interrogatoire entre Martissant et Fond Parisien

Les animateurs et animatrices des clubs, de leur coté, revendiquent l’organisation de compétitions locales, c’est-à-dire dans les clubs mêmes, pour mieux entrainer les débatteurs et les aider à mieux maitriser le format Karl Popper, format de débat priorisé à ces genres de tournois (ceci a été une recommandation émise déjà par FOKAL en septembre 2013 à tous les clubs de son réseau). 

Cap sur Gonaïves !

Le tournoi régional de débat de l’Ouest s’est achevé ce samedi 21 juin dans les cris de joie et l’euphorie du club de Diquini, heureux de gagner la compétition après une très longue période d’absence au tableau des clubs champions. Une longue traversée du désert qui a enfin pris fin.
L'équipe championne de Diquini et ses supporters

Maintenant, rendez-vous est pris pour le tournoi national au camp d’été aux Gonaïves, du 21 au 24 juillet prochain. Une compétition qui, espérons-le, soit confirmera le statut des nouveaux clubs champions soit révèlera un nouveau champion. En tout cas, Bonne chance à tous les clubs et à toutes les 14 équipes attendues!

Jean-Gérard Anis & Stéphanie Balmir
FOKAL

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