lundi 13 octobre 2014

Forum international sur la Justice juvénile à Istanbul: FOKAL y était


Un forum international sur la Justice des mineurs a été organisé par Open Society Foundations (OSF), et Education Development Centre (EDC), du 10 au 12 septembre 2014, à Istanbul en Turquie. L’objectif du Forum a été de réunir de jeunes militants, des associations dirigées par des jeunes, des responsables gouvernementaux et des spécialistes de la justice pour mineurs de divers pays d’Afrique, d’Asie, d’Europe, des Amériques, pour discuter des questions liées et à et mettre en valeur les meilleures pratiques à la croisée de la sécurité des jeunes et de la justice.
Open Society Foundations, est la maison-mère de FOKAL basée à New-York. C’est son programme Youth Exchange qui a été le promoteur du forum.

Education Developpement Centre, INC, basé à Washington D.C., conçoit des systèmes visant à appuyer et à maintenir une éducation de base de qualité, en fournissant des solutions innovatrices à des problèmes apparemment insolubles. Elle aide ses partenaires locaux dans plus de 35 pays à travers cinq continents à améliorer l’enseignement et l’apprentissage chez des enfants, des jeunes et des adultes à travers des interventions allant de l’élaboration des normes nationales à la formation des enseignants.

Soixante dix-neuf (79) participants, venant de 32 pays dont Hongrie, Afrique du Sud, Géorgie, Ouganda, Sénégal, Arménie, Uruguay, Espagne, Royaume Uni, Swaziland, Moldavie, Kenya, Pakistan, Tanzanie, Mongolie, France, Thaïlande, Brésil, Guyane, Haïti (FOKAL), Mexique, Indonésie…, représentent des secteurs divers tels que des fondations, des universités, des ONG de droits humains, des associations de jeunes engagés, des organisations internationales, des institutions gouvernementales, des organismes culturels…

Une plate-forme d’échanges

L’évènement est considéré par OSF comme une plate-forme de collaboration peer to peer pour s'engager avec de jeunes leaders en devenir afin de relever les défis d'une société ouverte par la mise en œuvre de projets innovants dans le domaine de la justice juvénile. Le forum a été également un espace de réseautage, de partage de méthodes, de stratégies, de pratiques, et une pépinière d’idées pour les praticiens de la justice juvénile.
Les 2 premières journées ont débuté par une session plénière animée par un panel d’experts dans le domaine de la justice qui ont fourni un cadre conceptuel commun pour les trois jours. Les conférenciers se sont engagés sur les normes et les cadres qui ont émergé pour guider la conception et la mise en œuvre des systèmes de justice pour les jeunes adultes, ainsi que les forces et les développements clés qui ont façonné les réponses de l'État pour les jeunes en conflit avec la loi.

Partenariats novateurs pour générer un impact: Meilleures pratiques & Défis

Les différentes présentations et discussions ont porté après sur des préoccupations suivantes: la loi, le contrôle social et la criminalisation des jeunes ; la résilience chez les jeunes dans le système de justice pour mineurs ; les relations entre les jeunes et la police; des techniques et méthodes de travail avec les populations des jeunes à risque dans les sociétés en transition ; les jeunes dans les prisons et anciennement détenus; quand des interventions du secteur de la justice des mineurs sont nécessaires et quand elles ne le sont pas.
Des ateliers parallèles de travail en groupe se sont ensuivi sur des questions précises auxquelles chaque participant était libre de suivre. Ces séances ont cherché à montrer (et à expérimenter du coup) comment des groupes de la société civile - incluant des ONG, des associations dirigées par des jeunes, des chercheurs - encouragent le changement pour améliorer les politiques et les approches liées à la jeunesse à travers la recherche, la justice, le plaidoyer, le lobbying, la collaboration et la formation.

Divergences

Cependant des divergences se sont révélées entre les participants Africains et les Occidentaux, européens et américains, sur 3 fronts, au gré des conversations informelles entre les participants.

Les Africains ont déploré que les interventions soient trop centrées sur des expériences et conceptions occidentales, et que les exemples (les bavures policières aux USA et en Angleterre), les problèmes (rapports conflictuels entre les jeunes et la police dans les quartiers et les cités difficiles, profilage ethnique des minorités visibles) et les projets examinés ne répondent pas vraiment aux réalités des pays africains représentés.
La 2e chose est le fait que les représentants africains et asiatiques n’ont pas eu l’opportunité de parler ni de partager directement avec leurs collègues leurs expériences ou leur compréhension de la justice juvénile dans leur propre pays. Les intervenants étaient souvent américains ou européens, et les africains comme les asiatiques étaient davantage consommateurs qu’acteurs des conférences  ou des ateliers. Dommage !

Le 3e point délicat a été la divergence de vue concernant la perception de la police que l’on soit un jeune en Europe de l’Ouest et aux Etats-Unis ou bien que l’on soit un jeune en Afrique.

Police occidentale et police en Afrique

La police aux USA comme en Europe est vue par les jeunes comme une force de répression, pour ne pas dire d’agression, sous bien des caractères. Aux USA, elle est militarisée car son arsenal répressif se rapproche de l’équipement d’un soldat, et ses règles d’engagement sont proches du code militaire car toujours prête à faire feu au moindre geste d’un suspect. D’où des bavures policières à répétition souvent couvertes par la hiérarchie (le cas du jeune noir abattu par un policier blanc à Ferguson aux USA, en septembre dernier).

En France comme en Angleterre, la police procède secrètement, comme l’a insinué une activiste française d’une association de jeunes, à du profilage ethnique qui établit une sorte délit de faciès dans le traitement des cas de justice. Cela débouche sur une discrimination raciale de facto envers les citoyens issus des minorités visibles de ces pays, source de frustration et de méfiance du coté des victimes de la police, et des émeutes à la mort d’un membre d’une communauté.
Si la police occidentale compte sur l’effet de repoussoir ou de peur pour imposer la loi et l’ordre, la police en Afrique (Nigeria, Ouganda, Sénégal, Swaziland par ex.) parait davantage une police de proximité qu’une force dissuasive (comment pourrait-elle être autrement car elle est mal armée, mal payée, pas assez professionnelle). Elle est plutôt perçue comme un service public comme un autre. Elle ne fait pas peur et elle est complètement intégrée dans la population qui coopère avec elle, comme en Haïti  dans les poursuites de bandits, voleurs et kidnappeurs.

Approches de la société civile pour améliorer la justice juvénile

Néanmoins, ce forum international a généré des informations intéressantes et des connaissances utiles :

1) dans la compréhension des conséquences de la détention sur les mineurs. Les politiques qui enferment plus les jeunes n'améliorent pas nécessairement la sécurité publique. Les jeunes en détention ont des taux élevés de récidive. Des études estiment que la majorité des jeunes qui viennent en contact avec le système de justice pour mineurs ont un certain type de traumatismes. Ces défis ne peuvent être relevés si elle est abordée dans une perspective multi objectifs qui favorise la collaboration entre les acteurs traditionnels et non traditionnels et permet aux systèmes de travailler plus efficacement à traiter les causes profondes.
2) dans la constitution de projets innovants, reproductibles, contre la récidive des jeunes détenus, comme des approches tenant compte des traumatismes de la justice pour mineurs. Par exemple en Guyane, un programme financé par l’USAID fournit un accompagnement aux jeunes détenus en créant et en mettant en œuvre un système de peines de substitution et de détournement pour de nombreux délinquants; en fournissant un soutien aux jeunes, sortant du nouveau corps de possibilité de réintégrer la société et le marché du travail ; ou bien une éducation, de l'information et du soutien pour développer leur propre entreprise.

3) dans la prévention de la violence. Un criminologue mexicain a fait une présentation sur les interventions ciblées pour réduire et prévenir le crime. Trois choses  que nous devons savoir de la violence : 1. La violence est concentrée géographiquement là où il y a un manque d’éducation, où la justice a échoué ; 2. Les victimes et les agresseurs se concentrent de manière disproportionnée dans un groupe démographique ; 3. Elle est surtout basée dans des groupes dynamiques : gangs, dealers de drogue, mafia. 75% de la violence est causée par 0.5% de la population d’une ville donnée.
Le criminologue propose le mapping, un procédé de cartographie de la violence, développé avec la Banque mondiale et Yale University, utile pour prendre des décisions sociales, pour implémenter des projets, pour promouvoir l’engagement communautaire dans les villes.

Conclusion

Les enseignements de ce forum international sont que 1o) les jeunes en conflit avec la loi représentent un grand défi dans toutes les sociétés ; 2o) il n’y a pas de solution-miracle pour résoudre les problèmes des jeunes en rupture avec la loi ; 3o) connaitre les questions de justice juvénile dans d’autres pays peut nous aider à relativiser  nos problèmes ou à trouver les voies et moyens pour fonder notre propre politique.

On ne réinvente pas la roue !

Jean-Gérard Anis
Coordonnateur du Programme Initiative Jeunes

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