mardi 17 janvier 2017

Le programme de débat de FOKAL: Impact, défis et perspectives

C’est peu dire. Il jouit en effet d’une excellente santé. Le succès du programme chez les jeunes, l’engouement des filles qui s’imposent comme des débatteuses redoutables, le désir manifesté par des établissements secondaires du pays pour s’approprier ce programme, l’augmentation exponentielle des tournois de débats dans le réseau sont autant de succès qui méritent d’être soulignés au crédit de nos efforts pour faire du débat, une autre manière d’apprendre pour la jeunesse haïtienne. Depuis 20 ans.

Ce programme a 20 ans d’existence. 2016 a été l’année de sa célébration. Introduit en Haiti en 1996 par Michèle D. Pierre-Louis, la fondatrice et présidente de FOKAL, le débat est un programme fondateur de la fondation. Il a été conçu pour être un outil pour l’apprentissage à la démocratie, à la citoyenneté, à la résolution de conflits, à la tolérance, au respect de l’autre, et au maniement des concepts philosophiques liés à l’argumentation et au raisonnement.

Depuis environ 7 ans, plusieurs tournois nationaux, régionaux, locaux et inter-scolaires ont été organisés en nombre par la fondation et les clubs sous notre supervision, pour permettre à ces jeunes de se mesurer les uns aux autres, d’apprendre à se connaitre, de faire l’exercice du débat contradictoire, et de faire vivre une expérience de vie nouvelle, que de plus en plus de parents, de directeurs d’écoles, des observateurs dans nos compétitions, nous encouragent à poursuivre.

Qu’avons-nous fait de ces jeunes ?

Des milliers de jeunes dans plusieurs communautés rurales, villes et quartiers du pays ont bénéficié de nouvelles capacités que ce soit dans l’art d’argumenter et de convaincre, de l’habileté à communiquer en public et à mener de manière autonome la recherche documentaire pour préparer des arguments. Nous leur avons fait discuter de sujets qui affectent leur vie et leur communauté dans une atmosphère de franche camaraderie, de rationalité et de rigueur intellectuelle, valeurs, habiletés et comportements qui sous-tendent les pratiques démocratiques.
Plus de 400 jeunes des 2 sexes, engagés dans 14 clubs de débat répartis sur le territoire, participent chaque année à cette « école » qui leur apprend autrement, accompagnés par 28 formidables animateurs et animatrices bénévoles, dévoués à cette cause. Non seulement les jeunes ont appris à construire une réflexion critique, à convaincre par la force de leurs arguments, et non par les arguments de la force, mais aussi la curiosité et l’honnêteté intellectuelles, la tolérance, le respect de l’autre, bref le vivre ensemble.

Parole du jeune débatteur, Kant Lundi (Jérémie), sur son expérience du débat : « La démocratie, c’est le droit qu’a chacun de parler comme il l’entend, mais sans faire de diffamation. Je crois que le débat, grâce aux arguments qu’ils avancent, permettra aux jeunes d’être plus ouverts, plus tolérants »
« La leçon que j’ai tirée du tournoi, c’est que le débat est une école, conclut-il. On y apprend beaucoup de choses. J’aimerais que cette initiative soit implantée partout dans le pays. Ainsi les jeunes qui en sont touchés débattraient davantage de sujets dont ils tireraient différents points de vue. »

Ce sont les valeurs que FOKAL promeut, défend et auxquelles la fondation instruit les jeunes investis dans son programme de débat. Savoirs, savoir-faire, savoir-être et savoir-vivre sont autant de capacités que le débat inculque à ces garçons et filles, élèves du secondaire, pour les transformer en des citoyens responsables et des futurs leaders de demain. C’est le but et la mission que de FOKAL s’est donnée pour tirer notre jeunesse des pesanteurs de la société, des manquements et ratés de l’école, des errements de nos gouvernants, des désillusions du quotidien, et des peurs du lendemain.

Les chantiers à venir

L’épreuve que FOKAL a vécue avec l’affaire Massimadi, festival international LGBTI (lesbien, gay, bisexuel, transgenre ou inter-sexe), organisé en septembre 2016 par Kouraj, une association haïtienne de défense des droits humains, événement pour lequel FOKAL a été injustement accusé de faire l’apologie de l’homosexualité, et a souffert de graves menaces sur les réseaux sociaux, nous a appris une grande leçon : en dépit des avancées que nous avons eues depuis 20 ans avec le programme de débat, avec les jeunes, nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers.

La liberté d’expression, la tolérance sont des conquêtes sociales et démocratiques fragiles en Haiti, qui sont constamment harcelées par l’ignorance, les discours extrémistes de tous bords, l’intolérance de nos concitoyens, ou tout simplement par la bêtise humaine. Cela nous force à demeurer vigilant. De ce fait, FOKAL affiche sa détermination à continuer de travailler pour promouvoir les débats, les discussions avec les jeunes, à l’intérieur des 14 clubs de notre réseau, sur des sujets qui affectent leur vie et leur communauté dans une atmosphère de tolérance, de rigueur intellectuelle et de respect mutuel.

Ainsi, le Programme Initiative Jeunes de FOKAL lancera au début de cette année une grande consultation en ligne sur le web, pour connaitre l’impact du débat sur les anciens bénéficiaires du programme, pour connaitre leurs besoins améliorer le programme. Nous allons aussi faciliter une large diffusion de « Paroles de jeunes », un ouvrage illustré, publié en décembre 2015, résultat d’une consultation nationale de 3 mois, auprès de 450 jeunes du pays sur leurs préoccupations pour leur avenir, et les initiatives, les pistes de résolutions qu’ils proposent aux décideurs du pays.

Parole de Dinon Murlène (Cap-Haïtien), à propos du livre : «Pour moi, le livre est une vision de la jeunesse. Donc, publier un livre pareil est comme offrir aux adultes, aux autres qui le liront, une possibilité de savoir ce que pensent les jeunes; c’est comme les intégrer dans la vie sociale et politique de notre pays.[…] Les opinions inscrites dans ce livre, c’est comme dire aux lecteurs que les jeunes aussi ont leur mot à dire. Et quelques fois, ces mots qu’ils disent sont importants et valables. C’est comme dire aussi à ces gens qu’il ne faut pas négliger la jeunesse, à cause de sa jeunesse.» 
Aux décideurs du pays, Dinon prévient : « Même si nous sommes des jeunes, nous ne sommes pas des bons à rien ! ».

Qu’est-ce que nous attendons de  vous ?

Nous avons besoin de relais dans la société, dans nos communautés rurales et urbaines, dans tous les milieux institutionnels habituellement fréquentés par les jeunes, pour les accompagner et les aider à faire fructifier ces compétences acquises. Nous avons besoin d’allié-es qui veulent renforcer ces valeurs que FOKAL promeut et défend. Nous avons besoin des guides comme vous parents, éducateurs, directeurs de conscience ou d’opinion, pour orienter les jeunes vers des modèles de vie que nous voulons pour eux.

Les jeunes veulent être entendus [l’initiative Open Up ! Connecter les jeunes à la société (1), de notre partenaire européen IDEA NL (2), est une excellente illustration], ont besoin d’être guidés, veulent apprendre. Nous leur devons un discours de vérité pour les aider à vaincre leurs peurs ou comprendre les contradictions du monde. Nous devons leur enseigner l’humilité devant le succès chèrement acquis, compassion et solidarité devant les malheurs d’autrui, la patience face à des désirs pressés de réussite ou de possessions matérielles, l’espérance en des lendemains meilleurs et non en des lendemains qui chantent.

Nous demandons aux parents, éducateurs, partenaires nationaux et internationaux, supporteurs ou passionnés du débat, de prendre part à cette mission. Nous leur demandons de se joindre à nos efforts pour faire de nos jeunes des acteurs de changement pour leur pays, d’accompagner nos actions pour rendre à notre jeunesse la fierté d’être…jeune.

Jean-Gérard Anis
Coordonnateur du Programme Initiative Jeunes
FOKAL

(1) Promu par IDEA NL, l’initiative "OPEN UP! apporte la voix des jeunes adultes, des volontaires et des animateurs de jeunes de différentes communautés à travers l'Europe dans un débat enthousiaste où ils auront l'occasion de présenter leurs points de vue et solutions aux défis actuels auxquels l'Europe est confrontée.

Après un intense débat dans leur pays, ces groupes de jeunes adultes talentueux ont développé des MESSAGES CLÉS et transmettent ces messages à Bruxelles pour d'autres débats. Ils renforcent l'importance de développer les compétences essentielles clés et de promouvoir la pensée critique lorsqu'on envisage l'avenir des nouvelles générations.

Pour en savoir plus sur l’initiative OPEN UP !, consulter l’article http://vaguedufutur.blogspot.com/2017/01/open-up-connecter-les-jeunes-la-societe.html , ou aller à www.openupconnect.org ou www.nl.idebate.org .


 (2) International Debate Education Association, aux Pays-Bas

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