jeudi 16 mars 2017

Formation et tournoi : Le club de Darbonne ne chôme pas

Durant la période carnavalesque, le club de débat de Darbonne n’a pas chômé. Ainsi, afin de dynamiser davantage le club, trois grandes activités ont été réalisées : d’abord, formation d’anciens débatteurs et d’enseignants comme juges, puis deux journées de formation pour initier les nouveaux membres aux techniques de débat, et enfin la réalisation du premier tournoi local de l’année.

1.      Formation de nouveaux juges

Deux raisons justifient cette formation réalisée à l’intention des anciens débatteurs et quelques enseignants dans la communauté. En premier lieu, certains anciens du club se plaignent souvent du fait qu’après être entrés à l’université, ils ne peuvent plus débattre dans les clubs. Mais ils croient pouvoir continuer à apporter leur soutien aux nouveaux jeunes en partageant leurs expériences et leur savoir faire. En second lieu, lors des tournois locaux, le nombre de juges formés fait parfois défaut. Ainsi une telle formation répond à ce manque.

Cette séance animée le samedi 11 mars 2017 par Gutenberg Destin, animateur du club de Cote Plage, a été une occasion propice pour les dix participants de discuter sur le travail du juge qui consiste à évaluer un débat en prenant compte des arguments, de la capacité à convaincre des débatteurs. Gutenberg, juge, formateur et coach de débat très expérimenté a su expliquer clairement aux participants que le juge a de grandes responsabilités tout au long du match : il doit suivre attentivement le discours des débatteurs, prendre des notes afin de décider in fine quelle équipe l’a convaincu pour remporter le match.

A la question de Gaëlle, une aspirante-juge, qui  veut savoir si la décision des juges est toujours impartiale, l’animateur de la séance répond: “Le juge doit toujours faire montre d’impartialité. Le juge doit toujours laisser de coté ses convictions personnelles pour écouter les arguments des équipes afin de les évaluer de manière juste et impartiale”.

A la fin de la séance les participants ont exprimé leur satisfaction. Nadège est étudiante finissante en travail social à la FASCH et en même temps enseignante. Elle croit que cette formation lui servira aussi dans ses activités professionnelles et pense pouvoir mettre cette formation au profit du club. Quant à Nirva Belfort, animatrice de bibliothèque, cette formation lui permettra de développer une meilleure capacité d’écoute. « Plus on écoute, plus on apprend », admet elle.

2.      Formation de nouveaux jeunes sur les techniques de débat

Durant le weekend précédent le carnaval national, vingt-six (26) jeunes des deux (2) sexes ont pris part à deux journées de formation sur les techniques de débat (format Karl Popper). Cette formation était l’occasion pour les animateurs d’expliquer à ces jeunes qui viennent d’intégrer le club, l’importance du débat dans la formation de la personne humaine. Car elle développe chez l’individu le sens critique, le goût de la recherche d’information, etc.

Les animateurs épaulés par Merline Sommervil, ancienne débatteuse du club, et Mozeau Wedly, animateur du club de BMC, ont permis aux jeunes de se familiariser avec des fondamentaux du débat tels que comprendre un énoncé, construire, réfuter et reconstruire un argument, comment interroger un adversaire… Pour chaque notion abordée, les jeunes étaient invités à réaliser des exercices pratiques.
Les différentes questions des jeunes participants ont montré leur envie de mieux assimiler les notions. « Quelle est l’importance du débat pour un jeune ? » demanda Mikelson, élève de philo. « … A développer votre esprit critique, à raisonner, à convaincre grâce à la seule force de vos des arguments, et aussi à cultiver la tolérance, quelque chose qui manque vraiment dans la société d’aujourd’hui », répondit l’un des animateurs.

Après avoir présenté le rôle des orateurs, Merline a partagé ses expériences de débatteuse avec les jeunes. «  Au début, j’ai été très timide, mais le débat m’a transformé » a-t-elle avoué aux jeunes.

A la fin de la deuxième journée, les jeunes témoignent : « Se deba ki fè m premye mete pye m nan yon bibliyotèk », a lâché laconiquement Donley Lebrun. « J’ai appris à accepter mes adversaires malgré nos divergences », poursuit-il. Pour Ginette et Rose Falande, cette formation « …est une source nouvelle de connaissances. Chaque préparation de match est pour moi une quête de savoir ».

3.      Tournoi de débat

-          Les éliminatoires

Une fois la formation terminée, les jeunes étaient repartis en plusieurs équipes qui devront s’affronter durant les deux jours gras. Des huit (8) équipes formées, six (6) d’entre elles ont pris part au tournoi réalisé autour du sujet: L’Etat haïtien devrait prendre des mesures drastiques pour empêcher le départ massif des jeunes vers les pays de l’Amérique latine.

Divisées en deux groupes de 3 équipes, la phase éliminatoire a eu lieu le lundi gras où une équipe par groupe allait être éliminée. Durant cette phase, faute d’expérience, certains jeunes ont eu vraiment du mal à exprimer leurs idées. Le respect du format, la gestion du temps, la mauvaise utilisation de la langue, sont entre autres quelques difficultés rencontrées par les jeunes. Les juges, dans leurs interventions ont aussi pris le temps de soulever ces imperfections.

Les quatre équipes qualifiées pour les demies finales ont montré une nette amélioration. Elles ont pris en compte les remarques des juges, surtout ce qui a trait au contre-interrogatoire et ont fait montre d’une plus grande maitrise du sujet. Et après la délibération des juges, ce sont les équipes formées de Silas BELLEVUE, Rose Falande SOMMERVIL, Juan Jose GALLANT et celles de Marc Frantso SAINT LOUIS, Youri NAPOLEON et John Kelly qui allaient atteindre la grande finale qui s’est jouée le lendemain.

-          La grande finale

Il est 4h 30 quand Kindro Cadet ancien du club et champion régional (Cayes 2013) qui faisait office de président du jury, a donné le signal de départ de la grande finale qui se joue autour de la même résolution. Devant une assistance formée d’autres jeunes du club, de camarades d’écoles et quelques invités, la grande finale s’annonçait déjà très prometteuse.

Après le tirage au sort, l’équipe emmenée par Frantso joue le cas affirmatif. Elle (l’équipe) présente deux arguments pour soutenir leur position.

D’abord, parce que l’avenir du pays dépend des jeunes. « On ne peut construire un pays sans l’apport des jeunes, ils sont le moteur du développement. On ne peut espérer un lendemain meilleur si nous laissons les jeunes partir vers l’étranger », ont-ils avancé.
Comme deuxième argument, l’Etat doit garantir la protection de ces citoyens. « Dans certains pays étranger nos frères et sœurs haïtiens sont humiliés, maltraités. Donc, c’est à l’Etat que revient la lourde responsabilité de les protéger, de les empêcher de partir ».

L’équipe adverse a fourni aussi deux arguments. L’Etat est incapable de satisfaire les besoins de ses citoyens. « En Haiti, on a un Etat faible, incapable de répondre aux besoins les plus élémentaires de sa population. Pas de sécurité, pas de travail, pas d’université. Comment peut-on demander à un jeune de rester à patauger dans cette misère atroce, s’il peut trouver mieux ailleurs? »
Deuxième argument : Cela a des retombées économiques très positives pour le pays. « La diaspora haïtienne constitue un vrai support pour leurs familles. Chaque année plusieurs milliards de dollars sont envoyés en Haiti via les maisons de transferts. Ce qui aide d’une façon ou d’une autre les familles à envoyer leurs enfants à l’école, payer le loyer et autres ».

La faiblesse de cette finale a été les réfutations. Des deux cotés, les juges ont révélé de grandes faiblesses, ce qui d’après eux est lié à un manque de documentation des jeunes. Dans les contre-interrogatoires, ils n’ont pas pu utiliser les réponses obtenues afin de faire progresser le match. 

D’après Kindro, le président du jury, malgré les failles soulevées, ce fut un match intéressant.
Quand Max Grégory SAINT-FLEUR, l’un des animateurs du club, vient annoncer le verdict du jury, c’est un public debout qui a applaudi l’équipe championne formée de Silas BELLEVUE, Rose Falande SOMMERVIL, Juan Jose GALLANT.

Conclusion
Ce premier tournoi local a permis aux responsables du club de Darbonne de détecter certains joueurs talentueux prêts à intégrer l’équipe qui représentera le club dans le prochain tournoi régional qui aura lieu en avril prochain.

Max Grégory SAINT FLEUR
Animateur du club de Darbonne
Avec le support de Merline SOMMERVIL


1 commentaire:

Marc Frantso Saint Louis a dit…

Je félicite tous les responsables qui ont rendus possible ce tournoi. Je suis sûr que l'équipe de Darbonne a regagné sa vitesse de croisière. J'aimerais que tous les jeunes de tous les club du pays encouragent les autres jeunes à prendre part dans ces genres d'activité.