mercredi 8 mars 2017

Le club de Jérémie en mode « Action »

Il n’était pas évident que les clubs de la Grand’Anse et du Sud fonctionnent suite au passage de Matthieu. Toutefois, après le passage de cet affreux ouragan dans la Grand’Anse, le club de débat de Jérémie n’a pas baissé les bras. Au contraire, il a organisé plein d’activités afin de se remettre et de se redynamiser, dont les suivantes :
1-   Un débriefing psychologique qui a été un appui ou une assistance psychologique dont l’objectif c’est de prévenir les risques de psycho-traumatisme,
2-    Une rencontre animée par notre collègue Louis-Jean Francklin où nos jeunes se sont exprimés sur les conséquences de Matthieu
3-    La fête de fin d’année dont le but était de se recréer un peu après le poids de fatigue spirituel et mental que nous a laissé Matthieu,
4-    La mise sur pied d’un comité de jeunes (par élections des membres) dans le club dont l’objectif est de répartir les tâches, d’engager les jeunes beaucoup plus dans les activités du club, de les faire prévoir certaines activités sous l’obédience des animateurs et les aider à les réaliser,
5-  Enfin, six jours de séminaire sur le débat avec les jeunes qui sont pour la grande majorité des nouveaux inscrits.

La formation sur le débat

On a organisé six jours de formation pour les jeunes. Au cours de ces six jours de formation organisés pendant 3 week-ends consécutifs, on a eu 42 jeunes dont 22 filles et 20 garçons. L’objectif général de cette formation est d’apprendre aux nouveaux inscrits à débattre suivant le format Karl Popper et de consolider ce que les anciens membres du club ont comme acquis en débat.
La formation a porté surtout sur la définition du mot ‘débat’, les principes du débat, les habiletés essentielles à développer, la définition et présentation d’un argument, la réfutation, les responsabilités des orateurs et la structure du format Karl Popper.

Méthodologie

La formation n’a pas été faite comme les cours formels qui se donnent à l’école où l’on ne laisse pas trop de place aux initiatives individuelles, où l’on rend les participants passifs et où l’on ne favorise pas l’interaction entre les participants et le formateur. Au contraire, cela se faisait par la participation active des jeunes.

a)      Les jeunes apportent leurs propres définitions des concepts

Par exemple, au premier point de la formation, il a été demandé aux jeunes de donner eux-mêmes une définition du mot ‘débat’ avant de lire avec eux la définition du 2e paragraphe de la page 14 du guide pédagogique de débat de FOKAL. Pour Lourdesmia Bellerice, « le débat c’est  une discussion qui suscite des questions ». Jean Rose Staphanie croit que « c’est un partage d’idées ».
Selon Petit-Frère Lovena, « le débat c’est une discussion faite sur un sujet où chaque personne apporte des arguments pour convaincre ». D’après Pierre Jimmy, « le débat c’est une discussion qui se fait entre deux ou plusieurs personnes ». Comme je l’ai dit plus haut, après ces définitions, on a analysé ensemble celle du guide tout en leur montrant aussi le rapport qu’il y a entre les définitions qu’ils ont données et celle tirée du guide.

b)      Les jeunes questionnent
Une large place a été accordée également aux questions. Après certaines explications, les jeunes ont agité des questions sur des points qui leur paraissent encore obscurs. En voici quelques-unes:

- Est-ce qu’on peut réfuter une source ? a demandé Christophe Yves Bedjine
Bien sûr que oui. Mais, c’est dans le cas où l’adversaire ne donne pas assez d’information de sa source comme : titre du document, nom de  l’auteur, date de publication, édition…

- Est-ce qu’un membre du jury doit poser des questions aux débatteurs ? a voulu savoir Decome Johnnica.
Non, il est là pour prononcer le verdict après le  match. Toutefois, il doit, avant de donner sa décision, faire un petit commentaire sur le déroulement du débat.

- Paul Méral a abondé dans le même sens qu’Yves Bedjine en demandant si on peut demander de prouver une source.
Bien sur ! Si l’adversaire est incapable de le faire, cela peut faire objet de réfutation de la source, comme j’ai expliqué à Yves Bedjine.

- Est-ce qu’on peut parler créole et français dans un match de débat ? s’enquit Joseph Kerby.
Non, un match de débat se joue dans une seule langue : soit en français ou en créole. Après la formation, nous allons faire l’expérience de jouer un match en créole aussi.
- Dans combien de temps peut-on préparer un match de débat ? a demandé Jeanty Jocelyn.
Au minimum, dans 1 heure de temps environ.

- Ne peut-on pas demander un petit temps de préparation avant d’intervenir ? fit Simon Jean Vladensky
Oui, chaque équipe a droit à 8 minutes de temps de préparation. Ces minutes peuvent être réparties dans l’intervalle entre les interventions, selon les besoins des débatteurs. Les équipes annonceront au juge le nombre de minutes requises. (Dernier paragraphe de la page 29 du guide)

- Le premier affirmatif n’a qu’à présenter son cas. Pourtant le premier négatif doit réfuter puis présenter son cas. Ils ont le même temps de parole. N’est-ce pas accorder trop d’avantage à l’équipe affirmative?  protesta un peu Moïse Chrismanie.
Mais non, puisque 2N va faire presqu’exactement la même chose dans moins de 6 minutes.

c)      L’application du learning by doing de John Dewey: les jeunes ont appris en faisant.

Les jeunes ont été mis aussi en situation de faire car comme l’a exigé le pédagogue américain John Dewey, il faut apprendre en faisant. Après avoir expliqué la présentation des arguments suivant la structure DESC, un sujet a été soumis aux jeunes : "La presse devrait être pénalement responsable des discours d’incitation à la violence qu’elle diffuse". Ils étaient répartis en groupe de cinq pour choisir un argument pour ou contre et le présenter suivant le DESC. Cette présentation s’est fait bien sûr par le rapporteur du groupe. Voici les meilleures présentations :
Deux équipes POUR ont avancé :

Ø  La presse devrait être pénalement responsable des discours d’incitation à la violence qu’elle diffuse parce que, en diffusant ces discours, elle se fait complice. Considérant l’influence des discours d’incitation à la violence sur la société, on se demande s’il n’est pas indispensable de pénaliser la presse pour les avoir diffusées  en dépit de sa grande liberté. En effet, en diffusant les discours d’incitation à la violence, elle facilite la propagation de la violence dans la société. Une telle attitude mérite d’être punie.

Le jeudi 23 avril 2015, à l’ouverture de la conférence internationale sur «Le rôle des leaders religieux dans la prévention de l’incitation aux crimes d’atrocité», Dieng a « appelé les participants à mettre l’accent sur la prévention de l’incitation à la haine et qui peut conduire à des actes violents de masse »
Il est dit en droit que nul n’est censé au-dessus de la loi et la liberté doit avoir des limites. Ainsi, c’est par la notion de responsabilité pénale qu’on peut favoriser l’Etat de droit dont nous rêvons tous. De ce fait, il faut pénaliser la presse pour empêcher l’intensification de la violence grâce à sa complicité. En somme, considérant la complicité de la presse dans la propagation des discours violents ayant des effets néfastes sur l’ordre social, il est indispensable de lui en rendre pénalement responsable.

Ø  Cela a des effets néfastes sur l’économie du pays. En écoutant ces discours d’incitation à la violence, cela peut provoquer la peur et cela peut décourager les investisseurs à venir investir leur capital dans le pays. La politique zéro tolérance de l’ex-président Jean Bertrand Aristide diffusée largement par la presse  en 2004 causait pas mal de victimes dans la société. Cela prouve que la diffusion des discours d’incitation à la violence encourage les gens à être violents. Dit-on, la violence nourrit la violence. Par conséquent, les  grands investisseurs et nos diasporas qui entendent et vivent ces actes de violence à la télévision vont avoir peur de venir investir leur argent en Haïti bien qu’il soit considéré comme un paradis fiscal. « De nombreux compatriotes vivant aux États-Unis d’Amérique sont réticents à investir leurs avoirs en Haïti, à cause des problèmes d’instabilité sociopolitique et d’insécurité auxquels le pays fait face constamment. » 

Et un compatriote a ajouté : « « Même si la volonté est là, mais nous avons peur de grossir le lot des victimes de l’insécurité qui anime la vie quotidiennement en Haïti. Comment aller investir dans un pays où la police, les parlementaires, bref l’État, sont en grève permanente ? N’en parlons pas du problème récurrent de l’insécurité».

Ø  Par la violence, on paralyse aussi les activités économiques, on détruit des sources de revenu comme des magasins, des marchés, des cadres…
Georges B. Sassine, le Président de l’Association des Industries d’Haïti (ADIH) a condamné les actes de violence perpétrés lors des manifestations contre la tenue des élections. « Le droit à manifester ne légalise pas les appels à la violence ni la destruction des vies et des biens. L'ADIH présente ses sympathies aux victimes volées et molestées ainsi qu'aux institutions et entreprises vandalisées par les casseurs.         

Ø  L’ADIH déplore avant tout, l'absence des forces de l'ordre le vendredi 22 Janvier 2012. Les voleurs et casseurs ont pu opérer en toute impunité, sans égard pour les paisibles citoyens, victimes des actes barbares commis par les manifestants. Ces actions auront de graves conséquences sur l'économie du pays et pénaliseront surtout les couches défavorisées de la Nation». Donc, les discours d’incitation à la violence enveniment la violence qui ne va pas dans le sens de l’intérêt économique du pays.
Une équipe a avancé elle-même :

Notre premier argument : les discours d’incitation à la violence permettent de prendre connaissance des différentes contraintes de notre société. La presse, dans sa double mission d’informer et de former doit tout diffuser pour permettre à la nation de s’informer de ce qui passe dans le pays. Cela permet de montrer les problèmes auxquels faits face la société pour pouvoir les résoudre. L’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1958 et l’article 19 du pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966 reconnaissent aux journalistes le droit de rechercher, de recevoir et de transmettre librement de l’information sans immixtion. En conclusion, en diffusant les informations, peu importe leur nature, la presse nous permet de voir les failles de notre société et les combler par la suite.
d)      Pour expliquer la structure du format Karl Popper dans la page 30 du guide, six volontaires dont trois filles et trois garçons sont passés par devant, ils sont assis et font comme s’ils étaient en train de jouer un match. J’ai donné un nom à chaque équipe et fait lever les joueurs à tour de rôles pour mieux expliquer leurs responsabilités.

e)      Enfin, dans le sens du learning by doing, deux équipes dont deux nouveaux inscrits par équipes sont formées. Samedi prochain, elles joueront un match d’exhibition autour d’un sujet relatif au thème du débat pour cette année : « L’Etat haïtien devrait interdire le départ de ses cadres vers les autres pays étrangers ».

Equipe négative
Equipe affirmative
1-      Belris Jhon Féguerson
2-      Moïse Chrismanie
3-      Jean Rose Stéphanie
1-      Laguerre Wogensky
2-      Jean Louis Rose Manite
3-      Decôme Jhonnica

Voilà donc, amis confrères du réseau des clubs de débat, les différentes activités entreprises par le CDJ pour se relever. Ces activités servent aussi de prélude aux activités commémorant le 10e anniversaire de notre club : 17 juillet 2007- 17 juillet 2017.

Waldinde GERMAIN
Club de débat de Jérémie

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