mercredi 3 septembre 2014

Focus sur la finale du tournoi national de débat Karl Popper 2014


L’ultime duel. Dur, dur!


La grande finale de débat a opposé l’équipe du club de la Bibliothèque Monique Calixte à l’équipe de Martissant, le 24 juillet dernier, lors du camp d’été 2014 de FOKAL aux Gonaïves, a tenu ses promesses. Stressante pour les débatteurs (c’est une finale quand même!), elle a été d’un très bon niveau, selon les commentaires des juges. La résolution a été la suivante: Les pays de la Caraïbe devraient adopter le protocole de Kyoto pour lutter contre le changement climatique. Bref, un débat d’actualité.


L'équipe de Martissant
Chacune des 2 équipes, mixtes dans leur composition (2 débatteuses et un débatteur) a eu un parcours exceptionnel durant le tournoi. Après avoir défait chacun leurs adversaires respectifs (Jérémie et Diquini) en demi-finale sur un score sans appel de 5-0, le duel entre l’équipe de BMC (Laudney Ambroise, Ruth Sara Monteau, Wilbert Fortuné) et celle de Martissant (Neïssa Gravil, Johanna Joseph, Samuel Cangé) s’annonçait hautement prometteur.


L'équipe de la BMC

Le public d’une centaine de personnes n’a pas été déçu. Les 84 autres participants du camp auxquels se sont ajoutés d’une dizaine d’invités-surprises, des jeunes et des personnalités de la ville des Gonaïves, ont constitué l’auditoire à l’hôtel Amiral Killick. Un débat d’un bon crû, donc. Voici un échantillon des échanges entre les deux équipes finalistes.




Le protocole de Kyoto, un serpent qui se mord la queue
[Le protocole de Kyoto est un traité international visant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et qui vient s'ajouter à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques dont les pays participants se rencontrent une fois par an depuis 1995. Ce protocole visait à réduire, entre 2008 et 2012, d'au moins 5 % par rapport au niveau de 1990 les émissions de 6 gaz à effet de serre : dioxyde de carbone, méthane, protoxyde d'azote et 3 substituts des chlorofluorocarbones.
Signé le 11 décembre 1997 lors de la 3e Conférence des Parties à la Convention (COP 3) à Kyoto, au Japon, il est entré en vigueur le 16 février 2005 . Au 14 janvier 2009, 184 États avaient déposé leurs instruments de ratification, d’accession, d’approbation ou d’acceptation.]
 
Neïssa Gravil (Martissant) vs Ruth Sara Monteau (BMC)
Martissant défendait la résolution, BMC était contre. Le protocole de Kyoto, le traité promu par le Groupe d’Experts intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC) en 1997, a été l’objet d’une forte dissension entre les 2 équipes. Martissant, équipe affirmative le définit comme un « ensemble de réglementations pour réduire les émissions des gaz à effet de serre (GES) par les pays signataires ».

[Les « gaz à effet de serre » (GES), présents naturellement dans l’atmosphère terrestre contribuent à retenir la chaleur près de la surface de la Terre. Ils sont formés essentiellement de vapeur d'eau, de dioxyde de carbone (CO2 ou gaz carbonique), de méthane (CH4), de protoxyde d'azote (N2O) et d'ozone (O3). Sans ces gaz, la température moyenne sur Terre serait de -18 °C, et la vie telle que nous la connaissons deviendrait impossible.
Les gaz à effet de serre retiennent dans les basses couches de l'atmosphère une partie du rayonnement infrarouge émis vers l'espace par la surface de la Terre, réchauffée par le Soleil. Appelé « effet de serre », ce processus naturel a permis le développement et le maintien de la vie sur Terre. Depuis environ deux siècles, les concentrations atmosphériques de certains gaz se sont toutefois mises à augmenter, alors qu'elles étaient plutôt stables auparavant.]
Johanna Joseph (Martissant) vs Laudney Ambroise (BMC)
 BMC, équipe négative, le considère au contraire comme « un accord visant à imposer des contraintes chiffrées aux pays vulnérables pour combattre le changement climatique ». Le rapport est donc inégal. La contestation du GIEC a été forte du coté de l’équipe négative qui a repris un discours de l’Association des États de la Caraïbe (AEC) stipulant que la nomination des membres du GIEC est politique. Selon BMC, le GIEC ne dévoile jamais le nom de ses scientifiques. « On ne peut se fier à des non scientifiques ».

[Le GIEC est une organisation qui a été mise en place en 1988, à la demande du G7 (groupe des 7 pays les plus riches : USA, Japon, Allemagne, France, Grande Bretagne, Canada, Italie), par  l'Organisation Météorologique Mondiale et par  le Programme pour l'Environnement des Nations Unies. Son appellation anglaise est IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change). Le rôle du GIEC est "d'expertiser l'information scientifique, technique et socio-économique qui concerne le risque de changement climatique provoqué par l'homme".]

Défense et illustration de positions antagoniques

L’équipe affirmative (Martissant) a présenté 2 arguments pour défendre la résolution. Selon elle, adopter le protocole de Kyoto « permettrait de maintenir l’équilibre naturel. Les dangers pour l’écosystème ne sont plus à prouver et il est évident, selon les experts du GIEC, que c’est l’homme qui est responsable du changement climatique en rejetant le gaz carbonique (CO2) dans l’atmosphère ». L’équipe négative (BMC) a rétorqué que « … les États de la Caraïbe signataires du traité sont toujours vulnérables. Car les problèmes et les déséquilibres naturels persistent ».
Samuel Cangé (Martissant) vs Laudney Ambroise
Le 2e argument de Martissant a été que l’application du protocole de Kyoto « permettrait aux États caribéens de sauvegarder leur économie, …régulièrement touchée de plein fouet par les conséquences du changement climatique (pluies diluviennes, ouragans dévastateurs…), de plus en plus récurrentes dans la zone ». Des catastrophes qui ont un impact destructeur sur l’agriculture et les infrastructures, et qui coutent plusieurs millions de dollars américains à ces économies fragiles, citant l’économiste Jeffrey  D. Sachs, Directeur de Earth Institute.

[Earth Institute (Institut de la Terre) rassemble les gens et les outils nécessaires pour répondre à certains des problèmes les plus difficiles du monde, du changement climatique et de la dégradation de l'environnement, à la pauvreté, la maladie et l'utilisation durable des ressources. Basé à Columbia University aux USA, l'Institut, sous la direction du professeur Jeffrey D. Sachs, comprend plus de 30 centres de recherche et près de 850 chercheurs, boursiers postdoctoraux, personnel et étudiants]

L’équipe de BMC a réfuté ce point en expliquant que « l’économie des pays caribéens se base surtout sur l’agriculture et la pêche dont les contraintes du protocole de Kyoto empêchent leur industrialisation. […] Ces pays ont besoin d’industries pour développer leur économie et ils n’ont pas de moyens pour investir dans les énergies renouvelables. Ce sont des économies faibles, et les catastrophes ont toujours existé ». L’équation devient vite insoluble.

Attaque et contre-attaque

BMC a insisté en affirmant que « les États de la Caraïbe ont d’autres priorités telles que l’éradication de la pauvreté, le développement de leur économie sur leur territoire, les efforts pour une vie décente à leurs populations », que le protocole Kyoto peut obérer.  La lutte contre le changement climatique est par conséquent un défi de taille au-dessus des moyens  des pays de la Caraïbe, insinua l’équipe.
Wilbert Fortuné (BMC)
Martissant a contesté cet argument en montrant, chiffres à l’appui, que « selon le Caribbean Catastrophe Risk Insurance and Facility (CCIRF), les catastrophes naturelles ont causé une chute de 6% du PIB de la Jamaïque. […] Les cyclones Jeanne et Anna ont causé pour 165 millions de dollars de pertes et dommages en Haïti. » Donc, il nous faut comprendre que le changement climatique accentue la pauvreté et retarde le développement économique.

[Le CCIRF est une compagnie régionale d’assurance, fondée en 2007 par la Banque mondiale. Elle a été conçue pour couvrir le risque souverain et compenser l'impact financier des ouragans / tremblements en fournissant des liquidités rapides aux 16 gouvernements des États membres de la Caraïbe. Chaque gouvernement verse une prime liée à la quantité de risques qu'il transfère au Fonds]

Sans se démonter, l’équipe négative a poussé le clou en déclarant que « ce sont les pays développés qui sont responsables de la quasi-totalité de l’émission des gaz à effet de serre (GES) ». Les États-Unis produisent 20% des gaz à effet de serre à la base du changement climatique, la Chine 22%, à cause de leurs industries, la zone Caraïbe seulement 1% ». Une autre façon de dire qu’il revient à eux d’éteindre l’incendie qu’ils ont provoqué.
Des membres du jury de la finale
L’équipe de Martissant a rejeté fermement ce raisonnement en faisant valoir que « plus le monde tergiverse, plus les couts pour lutter contre le réchauffement climatique seront élevés pour nous aussi qui émettons des GES ». La politique de l’autruche par les pays de la Caraïbe qui refuseraient d’adopter le protocole de Kyoto les mènera à coup sûr tout droit vers la catastrophe.

Un défi à la hauteur de l’enjeu

L’enjeu est de taille car elle est économique, pour BMC comme pour Martissant. Si pour les tenants de l’adoption du protocole (Martissant), « les pays de la Caraïbe doivent agir vite contre le changement climatique car les couts humains, matériels et financiers à venir seront de plus en plus élevés », pour leurs adversaires de la BMC, il est clair que ces pays ne doivent pas engager leur responsabilité dans cette lutte mondiale.
BMC, club champion du tournoi national de débat 2014!
Loin de vouloir nier les dangers du changement climatique et de leurs conséquences potentielles, les débatteurs de BMC ont conclu que « c’est par l’éducation et le développement qu’on peut sauver l’équilibre naturel. Et il existe vraisemblablement d’autres moyens », que propose l’Association des États de la Caraïbe (ACE), il parait. On aimerait en savoir davantage de ces solutions alternatives.

[L'ACE a été créé le 28 juillet 1994 par 28 États et territoires de la Grande Caraïbe pour renforcer la coopération dans la région. C’est une organisation de "consultation, de coopération et d'action concertée" pour ses pays membres. Elle fournit un forum pour le dialogue politique pour identifier des domaines d'intérêt et de préoccupation communs qui peuvent être utilisées au niveau régional, et les solutions, à travers la coopération, dans 5 domaines: la préservation et la conservation de la mer des Caraïbes; le tourisme durable; le commerce et les relations économiques extérieures; les catastrophes naturelles; les transports.]

Les raisons d’une victoire

La finale a été âprement disputée par les 2 équipes. L’équipe de BMC a gagné le débat sur le score étriqué de 4 à 3 (4 juges sur 7 ont voté pour eux). La décision des 4 juges favorables a été motivée par « le profond manque de relation de causalité au cœur des arguments de l’équipe affirmative. On ne peut pas trouver le rapport entre l’application du protocole et la stabilisation de l’équilibre de la nature. » Pour un autre, « la reconstruction de leurs arguments n’a pas été à la hauteur de la réfutation qui en a été faite. »
Wisguerby Bellegarde, Meilleur juge du tournoi
Déçus mais pas abattus, les vaillants débatteurs de Martissant n’ont pas été au bout de leur désillusion quand le titre de meilleur débatteur du tournoi (et aussi du match) a été décerné plus tard dans la soirée à Wilbert Fortuné de BMC qui rafle la mise. Discours efficace, ton parfois excessif, mais un talent d’orateur indéniable, Fortuné a su convaincre et séduire le jury qui lui a permis de glaner une somme de points supérieurs aux autres.
Wilbert Fortuné recevant son certificat Honneur & Mérite
Le trophée de champion du tournoi de débat de FOKAL, édition 2014, a été remis à l'équipe de BMC, ainsi qu'un certificat "Honneur & Mérite"  accompagné d'un lot d'ouvrages en primes à chaque débatteur de l'équipe championne. Des primes et un certificat a été également remis à l'équipe de Martissant, finaliste malheureuse. Wilbert Fortuné a reçu également une plaque d'honneur récompensant son titre de Meilleur débatteur du tournoi et des primes additionnelles.

Félicitations aux vainqueurs!

Jean-Gérard Anis
Coordonnateur du Programme Initiative Jeunes
2 septembre 2014

vendredi 29 août 2014

Le tournoi national de débat 2014 de FOKAL: un concours de surprises


L’augure a bien eu lieu. Le tournoi national de débat qui a lieu cette année, à l’hôtel Amiral Killick aux Gonaïves, au cours du camp d’été annuel organisé par FOKAL, du 21 au 25 juillet dernier, a vu une montée en puissance de certains clubs dans les résultats et les classements, des débats d’un meilleur niveau, et un lot de surprises dont on espérait secrètement (voir les articles précédents dans le blog Programme Initiative Jeunes à http://vaguedufutur.blogspot.com).
BMC, le club champion du tournoi national de débat 2014
Quatorze (14) clubs de débat (Cap-Haïtien, Gros Morne, Fond Parisien, Santo, Christ-Roi, BMC, Martissant, Diquini, Cote-Plage, Darbonne, Jacmel, Cayes, Camp-Perrin, Jérémie), 90 participants incluant les débatteurs tous issus du secondaire, les coaches des équipes, les juges et le staff de FOKAL, ont constitué l’effectif du camp d’été, le plus grand rendez-vous annuel du Programme Initiative Jeunes (PIJ) de FOKAL.

Les rouages de la compétition

Quarante deux (42) débatteurs dont 23 filles (un record!) se sont affrontés autour de 2 sujets sur les défis et les enjeux de la lutte contre le changement climatique: 1. Les pays de la Caraïbe devraient adopter le protocole de Kyoto pour lutter contre le changement climatique. 2. Les pays développés ont davantage l’obligation de lutter contre le changement climatique que les pays en voie de développement. Chaque équipe a eu l'occasion de débattre le pour et le contre des 2 sujets.

Trente cinq (35) matches ont été joués, tous suivis de commentaires du jury à leur fin (sauf la finale) sans proclamer le verdict, excepté pour la 1ère série de matches du tour éliminatoire. Ces matches ont été étendus sur quatre tours : le tour éliminatoire (28), le quart de finale (4), demi-finale (2) et la finale. Au tour éliminatoire, une série de 7 matches a été jouée simultanément dans 7 espaces différents du site du tournoi, reproduite dans 4 rounds successifs.

Chaque équipe a joué un minimum de 4 matches, jusqu’à 7 pour les 2 équipes arrivées en finale. Le format de débat Karl Popper, le plus utilisé dans le monde pour les élèves au secondaire, a été privilégié. Trente (30) juges qui ont été formés par FOKAL étaient mobilisés pour arbitrer dans la compétition. [pour en savoir plus sur ce format, consulter le blog du PIJ  à la rubrique « Ressources documentaires »].
2 juges de Dominicana Debate, au camp d'été 2014
Chaque match a été arbitré obligatoirement par 3 juges au tour éliminatoire et aux quarts de finale, par 5 juges aux demi-finales et par 7 juges à la finale. Trois juges de débat venus de la ville de Santiago en République dominicaine, ont arbitré également dans le tournoi. Ils sont des personnes-ressources de Dominicana Debate, l’association dominicaine de débat, partenaire de FOKAL.

Le tour de chauffe : des tournois en cascade

Plusieurs tournois locaux de débat organisés par certains clubs (Christ-Roi, Jérémie, Darbonne, Martissant, BMC, Diquini) de mars à mai 2014, et 2 tournois régionaux organisés en juin respectivement dans le sud (avec 6 clubs) et dans l’ouest (avec 8 clubs), ont joué sans le vouloir le rôle d’épreuves de préparation, ou mieux de tour de chauffe pour ce grand rendez-vous annuel de l’été.
Darbonne, le club champion du tournoi régional de débat du grand Sud
Ces compétitions de débat, en prélude au tournoi national, ont galvanisé les clubs, échaudés par leur bonne performance à ces concours. Elles ont également motivé davantage les débatteurs qui ont gagné en confiance. Ils ont senti que le sacre national était à leur portée.

Cela s’est révélé réellement payant. La compétition a dévoilé des équipes plus déterminées, des débats mieux préparés, davantage de victoires étriquées (preuve de la combativité des équipes, des juges plus expérimentés, moins de frustrations, puisque les équipes ont reconnu plus volontiers leurs défaites face à des adversaires aussi bien préparés qu’eux.
Diquini, le club champion du tournoi régional de débat de l'Ouest
Ce n’est pas non plus un hasard si ce sont ces 6 clubs, cités dans le paragraphe plus haut, qui ont trusté les premières places du classement des clubs après les résultats du tournoi national. [Lire les articles précédents du blog du mois de Juillet-Aout pour plus d’informations sur les résultats, les scores, les classements et les palmarès.]

Les instruments pour la victoire

À la veille de la compétition, des formations préparatoires sur le débat ont été effectuées à l’intention des débatteurs. L’objectif a été de combler les lacunes des débatteurs sur certains aspects du débat et de répondre à leurs questions sur le format. Trois ateliers de formation pratique ont été réalisés à cette fin par des animateurs-formateurs de débat du Programme Initiative Jeunes:
Des débatteurs suivant une formation sur la recherche documentaire
 - comment définir à des fins stratégiques d’argumentation les termes-clés d’un énoncé de débat, documents à l’appui;
- comment réfuter concrètement et reconstruire correctement un argument, exemples à l’appui;
- comment utiliser la recherche documentaire pour bâtir et supporter un argument, et reconnaître qu’un document peut être utilisé comme source crédible pour supporter un argument, exercices à l’appui.

Carine Schermann, consultante de FOKAL
Une consultante de FOKAL a réalisé un brainstorming général sur les causes et les conséquences du réchauffement climatique pour mieux instruire les participants (débatteurs, coaches et juges compris) sur ce sujet très complexe. FOKAL avait jugé utile et nécessaire d’approfondir les connaissances des débatteurs sur le sujet, complétant ainsi la riche documentation qu’elle avait fournie aux clubs un mois avant le tournoi, pour éviter les erreurs dans les faits et les mauvaises interprétations du problème.

Un débat de démonstration avait été organisé avec des coaches volontaires sur le sujet suivant : « Les concours de beauté devraient être interdits ». Cet exercice avait pour objectif de servir d’exemple aux débatteurs pour savoir comment mieux jouer leur rôle, pour comprendre et analyser les failles d’un argument et les limites d’une réfutation
Débat de démonstration entre 2 coaches au camp d'été
Une rencontre a été effectuée avec les 30 juges sélectionnés par FOKAL (des enseignants, des étudiants, et des collaborateurs de la fondation) pour les informer des dispositions nouvelles pour le tournoi, leur rappeler les principes d’arbitrage d’un débat, harmoniser avec eux les critères pour bien juger un débat, et évaluer leurs habiletés à juger, et répondre à leurs interrogations.

Des surprises en compétition : la roue tourne

Une kyrielle de surprises attendait les débatteurs : feedback écrit, après match, des débatteurs sur l’arbitrage; palmarès avec classement; primes à volonté pour les gagnants; de nouveaux prix instaurés pour récompenser le travail de débatteurs, coaches et juges; des interviews menées par l’équipe de communication de FOKAL avec des débatteurs après des matches (à voir sur You Tube); un exposé sur la santé nutritionnelle par l’animatrice de Diquini, très suivi par les débatteurs.
L'équipe de Martissant et ses 2 coaches
Des progressions fulgurantes de clubs : BMC devient le nouveau champion en titre, après des années de disette. Le club de débat de Martissant s’est hissé en finale pour la première fois depuis sa création. Le club de Jérémie est classé parmi les 4 meilleures équipes au classement. Diquini confirme son nouveau statut d’équipe très compétitive. Dans les tournois nationaux précédents, ces 2 clubs végétaient toujours dans les derniers rangs du classement.

L’autre surprise intéressante a été la forte présence des filles dans la compétition. Huit équipes sur 14 ont été composées en majorité de filles, dont 2 exclusivement. Quatre (4) filles sur six débatteurs possibles ont joué la finale. Elles ont raté de peu que l’une d’entre elles obtienne le titre de « Meilleur débatteur du tournoi ». Elles ont quand même raflé le titre « Meilleur Débatteur Espoir » et le « Prix Fair Play » de la compétition.
Contre-interrogatoire entre 2 débatteuses à la finale du tournoi national
Les filles semblent avoir pris le programme de débat d’assaut. Les garçons paraissent être eux en quelque sorte modérément sur la touche au sein de leurs clubs, vu que les coaches font davantage confiance aux filles pour constituer leurs équipes. Ils n’ont pas été déçus. Sur les cinquante quatre (54) jeunes formant au total les délégations des 14 clubs, trente (30) étaient des filles. Un record! Et elles sont très combatives à débattre.

Une autre surprise-massue a laissé sans voix les participants du camp, coaches, juges et débatteurs compris: le redoutable club de Cote-Plage, dont les équipes dans les compétitions successives arrivent toujours en finale, n’a pas réussi à passer le tour éliminatoire. Une première qui a résonné comme un coup de tonnerre. Mais, nul doute que le club retrouvera ses marques et comblera rapidement ce passage à vide.
Djounia Saint-Fleurant, Meilleur débatteur Espoir au tournoi national
Tout ceci témoigne de fortes améliorations au niveau de la formation au débat, de meilleures dispositions des jeunes à débattre, d’une hausse de la compétitivité de certains clubs, et enfin de la bonne santé du programme de débat de FOKAL.

Propositions et Perspectives

Un duel des champions est en perspective, pour la période d’octobre à décembre 2014 à FOKAL. Il est prévu un match unique de débat entre les clubs de Darbonne et de Diquini, les 2 champions des tournois régionaux. Cette joute déterminera laquelle de ces 2 équipes aura le privilège d’affronter BMC, l’équipe championne du tournoi national 2014. Ces 2 duels se feront sur 2 sujets de débat distincts qui seront annoncés le moment venu.
Contre interrogatoire entre le Cap et Gros Morne
Plein d'idées nouvelles sont en train de germer pour rehausser le niveau et la qualité de la compétition nationale. La prochaine édition du tournoi national de débat devra être encore meilleure. Peut-être nous faudra-t-il inviter, vu l’engouement des jeunes pour le débat, plus de compétiteurs à ce tournoi, probablement deux autres clubs de jeunes du pays non membres de notre réseau, mais qui souhaitent ardemment intégrer le programme de débat. C’est à espérer.

Une autre idée serait que les animateurs soumettent eux-mêmes au préalable les points sur les techniques de débat à aborder dans les ateliers de formation lors du tournoi national, ou même lors de la visite du coordonnateur dans les clubs. Défi : ils doivent être capables d’identifier avec précision les problèmes et les besoins des débatteurs. Avantage : ils sont plus à l’écoute des débatteurs, plus soucieux de la qualité des formations données.
Les débatteuses du club de Christ-Roi avec leur coach
Une dernière proposition serait que les clubs de débat du réseau travaillent un seul thème dans les formations, les matches d’exhibition, les tournois local, régional, national, et ce sur toute l’année, de septembre à juillet. Avantage : davantage de documents disponibles pour les débatteurs; recherche documentaire plus poussée plus étendue; meilleure compréhension des sujets thématiques; garantie d’une meilleure préparation pour les compétitions de débat.

La prochaine édition sera plus belle. Travaillons ensemble pour cela.

Jean-Gérard Anis
Coordonnateur du Programme Initiative Jeunes
29 Août 2014

mercredi 27 août 2014

Les 400 voix de la jeunesse haïtienne



Le projet – Bay jèn yo pale !
Le projet « Livre blanc de la jeunesse » (cette appellation n’est pas officielle) de FOKAL entame sa dernière ligne droite vers son achèvement. L’objectif de ce projet est de dégager les principaux obstacles et les opportunités à un engagement des jeunes à leur intégration effective dans le développement d’Haïti. Mais c’est aussi pour faire connaitre à la population en général les griefs, les attentes, les préoccupations, les aspirations, bref les réflexions des jeunes haïtiennes et haïtiens vivant dans le pays.
[Un livre blanc est un recueil d'informations objectives et factuelles destiné à un public déterminé pour l'amener à prendre une décision sur un sujet particulier… Il permet aussi à des institutions privées ou publiques à but non lucratif comme les ONG de publier un message officiel sous forme d'état des lieux sur un domaine d'intérêt public…Dans leur conception d’origine, les livres blancs visent à donner naissance à des décisions politiques.]

A terme, le but de ce projet est de susciter un mouvement d’initiatives durables (un observatoire de la jeunesse, des lois sur mesure pour les jeunes, des mesures incitatives à l’emploi des jeunes…), des acteurs publics et privés des secteurs-clés de la vie nationale au bénéfice de l’intégration des jeunes dans la société.
Les consultations - Jèn yo pran pale !

La phase des consultations nationales des jeunes, qui a démarré le 9 mai 2014, a pris fin le 24 juillet dernier (soit une période de 3 mois). Quatre cent (400) jeunes de 14 communautés dans 6 départements du pays (Nord, Artibonite, Ouest, Sud, Sud-est, Grand-Anse) ont été sollicitées pour exprimer leurs opinions sur des préoccupations majeures du pays, et proposer des solutions à des problèmes qui affectent leur vie.
Treize (13) consultations ont été conduites au total dans 14 communautés touchées. Ces localités sont par choix des zones d’implantation des clubs de débat de FOKAL : Cap-Haïtien, Gros Morne, Gonaives, Fond Parisien, Darbonne, Jacmel, Cayes, Camp-Perrin, Jérémie, Port-au-Prince (Santo, Christ-Roi, Centre-ville, Martissant, Diquini, Cote-Plage). Des jeunes de 2 communautés contigües ont parfois été regroupées ensemble, comme Cayes et Camp-Perrin dans le Sud, ou Fond Parisien et Santo dans l’Ouest.

La majorité des participants sont des filles (52%), ont entre 18 et 21 ans (44%), sont au secondaire donc pas professionnellement active (85%), se revendiquent d’une religion (82%), et considèrent vivre dans une ville moyenne (62%). L’échantillon des jeunes choisis pour les consultations se veut représentatif de la jeunesse haïtienne de 2014 autant que possible. Les consultations ont été menées en créole et en français, les participants étant libres de s’exprimer dans la langue souhaitée.

La Démarche - Anpil pawòl pale !

Chaque consultation a duré environ 6 heures de temps et a mobilisé environ une quarantaine de jeunes. Certaines séances dépassent les 40 participants tant les jeunes avaient l’envie et l’enthousiasme d’y participer. Les consultations ont porté sur des thématiques différentes : État de droit et démocratie ; Économie et développement ; Égalité homme/femme et différences ; Identité et culture ; Jeunesse et loisirs ; Bien-être et solidarité.
Chacune des thématiques est déclinée en 2 et 3 problématiques distinctes sur lesquelles ont porté réellement les réflexions et les propositions des jeunes. Par exemple, la thématique « Identité et culture » inclut les questions de bilinguisme, de religion, de patrimoine culturel et de valorisation artistique en Haïti. La thématique « État de droit et démocratie » traite de la citoyenneté, du rôle de l’Etat, des ONG et de la société civile dans une démocratie en construction, de l’indépendance de la justice…

Une fiche d’information* sur chaque problématique avec un résumé des grands axes (définitions, historique, cadre légal, défis et perspectives) et des repères bibliographiques a été élaborée de façon objective par l’équipe en charge du projet. Ensuite, chaque groupe consulté reçoit 2 à 3 semaines à l’avance une fiche correspondant à la thématique qu’il est prévu de traiter. Les animateurs des clubs de débat qui préparent la consultation dans leur communauté se chargent de la distribuer à chaque jeune de son groupe afin qu’il lise le document au préalable.
Les consultations ont été conçues autour d’une approche participative et inclusive de sorte que chaque participant(e) soit capable et libre d’exprimer son opinion, et aussi de jouer un rôle actif dans les discussions. La prise en compte des opinions de tous les participants a alimenté une prise de parole individuelle, tandis que des travaux en groupe ont permis une réflexion collective sur une question ou un problème précis. Notre philosophie de travail s’est reposée sur 3 principes : le respect des opinions de chacun, la mixité filles/garçons, la neutralité des animateurs dans les discussions entre les jeunes.

Les Perspectives – Pare nou pou n tande !

Durant ces 3 mois de consultations, l’équipe du projet (6 membres) a amassé une masse imposante de paroles libres et ouvertes des jeunes rencontrés. Les données brutes recueillies sur papier et sur enregistreur vocal ont été compilées et sont en train d’être analysées par l’équipe en charge du projet à FOKAL. Les idées partagées durant les consultations, les questionnements soulevés et les propositions soumises par les jeunes feront l’objet d’une synthèse avec le souci d’être le plus fidèle possible de la parole de jeunes.
La publication, prévue objectivement en décembre 2014, de cet ouvrage ambitieux dans son objectif, novateur en Haïti, inédit dans sa philosophie et pédagogique dans sa finalité sera en quelque sorte une caisse de résonnance des paroles des 400 jeunes haïtiennes et haïtiens du territoire national ayant participé aux consultations, et qui n’expriment qu’une envie : se faire entendre !

FOKAL garde l’espérance que ces 400 voix trouveront écho aux oreilles des leaders politiques, économiques et religieux, des organisations publiques, privées ou internationales qui veulent œuvrer à l’émancipation et à l’intégration de la jeunesse haïtienne, de la société civile, des parents. Le livre sera disponible et distribué gratuitement à toute instance ou institution qui souhaite disposer d’un exemplaire.

Jean-Gérard Anis & Carine Schermann
Équipe du projet

* Les fiches thématiques sont disponibles sur le blog 

mercredi 20 août 2014

Me revoilà !


Chères toutes, Chers tous,

J’ai le plaisir de vous annoncer que j’ai repris le travail au bureau et que je suis pleinement opérationnel pour vous. J’espère que vous allez tous bien et que vous avez pu profiter des opportunités de l’été (carnaval, fêtes champêtres, excursions en tous genres, plage, …) après le camp d’été aux Gonaïves. Je suis vraiment désolé pour tous les tracasseries et problèmes que vous aviez dû subir pendant 4 jours à l’hôtel Amiral Killick.

J’ai profité des vacances pour publier sur le blog et notre page Facebook les résultats détaillés et définitifs et les palmarès du tournoi national de débat. Ils peuvent vous être utiles comme outils de travail pour opérer une stratégie de développement dans vos clubs. Un album-photos souvenirs sera bientôt disponible sur le blog et la page FB.

Encore une fois, je félicite « an gran jan » l’équipe championne de BMC, leurs 2 coaches, et le meilleur débatteur du tournoi issu du club. Je félicite également la belle performance de l’équipe de Martissant finaliste au tournoi.

Je salue la progression remarquable des clubs de Darbonne, Jérémie et de Diquini qui deviennent plus compétitifs cette année au fur et à mesure des compétitions de débat organisées.

J’adresse encore mes félicitations à toutes celles et à tous ceux qui ont gagné des titres et récompenses au cours du camp d’été, particulièrement Waldinde Germain, Wisguerby Bellegarde, Johanna Joseph, Djounia Saint-Fleurant, Jean-Marie Pierre, ainsi que les nominé(e)s.

Je renouvelle mes chaleureux remerciements à tous ceux et toutes celles qui, d’une manière ou d’une autre, m’ont aidé à surmonter les difficultés logistiques du camp pour le bien-être des participant(e)s, plus spécialement Yvens Rumbold, Carine Schermann, Jean-Marie Pierre, Isabelle Doucey, Sachernka Anacassis.

Je remercie ardemment Magalie Civil pour l’analyse du feed-back des débatteurs sur le travail des juges, à Stéphanie Balmir et Yvens Rumbold pour le travail de tabulation effectué sur les résultats du tournoi. Fabienne pour ses somptueuses photos (on les attend avec impatience pour les publier !). Vous avez été formidables !

Un grand merci à Dominicana Debate pour sa participation au camp d’été 2014. La contribution de Rawill, de Carld-Wendrique et de Réginald Dudley comme juges de débat ont été grandement appréciés. Nous espérons pouvoir toujours compter sur la collaboration des ressources de Dominicana Debate dans les éditions à venir.

Maintenant, l’été s’achève et un nouveau cycle d’activités va commencer pour la période de septembre à décembre 2014. Même si aucun calendrier ne vous est pas encore pour le moment fourni, voici des activités ou actions à entreprendre que vous pouvez considérer comme feuille de route jusqu’à la fin de l’année.

-         Bilan et introspection du club pour en tirer les leçons et les conclusions pour avancer
-         Recrutement de nouveaux membres pour votre club
-         Formation au débat (formation initiale pour les nouveaux + mise à niveau pour les anciens)
-         Tournoi dans votre club (avant la fin de l’année)

De mon coté, je travaille à préparer les activités suivantes :

-          Rencontre annuelle des animateurs
-          Visite dans les clubs
-          Duel des champions des tournois régionaux ouest et sud
-          Publication du Livre blanc

Néanmoins dans les jours à venir, des changements seront opérés dans les clubs sur la base de l’évaluation que nous y avons faite à FOKAL et des résultats aux tournois régional et national de débat. Je vous invite à tenir compte des considérations et des recommandations dans le document de l’évaluation, afin d’entreprendre des transformations idoines dans votre club.

Je suis tout à fait disponible pour recueillir vos propositions, vos doléances, vos recommandations, vos idées. Faites-vous entendre.

Je vous remercie encore de votre collaboration.

A très bientôt.

Anis

lundi 18 août 2014

Palmarès au camp d’été 2014 aux Gonaïves


Champions et Vice-champions cote à cote

BMC                                          Club Champion du tournoi national de débat Karl Popper 2014



MARTISSANT                      Deuxième au classement des clubs du tournoi national de débat Karl Popper 2014


DIQUINI                                     Troisième au classement des clubs du tournoi national de débat Karl Popper 2014

Wilbert FORTUNÉ (BMC)       Meilleur Débatteur du tournoi national de débat Karl Popper 2014
Ce prix, le plus important de la compétition avec le titre du club champion, récompense la performance individuelle d’un débatteur qui a obtenu la somme des points la plus élevée, décernés par les juges à chaque match, sur l’ensemble de la compétition de débat. Il/elle reçoit une plaque d’Honneur et Mérite pour ce titre.

Wisguerby BELLEGARDE (Santo)           Meilleur Juge du tournoi national de débat Karl Popper 2014
Ce prix récompense le/la juge  du tournoi qui a concentré le plus d’appréciations positives des débatteurs lors des 4 matches du tour éliminatoire du tournoi de débat. Le choix du récipiendaire de ce prix est fait par un vote anonyme des débatteurs de chaque équipe qui remplissent des bulletins prévus à cet effet pour chaque juge après chaque match.

Djounia SAINT-FLEURANT (Cap)         Meilleur Débatteur Espoir du tournoi national de débat Karl Popper 2014

Ce prix récompense la performance individuelle d’un débatteur qui a obtenu le plus de points, sur l’ensemble des 4 matches joués au tour éliminatoire, mais dont l’équipe n’est pas qualifiée pour les tours suivants.

Johanna JOSEPH (Martissant)                    Prix Fair Play du tournoi national de débat Karl Popper 2014

Ce prix récompense un débatteur qui aura eu un comportement exemplaire, dans quel que soit la phase du tournoi de débat. Le choix du récipiendaire de ce prix sera fait par un vote anonyme des juges du tournoi.

Jean-Marie  PIERRE                                      Meilleur « Esprit » du camp d’été 2014

Ce prix récompense un débatteur, un coach ou un juge qui aura le mieux fait montre d’un comportement exemplaire durant le camp. En ce sens, il/elle sert d’exemple aux autres. Le choix du récipiendaire de ce prix est fait par un vote anonyme des participants au camp d’été.

Waldinde GERMAIN (Jérémie)                  Animateur de l’année (sept. 2013− juillet 2014)

Ce prix récompense l’animatrice ou l’animateur du Programme Initiative Jeunes pour son leadership et ses efforts pour assurer un ancrage profond du débat dans sa communauté, sur la période de septembre 2013 à juillet 2014. [Les nominés : Alfred Désir (Christ-roi), Max Grégory Saint-Fleur (Darbonne) et Waldinde Germain (Jérémie)]

DARBONNE                                                     Club de débat l’année (sept. 2013− juillet 2014)
Ce prix récompense le club de débat du réseau de FOKAL qui a réalisé le plus d’initiatives au bénéfice de ses membres et qui a atteint les objectifs annuels du Programme Initiative Jeunes, sur la période de septembre 2013 à juillet 2014. [Les nominés : Christ-Roi, Darbonne, Jérémie]

Jean-Gérard Anis
Coordonnateur du PIJ
FOKAL

Une année à la tête du PIJ

  cher.es ami.es, Depuis janvier 2022, je suis appelé par la direction de la FOKAL à assumer la charge de la coordination du Programme Initi...