mardi 24 septembre 2013

Haïti au championnat du monde de débat en Irlande

Le plus grand événement annuel de débat de la planète a eu lieu cette année à l’Université Nationale d’Irlande, à Galway, du 13 au 26 Aout dernier. Haïti, grâce aux efforts de FOKAL, y a participé par le biais de ses 4 représentants dont 3 débatteurs : Djim Guerrier et Jothsaïna Pierre du club de débat de Santo, Nixon Destiné du club de débat de Cote-Plage, et Jean-Gérard Anis, leur coach et coordonnateur du Programme Initiative Jeunes de FOKAL.
La délégation haïtienne: Nixon, Jothsaina, Djim & Anis
Le Global Youth Forum (GYF) organisé chaque année dans un pays différent par l’International Debate Education Association, dont FOKAL est membre, a réuni en Irlande pour cette 13e édition, 250 jeunes et leurs entraîneurs, venant de quarante deux pays des 5 continents. Le GYF vise à développer le leadership des jeunes par le débat, et à promouvoir la compréhension mutuelle entre les jeunes des pays participants. Les pays d’Afrique noire ont été absents. Cinq grandes activités animent ces 15 jours du Youth Forum.

Le Karl Popper Debate Championship (KPDC)

Le KPDC, une confrontation d’idées, d’arguments, d’évidences et d’intelligences,  oppose généralement les équipes de chaque pays. Cette année, nous avons échoué dans notre ambition d’accéder au second tour. Au tour éliminatoire, l’équipe haïtienne a perdu, à chaque fois sous le score de 2 à 1,  ses débats contre le Japon, l’Irlande, la Serbie, et USB, une des 3 équipes américaines. Nous n’avions pas eu les résultats des matches sans délibération du jury contre la Russie et Team 36 (une équipe de débatteurs indépendants). Pour Nixon, leur défaite a été en quelque sorte une victoire sur eux-mêmes car « …chaque match nous a aidés à nous améliorer pour le match suivant ».
Un match de débat entre le canada et la Tunisie, arbitré par Anis
Le jury (3 juges-arbitres par match), lors des délibérations, après les matches, a pointé en résumé 3 faiblesses de notre équipe : l’insuffisance de preuves pour supporter leurs arguments (là où d’autres fournissent 3 à 4 évidences par argument) ; l’approche trop restreinte des sujets (2 sujets préparés et 4 sujets-surprise) qui limite les enjeux ; une mauvaise gestion du temps qui a entravé la coordination de leurs discours successifs. Néanmoins, ils ont relevé que leurs arguments ont été bien structurés et logiquement cohérents. A l’évidence, cela ne suffit pas pour gagner un débat.

La Lituanie, championne du KPDC 2013, a battu en finale sous le score 6 à 1 le Pakistan, cette même équipe championne de l’édition 2012 au Mexique.

Les sessions de formation

Les sessions de formation Mixed Team Track où durant 3 jours de manière intensive, les formateurs d’IDEA approfondissent le format Karl Popper, et apprennent aux jeunes comment être un bon débatteur, créer de bons arguments, analyser un énoncé, fonder un cas solide difficile à réfuter, préparer un sujet-surprise, avec moult exercices pratiques de débat. « Cela a été fantastique, car j’ai progressé énormément, au point que mon équipe a gagné 3 de ses 6 matches. J’ai compris à ce moment-là combien le débat est important dans la vie » dixit Jothsaina, la benjamine de notre équipe.
Les débatteurs haïtiens et pakistanais
Le British Parliamentary Track (ouvert seulement aux jeunes entrant cette année à l’université), a initié les autres jeunes qui vont l’université cette année à ce nouveau format de débat. C’est un format utilisé pour les débats au niveau universitaire qui simulent un débat entre le Gouvernement représenté par un Premier ministre et ses membres et l’Opposition menée par le Chef de l’opposition et ses députés.

Ces 2 sessions de formation distinctes ont abouti à 2 tournois séparés, le Mixed Team Tournament (Djim et Jothsaina y ont participé) et le British Parliamentary Tournament que Nixon a intégré. Dans les 2 tournois, les équipes sont formées de jeunes de pays, de sexe et de niveau différents s’affrontent. « Connaitre les capacités des autres et débattre avec eux est aussi une autre forme d’apprentissage » nous explique Jothsaina, très enthousiaste et très inspirée par sa participation au Youth Forum.

Le Youth Forum, une ambiance extraordinaire

Le Country Expo, grande fête durant laquelle chaque délégation présente les produits et la culture de son pays, l’Elective night au cours duquel jeunes ou coaches enseignent un talent particulier aux participants qui veulent, les excursions et les visites guidées dans la ville-hôte sont des activités généralement très attendues et très appréciées par les participants.

 « L’ambiance qui a régné au Youth forum est incroyable : des cultures, des langues différentes, mais un seul idéal : débattre. J’ai chanté avec des Russes, danser avec les Colombiennes, mangé des friandises japonaises, partagé notre talent dans la dance latine Chachacha avec des jeunes d’Egypte, du Japon, des USA, de la Tunisie, de la Macédoine, apprécié le savoir-faire des autres… » Les observations et le constat de Jothsaina sur son périple en Irlande sont intéressantes.
Le stand d'Haiti au Country Expo Night
« Lors de nos excursions dans la ville de Galway et les lieux touristiques de cette province d’Irlande, j’ai pu constater que le plus petit détail est important dans la vie. Les Irlandais valorisent la moindre chose qui existe sur leurs terres, même des roches et les falaises. Pourtant, Haïti a plus de richesses naturelles que ce pays, mais nous en faisons peu cas. Les Irlandais respectent scrupuleusement l’environnement (le pays est très vert) et les lois de la circulation (tous les véhicules ont leur volant à droite et roulent à gauche). Les grosses voitures comme chez nous sont rares, pourtant l’Irlande est de très loin plus riche qu’Haïti. »

Les leçons apprises

L’engouement des jeunes pour le débat au Youth Forum est sans commune mesure par rapport à notre expérience en Haïti. Certaines équipes se préparent depuis 3 mois, des débatteurs participent à leur 2e forum ou 3e forum de suite, des pays se font représenter par 2 (Canada, Pakistan) et même 3 équipes (Etats-Unis) tant leur envie de débattre (et d’en découdre) est grande.

Malgré ce bilan mitigé de notre participation à la compétition-reine du Youth Forum, nos 3 jeunes ont non seulement vécu une expérience extraordinaire mais encore ont acquis des compétences, des savoirs et savoir-faire nouveaux qui sont absolument utiles dans leur formation académique.
Djim, Nixon & Jothsaina avec leurs amis du Japon et du Laos au Country Expo
Le programme national de débat de FOKAL bénéficie également de savoir-faire et d’innovations pratiques qui seront intégrées dans ses activités et dans son réseau de clubs : Nous pouvons citer : la méthodologie des formations au débat pour les jeunes. Cette méthodologie fait la part belle  aux exercices pratiques qui imposent aux jeunes de réfléchir constamment et de trouver des idées et des arguments sur une kyrielle de sujets controversés.

L’importance du brainstorming dans la préparation d’un débat entre les membres d’un club de débat. Le brainstorming est très utile au sens qu’il met en concurrence des idées différentes et contradictoires des jeunes afin de leur permettre d’identifier celles susceptibles de devenir de bons arguments pour soutenir une position pour ou contre.
Une vue partielle des participants au Global Youth Forum 2013
L’utilité de la recherche documentaire est un point sur lequel le GYF a beaucoup insisté avec les jeunes et les coaches. Les jeunes doivent lire et rechercher des informations nécessaires pour trouver les preuves et les supports à leurs arguments. L’argument est une construction de la pensée qui doit être supportée par des évidences qu’on peut trouver dans la masse d’informations disponibles sur le web ou dans les ouvrages.

Pour faciliter une meilleure compréhension d’un argument, une bonne technique enseignée par les formateurs du GYF  est de le présenter sous forme d’avantages ou d’impacts. Si le débatteur soutient une politique publique, il a tout intérêt à montrer les avantages qu’elle génère ou ses impacts dans différents domaines.

Une innovation majeure que FOKAL va intégrer dans les clubs de débat est le débat impromptu, c.-à-d. préparé entre 20 à 30 minutes. Le débat impromptu nécessite que les débatteurs et des intervenants individuels réfléchissent et trouvent à la fois le contenu et les aspects de la prestation des discours constructifs sur une courte échéance. Les élèves apprennent à analyser rapidement les problèmes, à parler avec fluidité, sans beaucoup de temps de préparation, et à utiliser toutes les informations qu'ils ont déjà dans leurs esprits.
Djim Guerrier en plein discours
Toutes ces leçons et compétences apprises des formateurs d’IDEA qui seront expérimentées rapidement dans notre programme de débat œuvreront dans un seul but : renforcer les compétences et les capacités des jeunes engagés dans nos clubs. Ils ont du talent à revendre. FOKAL se donne pour mission de les aider à les exprimer à travers le débat.

Jean-Gérard Anis, 
Coordonnateur du Programme Initiatives Jeunes - FOKAL

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