lundi 3 novembre 2014

Dinon Murlène HYPPOLITE, une débatteuse patriote et ambitieuse

Dinon Murlène Hyppolite

Dinon Murlène Hyppolite est débatteuse du club de débat du Cap-Haitien. Elle est en rhéto au collège Regina Asumpta.

Elle a participé à la consultation des jeunes de cette ville que FOKAL a effectuée le 22 mai 2014, dans le cadre de son projet de livre blanc de la jeunesse haïtienne. 51 jeunes, dont 31 filles, issus de plusieurs établissements scolaires de la ville y ont pris part. Elle a partagé avec nous ses impressions sur l’exercice, de son expérience de débatteuse, des jeunes, et ses aspirations.

De la consultation
Dinon a salué l’initiative. « Pour moi dans l’ensemble, cela a été positif, parce que les jeunes ont réagi. Vous avez encadré les jeunes [en parlant de l’équipe de FOKAL qui a conduit la consultation] de façon à ce qu’ils ne sortent pas du sujet. Vous les avez remis sur les rails lorsqu’ils avaient tendance à dérailler ».

Doctement, elle poursuit : « Pour moi, le livre est une vision de la jeunesse. Donc, publier un livre pareil est comme offrir aux adultes, aux autres qui le liront, une possibilité de savoir ce que pensent les jeunes. C’est donc comme intégrer les jeunes dans la vie sociale et politique de notre pays ».

« Les opinions des jeunes inscrites dans ce livre, c’est comme dire aux lecteurs que les jeunes aussi ont leur mot à dire. Et quelques fois, ces mots qu’ils disent sont importants et valables. C’est comme dire aussi à ces gens qu’il ne faut pas négliger la jeunesse, à cause de sa jeunesse. »

Aux décideurs du pays, Dinon prévient : « Même si nous sommes des jeunes, nous ne sommes pas des bons à rien ! ».

Du débat
« Le débat peut renforcer l’apprentissage de la démocratie car elle nous permet d’accepter l’opinion des autres. Parce que, quand on va débattre, on ne sait jamais si on va être pour ou contre. On vous dit que vous allez défendre le pour ou le contre [indépendamment de vos convictions personnelles]. Par exemple, si nous prenons le mariage homosexuel. Et puis on vous dit d’être pour le mariage homosexuel. Si vous êtes un bon débatteur, vous allez normalement trouver des arguments pour approuver le mariage homo. Ainsi, vous allez comprendre un peu les personnes qui sont pour ».

Elle regrette que « […] la plupart des jeunes, lorsqu’ils discutent, ils ont plutôt tendance à se chamailler. Les discussions entre les jeunes ont tendance à devenir des disputes. Quand on sait débattre, quand on a l’habitude de débattre, ça nous permet de discuter correctement ».

Dinon apprécie tout particulièrement la discipline qu’impose le débat : « Au débat, on sait qu’on a un nombre de temps pour parler, on sait qu’il faut permettre à l’autre personne de parler. On sait aussi qu’on n’est pas le seul à parler, qu’il faut savoir écouter ce que la personne a à dire afin de pouvoir réfuter ».

« Ça nous permet aussi de réfléchir parce que [… ] on ne dit pas seulement ce qu’on a lu dans les livres ou bien en ligne, mais il y a un peu de ce que l’on pense qui passe à travers ».

De son expérience du débat
« Je suis celle qui prend le débat au sérieux. Je ne veux pas dire que tout le monde a peur de moi [comme débatteuse, bien entendu], parce que tout le monde a ses capacités, croit en ses capacités. Et je ne peux pas dire aussi que je suis la meilleure débatteuse du club, parce que, où qu’on est, il y a toujours meilleur que soi. Mais je suis une bonne débatteuse. Je peux le dire sans me vanter », signifia t-elle avec assurance.

Lorsqu’on lui a demandé ce qui lui permet d’affirmer cela, elle rétorqua : « A travers plusieurs réunions qu’on a eues dans le club, on a des sujets sur lesquels il fallait débattre. Et puisque je crois que j’ai bien répondu, mes paroles ont fait de l’effet. Et j’ai bien défendu ma position, que ce soit pour ou contre, et peu importe que le sujet soit moral, intellectuel. Je pense que je suis une bonne débatteuse par rapport aux résultats que j’ai obtenus durant les débats organisés dans nos réunions.»

Le débat, un apprentissage

Elle a relaté un cas où son expérience du débat a changé sa manière de penser. « Je me souviens dernièrement, il y a un débat pour ou contre le ‘rabòday’ [un style de musique haïtienne, populaire chez les jeunes, accompagnée de sa danse dédiée, dans laquelle les jeunes filles tournent les reins et bougent les fesses à tout va, la danse ‘twerk’ à l’haïtienne]. Autrefois, dès que j’entendais ‘rabòday’, c’était quelque chose pour moi de très négatif. Maintenant, grâce au débat, je sais que ça permet à certains jeunes d’éliminer le stress. Donc même si je ne suis pas dans la condition de ces jeunes qui ont besoin du ‘rabòday’ pour éliminer le stress, je peux dire que c’est quelque chose que je ne savais pas que j’ai appris.»

De son club
« Jusqu’à présent, je suis satisfaite de mon club de débat. Il n’y a rien qu’elle aurait aimé y changer, mais plutôt à y ajouter : « Par exemple, la participation des jeunes. Il y a certains jeunes, lorsqu’ils viennent au club, ne participent pas vraiment. J’aimerais qu’il y ait moins d’assistants, et plus de participants

Des jeunes
« Je pense que les jeunes devraient prendre la décision de rester dans le pays. Parce que si tout le monde part, qui est-ce qui va changer le pays ? Personne. Et il y a aussi cette conviction que nous devons avoir : Le pays est dans cet état parce que nous l’avons mis dans cet état, c’est-à-dire c’est à nous de réparer nos torts. Si tout le monde se dit : Ah, je m’en lave les mains ! Alors il va arriver un moment où le pays sera pire qu’actuellement ». Que faire ?

Loin de se décourager, Dinon assura : « Le problème est que, en Haïti, il est difficile de conscientiser les gens parce que la plupart des haïtiens ne pensent qu’à leur ventre. Et aussi aux choses qui les concernent. Mais si j’avais la possibilité de sensibiliser les jeunes, les gens de mon entourage à faire comme moi, rester en Haïti, je le ferais. Parce que c’est nous qui devons changer ! »

De son avenir
« Lorsque j’étais petite, je rêvais d’être géophysicienne, parce que, lorsque je regardais les documentaires à la télévision, je disais toujours à mon père c’est ce que je voudrais être. Mais en grandissant, j’ai remarqué qu’il n’y a pas beaucoup d’opportunités pour les géophysiciens en Haïti. Et moi, je n’aimerais pas vivre à l’étranger. Donc, j’aimerais être une femme d’affaires ».

« Je veux vivre en Haïti, c’est juste parce j’ai en moi un patriotisme exacerbé », a-t-elle confirmé, comme pour conjurer tout doute dans l’esprit de son interlocuteur.

Propos recueillis par
Yvens RUMBOLD & Jean-Gérard ANIS
22 mai 2014

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