jeudi 23 février 2017

Témoignage de Charlencia Rémy sur son expérience du débat.

La finale que j’ai raté

Charlancia Rémy
Il était aux environs de 11h am quand le verdict fut prononcé :“LE CLUB DE BMC, CHAMPION DES CHAMPIONS”. Une décision irréversible. Car, les trois votes, furent en faveur de l’équipe de BMC qui défendait la position affirmative, tandis que celle de Darbonne, la négative, autour de l’énoncé du match des animateurs lors du tournoi national aux Gonaïves en juillet 2014: « Les concours de beauté devraient être interdits ».                                                                               
Je n’arrivais pas à le croire! J’étais comme hypnotisée. J’avais du mal à me faire à l’idée que nous n’avions pas remporté ce titre ou pour dire mieux, gagné la coupe. Finalement, j’avais osé dire à Max Gregory Saint-Fleur que nous ne remportions que des titres mais quand il y a une coupe, jamais.

Ben mais, au fond. Tout au fond de moi, je sentais que je n’avais rien perdu. Non !
On a rien perdu du tout.


COMMENT TOUT CELA A COMMENCE pour moi

Je me rappelle que j’étais à l’institution St Esprit de Darbonne quand j’ai ouïe dire “VAGUE DU FUTUR”. On m’avait invité à maintes reprises, mais je n’y répondais pas. Je ne sais toujours pas  si c’était par jalousie ou par timidité, mais j’aurais quand même aimé que ce soit Max Gregory Saint-Fleur qui m’invite.

Il avait un club et il ne m’en avait pas parlé. Pour moi qui prenais part à toutes les activités de la bibliothèque, c’en était trop! Je continuais à aller à la bibliothèque en toute quiétude, mais pas le vendredi! Et vous savez pourquoi? Parce que c’était ce jour là que le club se réunissait. Et même si le hasard ou le Bon Dieu, par un caprice,  aurait permis que j’y sois un vendredi,  je faisais toujours en sorte de quitter avant 2h pm. Toujours parce qu’il allait se réunir ce jour-là vers les 3h.

Mais un beau jour, tout cela allait changer. Et vous savez comment?

Eh! Bien, la bibliothèque, disons mieux le club, voulant y intégrer de nouveaux membres, avait organisé une formation interscolaire, et avait envoyé ainsi des lettres dans les différentes écoles avoisinantes, dont la mienne. Quand la lettre fut parvenue à l’école, j’ai été choisie avec deux autres élèves pour la représenter. Et en arrivant, au lieu de me sentir privilégiée,  j’étais très gênée et je voulais retourner chez moi sur le champ. Car  Il n’y avait que des élèves en classe de rhétorique et de philo, alors que moi j’étais à peine au secondaire. Et en plus, la plus jeune de toute !

Rose Berline qui faisait la même classe que moi, mais déjà majeure, alla dire à Max Grégory St Fleur mes intentions. Et à lui de me tenir les propos suivants : (permets moi de ne pas traduire afin de les laisser toute fraiche): « Ou pa gen pou santi w jennen. Mwen menm, mwen se pi jèn animatè, pi jèn fòmatè e mwen gen pou m vin nasyonal. Se pou w fyè paske w pi jèn. Epi w ka pi fò ». Ce discours m’avait vraiment motivé, je l’avoue. Et j’y suis restée.

Une fois la formation terminée et le tournoi  organisé, mon équipe était sortie vice-championne. Les 2 animateurs du club avaient fini par me remarquer lors des matchs et surtout celui du débat d’exhibition, grâce à mes questions surprenantes et de mes conclusions pertinentes.

COMMENT TOUT CELA A EVOLUÉ ?

Ben, après le match, surtout la finale, j’avais laissé derrière moi ma fierté et mon orgueil pour commencer par venir prendre part timidement et irrégulièrement aux réunions. Tout  au début, j’avais eu du mal à comprendre ce qu’on faisait. Mais à force de savourer les livres qu’on m’avait offerts, j’avais finis par m’adapter comme tous les autres. Trop même, car j’étais devenu très régulière, mais pas ponctuelle pour autant!

Puis, chaque fois qu’on faisait une formation, j’en profitais toujours pour faire un petit recyclage.
Et enfin, c’est tout cela qui m’avait aidé à mieux comprendre le débat. Car, même si je ne me rappelle avoir gagné un tournoi local, cela ne m’avait jamais empêché d’être en tête de liste pour participer à un tournoi à l’extérieur.

MES DEUX PREMIERS VRAIS MATCHS

Je me rappelle que mes deux premiers vrais matchs étaient surement:

1- Celui que je jouais quand on devrait faire un petit exercice ou le fameux match d’exhibition, car on m’avait dit que j’avais épaté tout le monde, malgré mes petits tremblements! Ben ça arrive toujours, surtout si c’est un premier pas! Ne riez surtout pas, svp. Ce fut sur le sujet qui suit : « La télévision a un effet néfaste sur les élèves haïtiens ».

2- la finale du tournoi local (Déc. 2012-2013) où mon équipe  avait finit par être vice-championne sur le sujet suivant : « On devrait dispenser l’éducation en Haiti seulement en créole ».                                                                                                                                                                                                  Je fus la 3e meilleure, Rose Berline Auguste, la deuxième et Rose-Mica, la meilleure. Mais malheureusement, elle n’a pas pu mettre ses compétences au profit du club. A part cela, je ne comprenais pas vraiment ce que je faisais entre ces deux-là.

LE DEBAT POUR MOI

Comme je l’avais déjà dit lorsqu’on m’avait interviewé pour mon article, « Le débat, c’est toute une vie ! ». On l’apprend pour la vie. Au début, quand on me disait ‘débattre’,  je ne voyais rien d’autre que ‘bavarder’. Au cours des formations que j’ai reçue, j’ai retenu la définition qui suit: c’est une confrontation d’idées, documentées et panifiées tournant autour d’un sujet controversé entre deux personnes ou  deux équipes.

En dépit de tout, l’expérience me montre  que le débat n’est qu’un jeu.

LE DEBAT N’EST QU’UN JEU?

Et Comme tout jeu, le débat a ses règles. Il suffit seulement de savoir comment on le joue!

On a souvent perdu un match parce qu’on croit que c’est gagner qui compte. Mais ce qu’on ne sait pas, c’est que plus on est obsédé par la victoire, plus on perd tout contrôle. La différence peut se faire à l’œil nu entre deux équipes qui jouent. Si l’une en est passionnée, amoureuse et sait ce qu’est débattre, elle fera tout pour montrer qu’elle a raison avec des preuves tangibles, pour réfuter les arguments de l’équipe adverse, tout en défendant les siens, les reconstruisant, en répondant correctement aux questions, etc.

Mais en revanche, si l’autre en est obsédée par la victoire, c’en est une tout  autre chose. Elle fera tout, et vraiment tout, pour gagner même si elle doit en inventer des sources et déformer le terme ‘audace’ qu’on demande aux débatteurs.

Je me rappelle qu’un jour notre équipe avait perdu un match face à l’équipe de  Diquini lors du tournoi  national aux Gonaïves. Sachernka qui y assistait nous avait félicités ...  et nous a affirmé qu’elle était très contente de voir refléter notre amour du débat. Cela l’avait vraiment plu, car ajouta-t-elle, « il y a des débatteurs qui viennent, qui ne font que débattre et  ne savent même pas ce qu’ils font ».

QUE REPRÉSENTE POUR MOI LE PRIX QUE J’AVAIS REMPORTÉ ?

Si aujourd’hui je parvenais à être l’une des meilleures débatteuses de l’année 2014, c’est pour moi le prix de mes durs labeurs, en travaillant avec soin et patience. C’est aussi le fruit de tous les sacrifices que j’ai consentis pour y arriver. Et c’est devenu possible jusqu’à se concrétiser grâce à la confiance qu’on m’avait faite, et aux espérances qu’on avait en moi. Grace aux encouragements venant de la part des animateurs, des coéquipiers, des coaches, formateurs, parents et amis. Pour tout cela, je peux m’y permettre d’être fière. Car sans vouloir me surestimer, j’ose le dire, je les méritais ces prix. 

MON PARCOURS

S’il y a une chose que j’aime me dire, c’est que tout que vous faites dans la vie ne requiert que de la pratique. De la pratique, de la pratique, encore de la pratique et vous deviendrez un génie. Il en est de même pour le débat. A moi, cela m’a permis de faire beaucoup plus d’efforts. Surtout après chaque expérience vécue. Car Chaque tournoi, chaque match même moins important que cela me paraissait à l’époque, était une opportunité pour m’améliorer, une opportunité pour aller vers l’avant afin d’atteindre le sommet. En fait, C’était tout un travail, aussi bien d’équipe que personnel.

MON TOUT PREMIER TOURNOI A FOKAL

Il faut dire qu’après mon intégration au sein du club, Sloane, Sandrine et moi étions sélectionnées pour représenter le club dans le tournoi régional qui se faisait à FOKAL en 2013. Cela n’avait pas mal tourné, bien sûr. Car ce n’était qu’un début pour nous trois. Sous peu, on serait qualifié pour  les demi-finales. Mais malheureusement pour nous, l’équipe de Christ-roi avait eu quelques points de plus.                                                                                                                               

Eh ! bien, Ce tournoi se déroulait autour de l’un énoncé suivant : « L’utilisation de l’internet devrait être interdite aux personnes soupçonnées d’activités criminelles ». Et Merci à toi Jefté dit Jerry, parce que tu étais notre coach!

Il y avait trois rounds. Notre premier, avec l’équipe de Diquini (Carrefour) qui s’appelait à l’époque, Mon Repos. Un seul juge officiait, Jean Marie Pierre, et il avait voté en notre faveur. Et vous savez pourquoi nous avons gagné ce match? Nous l’avons gagné parce que le premier orateur de l’équipe adverse qui jouait l’affirmative, une fille, n’avait  pu gérer son stress et s’était perdu dans son discours. Le deuxième orateur, n’avait pas fait le travail qu’il fallait, c’est-à-dire réfuter et reconstruire. Et enfin, la troisième n’était pas assez cohérente et n’avait pas su gérer son temps.                                    
Le deuxième round fut avec l’équipe de BMC, dans la sale polyvalente. Je me rappelle la tête de ces trois braves garçons qui ont voulu nous intimider ayant mis chacun une paire de lunettes. Pure fantaisie, voyons ! (sourires)!!!!                                                                                                                                                                                                                      
Ils étaient si sûrs d’eux que leur premier orateur qui devait réfuter et présenter le cas négatif n’avait fait que réfuter ! Et franchement, c’est la plus belle réfutation que j’ai jamais vue de ma vie. Malheureusement pour eux et heureusement pour nous, il avait oublié de présenter son cas. Ce qui nous était plus que favorable! On n’avait pas donné les résultats de ce match. Mais il n’y avait aucun doute que c’est nous qui avions gagné la faveur des 3 juges : Jennifer, Jean-Marie et Francklin.

Le troisième round, a été avec un sujet-surprise, qui affirmait ceci : « Les parents doivent avoir le contrôle de l’utilisation d’internet par les enfants ». Et c’est là que l’équipe de CRX nous avait battus. 
                                                                             
Le fait que toutes les équipes ont gagné deux matches et que Jean-Marie, juge compétent, j’en doute pas, a arbitré tous nos matches, nous avait mis dans une mauvaise position.

Je me rappelle aussi que nous étions si boudeuses et irritées que  nous sommes parties sans même attendre Max, notre animateur, qui avait été retenu pour juger l’un des matches des demi-finales. Ce qui était un manque de fair-play chez nous et une mauvaise compréhension du débat. Même s’il n’en existe pas de bonne !

Je ne pourrais ne pas me rappeler que j’ai pleuré amèrement, ce qui m’a valu le nom de’Ti kriye’. Sloane a pleuré un petit peu aussi ; mais Sandrine, elle, avait été en colère. Mais en dépit de tout, cela ne nous avait pas empêché de faire beaucoup d’efforts et d’avancer la tête haute.                                                                                                                                                                                                     
Quelques heures plus tard, le club de Cote-Plage avait été sacré Champion.                                                                                                                                                                 

LE TOURNOI National DE JACMEL

Jacmel, ma ville natale. Le dire me renvoie à Eco-Resort des Orangers, l’hotel où a lieu le tournoi qu’on devrait surnommer binational, à cause de la participation de l’équipe venant de la République dominicaine. On était bien restauré et  le séjour y était aussi très bien.  Mais dans tout tournoi, malgré les nombreux divertissements existants, ce qui primait, c’était le débat. Alors, parlons débat !

La résolution stipulait que « Les états caribéens devraient libéraliser la circulation des personnes et des marchandises entre leurs pays ». 16 équipes se disputaient le titre. Comme toutes les équipes, nous avions à jouer trois matchs, mais nous avons seulement gagné le premier. C’était un véritable fiasco! La question que je me posais après cela a été : Qu’est-ce qui en était la cause?
                                                                                                                                                       
A bien y réfléchir, je dirais qu’il y a eu un manque de préparation. Je n’ai pas l’intention de justifier notre équipe. Non. Et ce n’est pas parce qu’on n’avait pas préparé notre match non plus. Au contraire, nous avions pris tout un mois pour cela. Mais deux jours avant le départ, nous avions montré notre travail à notre animateur. Catastrophique !

C’était du pur plagiat. Et de plus, pas maitrisé. Donc, on n’avait d’autre choix que de tout recommencer à zéro. Et, arrivé au tournoi, nous étions très  stressés en voyant toutes les équipes très motivée, en train de se préparer, alors que nous, nous ne l’étions qu’à moitié. Vous pouvez vous imaginer cela?  Pour moi, personnellement, j’avais peur. C’était comme si le lendemain, lors des matchs, elles allaient toutes nous sauter dessus. Et je manquais de confiance. En nous, en notre équipe…je croyais que nous étions incapables de les affronter. Et cela s’est confirmé encore plus, lorsque le lendemain, en plein tournoi, nous sûmes que le sujet qu’on nous avait communiqué n’était pas complet.

Qu’y a-t-il de plus démoralisant pour une équipe à peine émergente. Enfin, même si cela s’est passé comme je l’avais prévu, cela m’avait permis à devenir plus mûre, plus mature, de savoir à quoi m’en tenir dorénavant parce que le tournoi antérieur qui se faisait à FOKAL n’avait été qu’un petit avant-goût…

J’avais pu voir à la volée les deux demi-finales. Celle de la Rep. Dom contre Cote-Plage et celle de Santo contre Fond Parisien.

Mais la finale de Santo contre la Rep. Dom a été conclu par la victoire de l’équipe dominicaine… Max Grégory SAINT-FLEUR, notre animateur revient avec le titre de meilleur juge de l’année. Pendant que nous, nous finissions très déçus.                                                                                                                  
LE TOURNOI LOCAL

Après le tournoi national ou binational, le club se réunissait comme d’habitude. Et en attendant le tournoi qui devrait suivre, nous devrions nous y préparer. Ce qu’on doit faire savoir, c’est que  pour participer dans les autres tournois avec le club de Darbonne, il y a des critères à remplir. On s’en moque que vous soyez ancien ou pas. Personne n’échappe à la règle. Tout le monde doit suivre les principes. Parmi ces critères nous pouvons citer:

1-suivre la formation antérieure.
2-participer au tournoi qui suit.
3-être  sélectionné parmi les 6 meilleurs.
4-se montrer intéressé                                                                                                                 

Ce tournoi se déroulait autour de l’énoncé suivant : « Les examens d’Etat ont un effet néfaste sur l’école en Haïti ». Une équipe nouvelle avec des joueurs compétents a été formée. À nous les anciens, la peur qu’on nous trouvait rouillés et vieux se faisait sentir. Mais, être expérimenté compte aussi bien. Cela m’avait vraiment plu. Même si je me rappelais avoir remis à Sloane l’affront qu’elle m’avait fait à un de tournoi antérieur.    
                                                                                                                                                                   
LE Tournoi régional des cayes

A dire vrai, je surnommerais, moi, ce tournoi le début de la gloire. La vie est une question de choix. Qu’on le veuille ou non, on en fera tout le temps. Parmi les six meilleurs débatteurs qui ont été retenus lors du tournoi local, trois seulement d’entre nous ont été retenus dont Sloane, Kindro et moi qui allions former l’équipe qui s’avérait une et indivisible.
 
Charlancia, Sloane et Kindro
Etant donné que Sloane et moi étions très expérimentées, et Kindro très intelligent, nous étions l’équipe en qui suscitait l’espoir pour le club. L’espoir des Darbonnais et Darbonnaises. L’espoir d’arriver au sommet, là où tout le monde rêve d’y être un jour et de compter parmi les grands.                                                                                                                      
Quelques temps plus tard, à Laborde, c’était le résultat des travaux assidus que nous avions consenti à faire. Des sacrifices faits quand il fallait venir se préparer… C’était aussi un moment très spécial pour l’une de mes meilleures amies, Gayle Sloane ST-LOUIS, meilleure débatteuse de ce tournoi régional. Je me souviens toujours de ce moment, comme si cela datait d’hier. Quand monsieur Anis allait citer le nom du meilleur débatteur du tournoi, elle répétait sans cesse mon nom alors que ça allait être elle. Elle, la meilleure débatteuse. J’étais fière d’elle. Et je rayonnais avec elle…                                                                                                                                                                                                               Lorsque nous étions partis de très tôt avec notre coach Maxandre BIEN-AIME, déjà dans le minibus, la seule équipe dont nous avions peur d’affronter était celle de Cote-plage. Car ce club avait gagné plus de titres que n’importe quel autre. Mais arrivés à destination, on nous avait fait savoir que le premier club que nous devions affronter sera lui. Nous étions effondrés ! Pour nous, c’était comme nous emmener à la boucherie.

Mais c’était aussi un défi à relever. Il fallait le jouer à tout prix. Et je présume que c’est ce match-là qui allait nous motiver, puisque nous avions gagné contre l’équipe que nous redoutions le plus. Car après ce match là, je sentais que c’était une équipe qui était prête à jouer le jeu avec toutes ses audaces. Quant à moi, je me sentais vivre le débat, je me sentais comme une bonne et vraie débatteuse, prête à donner la meilleure d’elle-même, à jouer la dernière carte ou le dernier tour qu’elle avait dans son sac pour contribuer au bonheur de son équipe.                                                      
           
La finale, encore avec Cote plage, avec le même sujet : « Les pays en voie de développement victimes de catastrophe naturelle doivent bénéficier d’un allégement de leur dette », sans pour autant garder la même position. A noter que l’uniforme nous allait à merveille. Même  l’animateur, en portait. Sans le vouloir ! Et un grand merci a tous les amis qui nous ont aidés.

Le débat nous rend curieux, non !

Apres avoir célébré notre victoire dans le silence, le cadeau qui nous y attendait, c’était que nous allions regarder le tournoi régional de l’Ouest. Ce n’était pas nécessaire mais c’était tout un travail d’espionnage et de prévention que nous avions eu l’audace de faire. Ainsi, en regardant les faiblesses et les forces des arguments des autres équipes, leur style, leurs façons d'argumenter et de se défendre, nous serions mieux préparés psychologiquement à affronter n’importe quelle autre équipe. Même l’équipe de Diquini qui venait de gagner le titre face à l’équipe de BMC.

Dès lors, la finale des finales nous attendait. Mais d’abord, partons dans la cité du drapeau !

LE Tournoi national des Gonaïves !

Débatteuse que je suis! Je vous avais bien prévenu, svp. Alors continuons !             
                                                                                            
Nous voilà à l’hôtel Amiral Killick, prêts à enrichir notre savoir historique et culturel, mais aussi à débattre sur les sujets suivants : « Les pays de  la caraïbe devraient adopter le protocole de Kyoto pour lutter contre le changement climatique » et « Les pays développés ont davantage l’obligation de lutter contre les changements climatiques que les pays en voie de développement ».                                                                       
Le premier jour, il y a eu 4 rounds à passer. Une fois que vous aviez gagné deux d’entre eux, vous voilà qualifié pour le second tour du tournoi. Pour nous, Ce tournoi a été un véritable succès ! Car nous avions battu tous les matchs du premier tour. Je me les rappelle bien. Le premier contre l’équipe de BMC, qui défendait la position affirmative sur le sujet à préparer, le second contre Fond-parisien, négative, le troisième contre Jacmel, affirmative sur le sujet-surprise, et enfin le quatrième contre l’équipe de Jérémie, négative encore sur le sujet-surprise. Mais le lendemain de très tôt, Diquini allait nous disqualifier. Ce fut notre premier match de perdu.

Je ne peux pas dire comment cela s’était passé pour les autres clubs. Mais par contre, plus tard, en tenue de soirée, nous étions spectateurs du grand club champion national, BMC. Avec comme second le club de Martissant. Et tout de suite après Diquini et Jérémie, venait nous, l’équipe de Darbonne, titrée Meilleur club de l’année 2013.
                                         
La Finale des finalEs

Après le tournoi national où on avait vu le sacre de BMC ainsi que de son meilleur débatteur Fortuné, la communauté du débat attendait impatiemment le match qui opposerait les deux champions régionaux : Diquini, club champion du tournoi régional de l’Ouest et nous, Darbonne champion de celui du Sud.

Ainsi, un beau samedi, vers les dix heures, nous voilà au parc mémorial de Martissant, à l’habitation de Catherine Dunham, en train de disputer le match reposant sur le sujet : « Les produits locaux sont à privilégier chaque fois que possible même si les recettes de l’Etat dépendent des taxes sur les produits importés ». Nous qui défendions la position négative, nous avons été sacrés gagnants.                                                                                                                                                                                                                                                       
Et ce à quoi je m’attendais le moins depuis que ce titre existe dans le programme, c’est que cela a été moi la meilleure débatteuse. Moi qui m’attendais à ce que ce soit Sloane ou Stanley ! Mais quand même, j’avais le droit aussi de gouter à ce plaisir.                                                                                                                                                                                            
C’est ainsi que l’équipe de BMC nous attendait avec impatience !

LE Champion des champions

Maintenant nous voilà revenus au point de départ, le sacre de l’équipe de BMC. Je crois que c’est l’un des matchs qu’on n’oubliera jamais. Surtout si c’est pour la première fois qu’une équipe ne vous ait jamais battus. Toutefois,  je suis fière, très fière de mes coéquipiers !

Les bienfaits du débat

Le débat avec ses multiples facettes, loin de nous être défavorables, au contraire nous procure beaucoup de bénéfices.

Pour tout dire, je ne savais pas comment disserter. Le débat me l’a appris. En troisième, on n’a eu que le temps de m’apprendre à faire une bonne introduction. Mais avec le débat, j’ai créé mes propres astuces dont je vais vous en faire part le plus bref que possible. Quand on me donne un sujet à disserter, la première chose qui me vient à l’esprit, c’est le débat.  

Pour introduire le sujet, il suffit de suivre le schéma du discours du premier orateur. Il fait une mise en contexte, c’est le sujet qui s’amène, dans trois phrases. Il annonce le sujet à débattre, c’est le sujet posé. Enfin, il déclare ses arguments et le sujet est posé ! Sauf que pour un sujet, au lieu d’annoncer ses arguments, on met en évidence le plan du développement, c’est-à-dire ce que l’on va faire. 

Développer le sujet n’est que la formule DESC. On choisit le DES, c’est-à-dire autre que la déclaration, il y a l’explication et le support. 
     
Et  la conclusion, qui n’est que le travail du troisième orateur. On reprend le tout dans quelques phrases et on ouvre le débat sur d’autres horizons. A part ça, ce n’est que tout le blablabla qui s’entremêle et s’entrechoque.  

Quoi qu’on dise, que que soit les nombreuses opinions et conceptions négatives que l’on vous force à avoir du débat, sachez qu’on débat toujours pour apprendre quelque chose. Je me rappelle qu’après avoir joué le match du tournoi local sur le sujet stipulant qu’on devrait dispenser l’éducation seulement dans la langue nationale du pays, j’étais allée chez un ami.

Arrivée chez lui, j’ai trouvé deux étudiants et un professeur de langues vivantes discutant  vivement sur le problème du bilinguisme en Haïti. Je les écoutais sans mot dire jusqu'à ce que vient un moment où ils se sont mis tous d’accord à parler contre la langue de Voltaire. Alors sans m’en rendre compte, j’avais déjà rétorqué. Et  j’étais comme Kirikou au milieu d’eux. Mais cela ne m’a pas intimidé. Bien au contraire. Car, déjà j’étais bien documentée sur le sujet. Ainsi je pourrais jouer n’importe quelle position.

Le troisième interlocuteur, qui m’était parfaitement inconnu, se déclarait surpris de voir une toute jeune fille défendre ses opinions avec autant de tact et poser des questions aussi pertinentes.

Je ne saurais jamais dire ce qu’a fait pour moi le débat. Vraiment !  Cela m’a permis de n’avoir pas peur de m’affirmer, d’avoir la capacité de contrôler définitivement ma timidité, de savoir me renseigner et me documenter sur un sujet en sachant quoi prendre et comment le prendre, d’augmenter mon savoir culturel et historique et de créer des liens en participant aux camps.(Est-ce pour cela que je plains  tous ceux qui n’y ont pas la chance d’y participer!). Le débat m’a aussi permis de  faire beaucoup plus d’efforts en matière de communication. A développer mon langage, ma façon de parler, mon art oratoire. Ainsi, je peux m’exprimer n’importe où avec la méthode Karl Popper.
   
Mais cela à ses défauts aussi, hein ! Car ainsi, j’ai du mal à supporter qu’on dise n’importe quoi devant moi. Et une fois qu’on prend à contre pied mes paroles, j’ai tendance à rétorquer et  parfois à hausser le ton. Ce qui me donne du fil à retordre à ma famille. Mais j’espère bien qu’elle me comprend. 
                                 
Des petites astuces…

Ce qui me plait le plus avec le débat, c’est qu’on n’y perd rien. A vous, jeunes qui y sont intéressés, cherchez à être intelligents, curieux et avides de connaissance. Que rien de ce qui se passe ne vous échappe,  que ce soit national ou international. Car cela vous permettra d’avoir une assez vaste culture qui vous aidera beaucoup lors des contre-interrogatoires.
      
A vous,  premier orateur, premier à parler. La place que j’aime bien jouer surtout pour le cas affirmatif ! Vous avez comme tâche d’ouvrir le débat, on s’attend à ce que vous épatez tout le monde, que vous mettiez l’assistance dans le bain de ce qui va suivre, que vous définissiez les mots clés en votre faveur. Mais ne vous arrêtez pas  à cela ! Vous devez définissiez le débat ou le champ de bataille tout de suite après, quand il s’agit du cas affirmatif, selon Jean Marie et d’apporter  beaucoup de preuves fiables et tangibles avec plein de données statistiques, selon Francklin. L’équipe négative, elle, doit réfuter, réfuter et réfuter encore.

Pour la négative, la réfutation s’avère être l’élément clé. C’est ce qui compte.  Car si elle n’accepte pas le champ de bataille pour réfuter, c’est comme le dit Jean Marie, il n’y a pas de débat…

Sachez répéter, répéter et répéter votre discours jusqu'à en faire sien. Ainsi le juge aura l’impression que vous avez bien maitrisé le discours.
    
Quand je jouais le troisième orateur, la place dont on dit être tout à fait pour moi, je prends toujours le soin de bien écouter afin de faire une synthèse assez précise. Ajouter une note personnelle afin d’ouvrir le débat sur d’autres horizons (ce qui m’était toujours favorable!).
 
Je n’ai pas l’intention de dire que j’étais meilleure que tous. Mais non. Car j’en connais plus d’un qui se fera un plaisir de vous expliquer leur truc. Pour le troisième orateur, j’en connais une référence assez fiable et crédible, c’est Stanley. J’ai toujours apprécié ses discours. Sa façon de vous toucher et de forcer les juges à voter en faveur de son équipe, lorsqu’on devrait s’appuyer sur les derniers discours. Cela m’a fallu faire beaucoup d’efforts en sachant qu’en raison de rôle, j’allais avoir en face de moi un débatteur de renom. Je n’aurais pas eu  honte de l’avoir comme modèle, même si on me dit que je joue assez bien ce rôle. Mais malheureusement pour Stanley, j’avais déjà commencé à jouer avant lui.

Pour le travail du deuxième, la façon de faire de Fortuné me plait beaucoup. Faut que j’aille lui demander son truc à lui aussi!  Il a toujours quelque chose de drôle ou une quelconque surprise à offrir. De Sloane? Je  ne vais pas en parler, voyons ! Car elle est moi, elle est nous, elle est notre équipe. Donc excellente !                                                                                                                            
Il y en a eu d’autres et il y en aura d’autres. Car beaucoup de débatteurs sont tapis dans l’ombre sans vouloir se décider à se laisser voir. Des tas de meilleurs débatteurs qui n’ont pas eu la chance de participer à un tournoi. De ceux que j’ai vus et que je ne connais pas … la mission de FOKAL ne fait donc que commencer !

A vous qui savez déjà débattre,  vous êtes les ambassadeurs du débat, vous devez allez faire des disciples partout où vous passez. Et les ramener au pâturage. Dans votre langage, votre façon de parler, de raisonner, tout ça. Car vous avez déjà les compétences requises.  Ne vous arrêtez   surtout pas. Visez plus haut et encore plus haut. Car comme me l’a dit un jour Sloane, « C’est terminé, mais ce n’est pas fini! »

Le  débat, un travail ÉQUIPE !

Enfin le débat est tout un travail d’équipe. Plus vous vous documentez, plus vous êtes prêts à affronter n’importe quelle équipe. Plus vous travaillez, plus la confiance règne. Plus vous êtes sûrs de gagner, plus vous serez à la hauteur. Sachez que vous êtes l’équipe et l’équipe, c’est vous. Car c’est le travail de tout et chacun qui compte.

Ainsi c’est une obligation que vous travaillez ensemble. Et ceci, quand l’un de vous est devant  le public à prendre la parole au nom de l’équipe. Tout ce qu’il ira dire comptera. Il doit  essayer de donner le meilleur de lui-même pour amener son équipe à la victoire. Du moment qu’il est en train de parler, le meilleur pion de l’équipe, c’est lui.
         
Que chacun de vous sache utiliser toute sa capacité pour captiver le public. Créer votre propre truc. Si vous n’en avez pas, essayez de vous en forger  un. Car Comme Malcom X, l’une des étoiles noires, le disait, chaque fois qu’un individu se proclame le seul, le seul à faire ceci ou le premier à faire cela, c’est qu’il n’avait pas bien fait son travail. Il ne faut jamais être seul au sommet. Quand tu es seul, tu es fragile. Ainsi jamais de désaccords entre vous ! En équipe, il faut savoir maîtriser la rivalité qui anime chacun d’entre vous, à dépasser la compétition pour favoriser l’effort commun.
                  
Charlencia REMY

Ex-débatteuse du club de débat de Darbonne

1 commentaire:

Marc Frantso Saint Louis a dit…

Je vous félicite Charlie pour ce vivant témoignage et tes conseils. J'espère que l'équipe de Darbonne et toutes les autres équipes vous prennent comme exemple.

Marc Frantso Saint Louis