lundi 30 mai 2011

Environnement: Nouveau débordement du lac Azuéi

Fond-Parisien

La route internationale de Malpasse est désormais fermée aux petites cylindrées. Car à Fond-Parisien, au niveau de Boukan-Dèyè-Mòn, débordant son cadre, le lac Azuéi s'étend sur cette route qui relie l'ouest d'Haïti et la République Dominicaine.


Le lac a pénétré 20 mètres à l'intérieur du site de l'école nationale de Siloé, lieu de réunion du club VDF de Fond Parisien
Haïti: Le Lac Azuéi se veut plus que jamais un sujet de préoccupations qui, cependant, ne retient pas trop l'attention. Eclipsée peut-être par la politique ou d'autres questions plus brûlantes, cette étendue d'eau partagée entre Haïti et la République Dominicaine a quitté à nouveau son cadre et s'étaler sur la route de Malpasse, donnant ainsi du fil à retordre tant à son voisinage - Fond-Parisien - qu'au transport avec la République dominicaine. « Dieu seul sait ce qu'il adviendrait si nous n'étions pas sur la route pour exiger l'intervention du Centre national des équipements (CNE) à chaque fois que les eaux débordent », affirme, pensif, Jean Jonas Vil, secrétaire général de l'Association des transporteurs et des travailleurs de Malpasse (ET2M).

Se tenant derrière un petit bureau branlant, Jean Jonas Vil veut faire quelque chose. Mais les capacités de son association ne répondent pas. « Depuis fin décembre, un mois après les travaux réalisés par les techniciens du CNE à Boukan-Dèyè-Mòn, une localité située sur la route de Malpasse, les eaux ont envahi la route, inondant une bonne partie des terres jusque-là arables », explique Jean Jonas.

Alors que le chef de l'ET2M refuse de parler de nullité des travaux du CNE, il se rappelle avoir tenté, avec le support d'une firme de construction, de faire quelques interventions. « Nous avons déposé plus d'une vingtaine de camions de sable afin de hausser la route, explique-t-il. Mais nous avons découvert que nous travaillions en vain et nous avons dû abandonner. »

Sur l'insistance de l'ET2M, le CNE a envoyé, depuis le début de cette semaine, quelques équipements en vue de réaliser des travaux de remblayage. « Ce ne sont pas les travaux qui sont nuls, dit-il. Ce sont les eaux qui ne cessent d'augmenter [tuant l'essentiel des arbres qui se trouvent dans leur voisinage]. »

Le matériel envoyé à Fond-Parisien attend désespérément d'être mis au travail. Malheureusement, un problème de carburant vient se poser. Le CNE a besoin encore de temps pour envoyer le gaz et renforcer la flotte d'engins lourds suffisante pour rehausser le niveau de la route par rapport aux eaux.

Quelle doit-être la cause de ces désordres hydrogéologiques?

Il y a trois ans, explique Max Antoine II, les autorités de la frontière ont remarqué un déséquilibre au niveau des plans d'eau de la région. Un déséquilibre que les responsables ont associé à au moins trois motifs : l'érosion des versants des lacs Azuéi et Enriquillo, les changements climatiques et l'exploitation des carrières de sable de Fond-Verrettes et de Ganthier. En dépit des recommandations faites après études spécialisées, rien n'a été fait. Du moins, rien n'est encore fait, dit le président de l'ancienne Commission de développement frontalier.

Parmi ces recommandations figuraient, précise M. Antoine, le curage des 45 kilomètres du canal de Bourg-en-Bourg obstrué, qui servait à l'irrigation d'une bonne partie des champs de la plaine du Cul-de-Sac, la reforestation des versants et des berges du lac Azuéi et la mise en place d'un observatoire pour la zone. Entre-temps, la commission avait proposé de délocaliser le complexe frontalier établi à Malpasse vers une localité de Thomazeau baptisée Glore.

« Je présume que la faille d'Enriquillo est entrée en mouvement - avec les secousses sismiques de 2010 - en des manifestations bizarres relevées par des habitants de la zone, prévient Max Antoine II. Il faut la réalisation immédiate d'une étude hydrogéologique de la zone et d'une étude asymétrique du lac. »

Au moment de ces réflexions, de nombreux camions sortent remplies des carrières de Fond-Parisien, baignées par les eaux de ce lac connu également sous le nom d'étang saumâtre. « Les mines de sable représentent à la fois une source de revenus et de crimes, fait remarquer Jorès, un habitant de Fond-Bayard, une autre localité située à un kilomètre de Boukan-Dèyè-Mòn. Les autorités locales ne peuvent même intervenir. »

Lima Soirélus
lsoirelus@lenouvelliste.com


Cet article est paru dans le quotidien Le Nouvelliste du 26 mai 2011

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