mercredi 29 juin 2011

Les jeunes du club de Gros Morne opinent sur le projet « Lekòl gratis » du président Martelly

Plus d’une cinquantaine de jeunes du club de Gros Morne, commune du Haut-Artibonite, se sont réunis dimanche 19 juin, à partir de 5h pm, au local de l’EFACAP de la localité, pour réfléchir et débattre sur les opportunités et les défis d’une telle promesse du nouveau président d’Haïti,  Michel Joseph Martelly. Le coordonnateur du projet VDF, en mission de suivi dans le club, était présent à la rencontre.

Avant l’ouverture des réflexions, l’animateur principal du club, Jonathan Vilméus, a pris le soin de mettre en contexte le sujet en distinguant pour les jeunes les notions d’éducation, d’enseignement et d’instruction.

L’éducation, terme plus générique, « vise à assurer à chaque individu le développement de toutes ses capacités (physiques, intellectuelles et morales). Ainsi, cette éducation lui permettra d'affronter sa vie personnelle, de la gérer en étant un citoyen responsable dans la société dans laquelle il évolue, capable de réfléchir pour pouvoir éventuellement construire une nouvelle société.», l’enseignement, terme plus spécifique, est le fait de « transmettre à la génération future un corpus de connaissances (savoir et savoir-faire) et de valeurs considérées comme faisant partie d'une culture commune ». Enseigner est donc éduquer, mais éduquer n'est pas forcément enseigner. Par contre, « l’instruction  stricto sensu serait relative seulement aux purs savoir et savoir-faire (partie utile à l'élève : savoir se débrouiller dans le contexte social et technique qui sera le sien) ».

Puis l’animateur a tenu à rappeler à l’assistance que le droit de toute personne à l'éducation, a été consacré dans la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 (article 26), et dans diverses conventions internationales. Selon la Convention des droits de l'enfant, l'éducation est un droit garanti par les États, et doit avoir les objectifs suivants []:
  • Favoriser l'épanouissement de la personnalité de l'enfant et le développement de ses dons et de ses aptitudes mentales et physiques, dans toute la mesure de leurs potentialités ;
  • Inculquer à l'enfant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et des principes consacrés dans la Charte des Nations Unies ;
  • Inculquer à l'enfant le respect de ses parents, de son identité, de sa langue et de ses valeurs culturelles, ainsi que le respect des valeurs nationales du pays dans lequel il vit, du pays duquel il peut être originaire et des civilisations différentes de la sienne ;
  • Préparer l'enfant à assumer les responsabilités de la vie dans une société libre, dans un esprit de compréhension, de paix, de tolérance, d'égalité entre les sexes et d'amitié entre tous les peuples et groupes ethniques, nationaux et religieux, et avec les personnes d'origine autochtone ;
  • Inculquer à l'enfant le respect du milieu naturel.
Les gouvernements successifs Haïtiens ont, semble-t-il, ignoré ou bien oublié, de toutes façons négligé, durant les 2 dernières décennies, les prescrits de cette convention que l’Etat a ratifiée, en novembre 1989. C’est pour cette raison que bon nombre de nos compatriotes demeurent sceptiques face à une telle promesse électorale du Président Martelly. Il était donc tout à fait intéressant et opportun que les 2 animateurs du club sondent les opinions des jeunes de leur club, sur la base de ces 3 questions auxquelles ils avaient à répondre en ateliers : 

1-      Quelle est votre préoccupation par rapport au projet « lekòl gratis » ?
2-      A quelle qualité d’éducation vous attendez-vous ?
3-      Quel(s) bénéfice(s) que la garantie du droit à l’éducation peut apporter au pays ?

Six groupes composés de 9 jeunes environ se sont formés pour réfléchir pendant une quarantaine de minutes à ces questions. Ils ne se sont pas fait prier pour s’adonner à cet exercice. C’est avec enthousiasme que chacun des rapporteurs des 6 groupes est venu partages les réponses de leurs ateliers avec leurs camarades.

Si tous les groupes reconnaissent tous que « lekòl gratis » est un beau projet, ils sont quand même sceptiques sur sa réalisation. Ils mettent en avant la faiblesse des ressources humaines, une stratégie d’application non encore communiquée (les écoles rouvriront dans 2 mois), l’urgence de la reconstruction qui provoque un dilemme, et le fait que 80% des écoles sont privées. Un groupe se demande même si ce projet va pouvoir durer 5 ans, autrement dit après le mandat du président Martelly. Gaston Jean, un leader de la communauté de Gros Morne a informé les jeunes sur les sources  de financement de ce projet d’éducation gratuite, et leur a rappelé le gaspillage et détournement à grande échelle d’argent dans l’éducation depuis des décennies.

Néanmoins, à la question 2, les attentes exprimées par les jeunes convergent vers 4 grands espoirs : une école sans discrimination sociale (un seul programme pour toutes les écoles, pas d’écoles à 2 ou 3 vitesses), une école plus équilibrée mêlant la théorie (les cours, les livres) à la pratique (expériences en laboratoire ou découverte sur le terrain), une école utilisant les ressources des nouvelles technologies de communication et d’information (accès internet, initiation à l’informatique, introduction de documents multimédias), et comme le dit si bien l’un des groupes, « une école modèle qui inculque à chaque élève sa responsabilité du pays, (…) le respect des valeurs nationales et les libertés fondamentales ».


Les bénéfices de ce projet qui garantira le droit à l’éducation à tous les enfants, tendent, selon eux, vers 4 résultats: réduction de la délinquance juvénile et du vagabondage, diminution de l’analphabétisme, un changement de mentalité (réduction des discriminations et des stigmatisations sociales), un avancement certain du pays sur le plan social (les jeunes progresseront mieux dans leur vie, dixit un groupe), politique (les jeunes feront un choix plus réfléchi aux élections, selon eux) et économique (ils feront des formations plus gratifiantes).

A l’issue de cet exercice, le coordonnateur a  porté 3 commentaires inspirés des réponses des jeunes: les jeunes de Gros Morne savent ce qu’ils veulent, ils ne doivent pas avoir peur de l’avenir, ils ont une responsabilité envers leur pays.

La réunion s’est achevée dans une ambiance festive, marquée par des rafraichissements donnés aux jeunes, par des interprétations musicales des 2 crooners du club, dont l’un a même composé un hymne Vague du futur, et par les mots de remerciement de l’animatrice adjointe du club, Mimose Tello.



Jean-Gérard Anis
Coordonnateur du projet VDF


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