mercredi 22 juin 2011

Plaidoyer pour les jeunes des clubs VDF

De janvier à juin 2011, j’ai effectué une tournée dans des clubs du projet Vague du futur, en province (Jérémie, Camp-Perrin, Cayes, Gros Morne) et dans les communautés reculées (Fond Parisien, Darbonne) du département de l’Ouest. Les entretiens que j’ai eus avec les animateurs (12 au total) et les jeunes de ces clubs (plus d’une centaine), les observations que j’ai faites dans les communautés visitées ont révélé 3 préoccupations majeures : le manque de loisirs pour les jeunes, la migration des jeunes vers la capitale, la faible pénétration d’internet dans les ces localités visitées. Et …un espoir, l’envie des jeunes de se prendre en charge !

  1. L’accès et la jouissance des loisirs, qui constituent des droits humains, ne sont pas au rendez-vous dans les provinces. L’absence d’infrastructures et de services dédiés aux loisirs et aux divertissements sains ne semblent pas préoccuper ni mobiliser l’intérêt des autorités locales, au point que les jeunes cherchent à se recréer par eux-mêmes. Leurs initiatives ne sont pas toujours profitables, mais elles ont le mérite de crever l’abcès des frustrations.
Les jeunes des clubs VDF sont sensibles à cette problématique. Ils reconnaissent que le projet VDF comble en partie leurs envies et attentes sur ce plan, mais c’est insuffisant, selon eux. Ils veulent bouger, sortir de leurs localités, découvrir le pays et aller à la rencontre des jeunes des autres clubs du réseau. FOKAL s’y attache déjà en organisant chaque année au moins un camp (au printemps et/ou en été) qui rassemble des jeunes des 14 clubs du pays, en encourageant les rapprochements entre les clubs et en facilitant les initiatives locales des sorties des clubs.
De même, FOKAL veut offrir aux jeunes une tribune, via son site internet et via le blog VDF, non seulement pour exprimer leurs préoccupations mais aussi pour formuler des propositions pour un meilleur accès et une plus grande jouissance des loisirs sains dans le pays.  Ainsi, leurs propos trouveront un large écho parmi les lecteurs et visiteurs deux médias d’information de FOKAL.

  1. Les jeunes des clubs visités vivent comme un « déchirement » le départ récurrent de leurs membres soit vers la capitale soit vers les métropoles régionales, le plus souvent pour poursuivre leurs études après le bac. C’est une tendance, encore pire une constante qui s’enracine dans le pays, tant les migrations des jeunes s’accentuent. Certain(e)s perdent  des ami(e)s dans leur club d’origine, les partant(e)s se retrouvent des fois sans le vouloir déconnecté(e)s du projet. Et les animateurs-trices se retrouvent dans la difficulté de porter des initiatives ou des projets dans leur club sur le long terme.
Ce problème ne se pose pas heureusement dans les clubs de la capitale. Les jeunes ne bougent pas de leurs quartiers, restent attachés à leur club, même lorsqu’ils entreprennent des études supérieures. Néanmoins, le coordonnateur propose aux clubs deux solutions :
-          renouveler l’effectif du club sur toute l’année. Pas besoin d’attendre la rentrée scolaire pour procéder à de nouveaux recrutements. De nouveaux jeunes peuvent adhérer au club quelque soit le moment de l’année, à charge pour les membres d’intégrer ces derniers.
-          inciter les jeunes en classe de 3e et 2e à adhérer au club. Ces derniers, du fait qu’ils ne sont pas dans les classes d’examen, passeront plus de temps dans le club. Ainsi, les animateurs sont assurés de disposer d’un noyau de membres pour porter des projets initiatives sur le long terme.
-          inciter les partants à intégrer un club proche de leur nouveau domicile. Ainsi, les animateurs-trices auront à cœur de leur fournir les lieux d’implantation des clubs de la capitale et d’informer des clubs ciblés de leur arrivée afin de faciliter leur intégration. Cela s’est déjà fait. Tous les jeunes des clubs VDF sont les bienvenus dans n’importe autre club du réseau.

  1. L’accès internet demeure le problème qui focalise toutes les frustrations des jeunes de la communauté VDF. Ils sont curieux, entichés d’internet, surtout lorsqu’ils y ont déjà «  gouté » une fois. Ils ont privés de surcroit d’un accès au blog du projet soit pour s’informer des activités du projet, soit pour s’inscrire comme membre, soit pour communiquer avec les autres jeunes inscrits. Et rien ne favorise sur place un accès satisfaisant au web.
Dans les villes des clubs visités, l’accès internet est très difficile (Jérémie, Camp-Perrin), rare dans certaines localités  (Fond Parisien, Gros Morne, Darbonne). Le service peut parfois exister mais les infrastructures ne suivent pas : pas de cybercafés ni de télécentres ; quand ils existent le service est capricieux, cher et très limité. Leur nombre dépasse rarement l’unité, d’où un engorgement de la clientèle. Les établissements scolaires ne disposent pas de connexion internet. Les jeunes des clubs demandent comment FOKAL pourrait les aider.

FOKAL, dans les limites de sa mission et de ses moyens, est en train d’apporter indirectement une réponse appropriée à leur sollicitation :
-          La fondation est entrain d’exécuter un programme d’informatisation, avec connexion internet, des bibliothèques de proximité se trouvant dans les communautés de ces clubs (Jérémie, Cayes, Darbonne, Fond Parisien, Mon Repos, Martissant). L’accès au web sera bientôt une réalité dans les lieux d’implantation des clubs cités. Il suffit que les jeunes VDF s’y inscrivent pour pouvoir jouir de ce service.
-          FOKAL encourage les partenariats ouverts entre les clubs VDF et les bibliothèques de proximité de son réseau, dans le but de favoriser pour les jeunes du projet VDF un accès privilégié et une jouissance plus étendue de ce puissant outil d’information et d’apprentissage.

L’abcès de l’accès au net sera bientôt en mode décès. Mais le changement que j’ai pu remarquer chez les jeunes des clubs visités, c’est une volonté de se prendre en charge, l’envie de se recréer différemment, loin des plaisirs faciles ou vicieux. Ils sont bourrés d’énergie et de talents, sont d’une curiosité impressionnante, et d’une audace à toute épreuve. Et le meilleur, ils savent ce qu’ils veulent.

FOKAL, avec différents institutions partenaires, en Haïti comme à l’étranger, veut multiplier ses efforts pour canaliser et alimenter ces énergies, satisfaire leur curiosité, donner corps à cette audace. Les programmes et les projets de FOKAL à destination des jeunes tendent vers cela. La fondation supportera ou créera de nouvelles initiatives pour répondre au mieux à sa mission et ses objectifs envers les jeunes : leur émancipation, intellectuelle et sociale.

Jean-Gérard Anis
Coordonnateur du projet VDF

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