jeudi 30 juin 2011

Le hip hop est une musique moralement responsable

Un match d’exhibition de débat a eu lieu mardi 28 juin 2011, à partir de 4h30 pm, dans la salle Unesco de FOKAL, opposant 2 équipes de débatteurs chacune. Le sujet du débat était le suivant : «  Le Hip hop est une musique moralement responsable ».
Contre-interrogatoire entre Orlando et Christ Moise
Ce sujet de débat a été choisi par le coordonnateur des Programmes initiative Jeunes de FOKAL, Jean-Gérard Anis, pour les 3 raisons suivantes : Primo, il est approprié pour la circonstance, puisqu’il entre dans le cadre d’une série de concerts organisés par FOKAL pour célébrer la Fête de la Musique ; secundo, le Hip hop est une musique qui a une forte pénétration dans les maisons haïtiennes via la radio et la télévision ; tertio, le Hip hop est une musique essentiellement jouée, tournée et appréciée par les jeunes qui constituent la cible privilégiée des programmes et projets de FOKAL.

Les 2 jeunes débateurs de chacune des équipes sont issues du club de débat à FOKAL. Mozeau et Christ moïse composaient l’équipe affirmative qui défendait le sujet, Orlando et Sébastien défendaient le contraire. 3 juges arbitraient ce match : Ginia Alcimé, Gutenberg Destin et Ricardo Nicolas, 3 animateurs de clubs de débat dans la capitale.

Généralement, les débatteurs ne connaissent la position (ou bien le cas) qu’ils vont défendre que quelques minutes avant un match. Pour ce match d’exhibition, ils ont choisi leur cas 3 jours auparavant. Le format de débat utilisé est le Public forum, enseigné aux jeunes des 14 clubs du réseau de FOKAL. Voici une synthèse des échanges entre les 2 équipes.



Orlando exposant ses arguments
Orlando, le 1er orateur de l’équipe négative qui a ouvert le débat a défini le hip hop comme un mouvement socioculturel contestataire qui a pris naissance aux Etats-Unis puis qui s’est répandu dans le monde. Il présente 2 arguments pour justifier son opposition à l’idée que le hip hop est une musique moralement responsable. 1) le hip hop participe à la corruption des mœurs. Il explique qu’avec le hip hop la société haïtienne perd ses valeurs. Il cite en exemple la mode du port des pantalons tombant des fesses, importée des USA, l’indécence vestimentaire où des jeunes entrent dans un mariage en courtes culottes ; 2) le hip hop stimule la violence, au regard des paroles choquantes du rappeur Izolan, chouchou des jeunes, comme « mwen anvi pran bal » [j’ai envie qu’on me tire dessus], ou discriminantes à l’endroit des femmes. Ce qui manifeste une dégénérescence des valeurs morales.

Christ Moise argumente fermement
Christ Moise, le 1er orateur de l’équipe affirmative, soutient que 1) le hip hop prône la majorité des valeurs universelles (travail, amour, unité, solidarité…). Ce n’est pas la faute du hip hop si des rappeurs citent des paroles choquantes ou bien ont un comportement négatif. Ce sont quelques groupes de hip hop qui se sont éloignés du mouvement, et ils sont loin d’être la majorité ; 2) le hip hop investit de plus en plus le social. Ainsi le montre l’exemple du groupe rap créole très tendance, Rock Fam, qui promeut le projet Yélé Haïti, du chanteur haitiano-américain mondialement connu Wyclef Jean, et qui fait la distribution d’eau dans les camps des victimes du séisme. Au Sénégal, le hip hop s’investit dans l’éducation des jeunes par la musique.

Mozeau renforce la position de son équipe
Mozeau, le 2e orateur de l’équipe affirmative, reconnait qu’il y a des cotés négatifs dans le hip hop, mais il rejette la responsabilité de cette dérive sur le système, selon lui les médias et la société, qui facilite ou bien qui tolère le coté sombre du hip hop. Cependant il fait remarquer comme exemple que 16 des 20 chansons du dernier album de Barikad Crew, groupe de rap qui draine des foules dans ses concerts, sont à caractère social. Même l’Unesco admet que le hip hop est porteur d’une culture de paix, analogue à la musique la plus populaire haïtienne, le compas. 

Sébastien défend avec vigueur sa position
Sébastien, le 2e orateur de l’équipe négative ne démord pas pour autant de sa position, et rétorque que les médias sont l’œil et la voix du peuple. Donc elles sont le reflet de ce que les gens aiment entendre ou voir, donc des chansons ou des clips de rap versant dans le négatif. Pour renforcer la Ministre de la culture sous le gouvernement de l’ancien président haïtien, René Préval, avait expressément demandé aux groupes de rap du pays d’arrêter d’utiliser des propos sexistes, discriminatoires ou dégradants envers les femmes, et le corps des femmes comme des objets dans leurs meringues et clips de carnaval en 2009. Ce qui révèle, selon lui, l’orientation ou la tendance négative du hip hop en Haïti.

A la fin du match, les débatteurs des 2 équipes adverses se congratulent, car le débat étant aussi un jeu prône le fair-play, la tolérance, le respect de l’autre.
Les 6 rappeurs groupe de rap créole, ZATRAP, assistaient à ce match.

Jean-Gérard Anis
Coordonnateur du Programme Initiative Jeunes

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