lundi 24 octobre 2011

Les jeunes du club de Christ-Roi sont préoccupés par le déboisement du pays

Le coordonnateur du projet VDF a rendu visite samedi 15 octobre dernier, au club de Christ-roi qui s’est installé depuis peu dans son nouvel espace de réunion sur la route de Bourdon. Le thème de la rencontre portait sur la responsabilité des citoyens et des gouvernements dans le déboisement sauvage du territoire national.

Le déboisement en Haïti : un phénomène ancien et ramifié
Sous les auspices du coordonnateur (les 2 animateurs du club étant absents, la réunion a démarré avec 19 jeunes présents, par un court exposé d’Anne-Sauphia, une jeune du club, qui a entrepris de faire un historique du problème du déboisement en Haïti. [Quatre des 6 clubs de la capitale sont entrés dans un cycle d’activité sur l’environnement.]
Anne-Sauphia faisant son exposé
Selon ses recherches, le « déboisement » qu’elle définit comme la destruction volontaire des arbres, a commencé dès le 16e siècle avec les colons de l’ile et s’est poursuivi durant l’occupation américaine, de 1915 à 1930, par les G.I.s, les soldats américains. Le phénomène s’est accéléré sous le règne de la dictature de Duvalier qui faisait disparaitre nos forêts pour traquer les « Kamoken », des groupes de rebelles Haïtiens qui voulaient renverser son régime dictatorial.

Elle poursuit pour expliquer que la coupe des arbres n’a jamais cessé dans le pays, malgré les appels réitérés des gouvernements haïtiens pour faire cesser cette activité, essentiellement opérée par nos paysans en quête de revenus, la pauvreté endémique faisant le reste. Elle termine son exposé par ces chiffres inquiétants : selon un rapport du gouvernement, 98.5% du territoire national sont déboisés, ce qui veut dire que le pays a moins de 2% de couverture végétale. 90% de la population utilisent le bois comme combustible pour la cuisson.

Le déboisement : une responsabilité commune
Un jeune a voulu savoir si l’intervenante utilise le charbon de bois pour la cuisson à domicile. Un peu gênée, elle a fini par répondre par l’affirmative. Une fille vient à sa rescousse en affirmant que le problème n’est pas la coupe des arbres, mais le fait de ne pas en planter, car on ne peut pas interdire la coupe des arbres si on n’offre pas d’alternative aux paysans, et aux utilisateurs.

Elle explique que les paysans coupent les arbres pour subvenir à leurs besoins financiers, la population utilise le charbon de bois parce qu’il est meilleur marché que le gaz propane, les utilisateurs du bois (artisans et ébénistes) le préfèrent aux autres matériaux importés pour la confection de leurs produits. Les boulangeries utilisent le bois de préférence pour pallier à la distribution défectueuse du courant électrique pour faire marcher les fours à pain.

Un garçon, très en verve sur ce problème, interpelle la responsabilité des dirigeants du pays. Il croit que les campagnes de sensibilisation de l’État sont insuffisantes et totalement inefficaces, car des camions entièrement remplis de sacs de charbons de bois, en provenance de toutes les provinces,  rentrent tous les jours à Port-au-Prince. Il dénonce le manque de mesures efficaces pour résoudre le problème. 

De l’audace pour résorber le problème, dixit les jeunes
A la question du coordonnateur qui leur demande quel type de mesures à adopter pour enrayer le déboisement, les jeunes s’animent et les réponses s’enchainent rapidement. L’un prône de fournir à bas prix des cuisinières à gaz aux foyers haïtiens sur tout le territoire national. Un second propose d’exiger des paysans que quand ils coupent un arbre, de planter volontairement 10 autres de remplacement. 

Un troisième pousse vers de nouvelles stratégies audacieuses pour éviter le déboisement comme d’interdire la coupe des arbres mais en donnant une alternative aux responsables. L’un de ses camarades voudrait que l’État considère la coupe d’un arbre comme un délit passible d’une forte amende, ou toute autre sanction forte contre tout contrevenant à la loi. Une fille suggère de forcer les gens à être sélectif dans la coupe des arbres.

Après ce flot de réponses et de propositions intéressantes, le coordonnateur leur a posé ensuite la question suivante : « Qu’est-ce que, en tant que jeunes, ils peuvent faire pour contribuer à la lutte contre le déboisement? »

Une jeune fille propose qu’il y ait un axe de réflexion sur le thème, lors des camps d’été, au cours des ateliers de réflexion. Un autre jeune souhaite que l’État implique davantage les jeunes dans la lutte, en consacrant par exemple chaque année une journée du reboisement avec les écoliers, élèves et étudiants dans tout le pays.

Néanmoins, ils disent être désespérés par les gouvernements qui ne prennent pas le problème au sérieux. Ils pensent que les responsables ne pensent qu’à leurs intérêts, étant donnés qu’ils sont parfois eux-mêmes dans le commerce ou l’industrie du bois. Ils se disent préoccupés par l’indifférence de la population qui ne voit pas les conséquences du problème dans 10 ans. 

Haïti, un désert? Quel cauchemar!

Jean-Gérard Anis
Coordonnateur du projet VDF

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