jeudi 14 décembre 2017

Christ-Roi, le club de ma vie

Par Clarisse

C’était une journée comme toutes les autres, j’étais en salle de classe et j’attendais impatiemment le
Clarisse
moment de la recréation, jusqu’au moment arriva l’invitation du club de débat de Christ Roi. Tout à coup, je me suis souvenue de ce fameux tournoi inter-scolaire de débat que j’avais suivi.

J’étais un peu confuse ce jour-là, je n’arrivais pas a cerner ce qui se passait vraiment. Mais s’il y avait bien une chose qui avait retenue mon attention, c’était la vivacité avec laquelle les filles qui représentaient mon école (Lycée technique Elie Dubois) défendaient leurs positions.

J’ai tout de suite fait inscrire mon nom dans la liste des élèves qui étaient intéressées à faire partie du club de débat. Un tout petit geste qui allait transformer complètement ma vie.

Intégrer le club n’était pas chose facile. Au début je le considérais comme une activité extrascolaire  qui pouvait m’aider avec mes sujets de dissertation. Mais lors des réunions, c’était difficile de réagir  dans les sujets d’interaction. Je me sentais si petite face aux étudiants à l’université. Celui qui m’avait aidé à dépasser ce stade était Alfred Désir qui nous racontait chaque samedi l’histoire d’un universitaire qui a été battu par un écolier dans un match de débat.

Par contre, c’était très facile de comprendre le format Karl Popper parce que j’avais suivi le tournoi. Chaque fois qu’on me parlait de première affirmative, deuxième négative, contre interrogatoire, il me venait à l’esprit les matchs de cette journée. Puis un jour, je me suis portée volontaire pour un match dans le club  et c’est ainsi que commença ma carrière de débatteuse.

Je faisais partie des filles qui devaient représenter le club dans certains matchs interclubs. Je participais a toutes ces activités tantôt en tant que débatteuse tantôt en tant que spectatrice, parce que, quel que soit le rôle à jouer, j’apprenais toujours quelque chose soit dans le sujet même soit dans les techniques de débat, par exemple comment mener un contre-interrogatoire. Enfin je n’étais plus une simple écolière : je suis devenue une débatteuse. Et grâce à mes capacités, j’ai fait partie des trois filles à représenter le club dans le tournoi national en 2015 à Jérémie et dans le tournoi régional  en 2016.


Ce club n’a pas seulement chassé ma timidité, il ne m’a pas seulement appris à débattre, à défendre une position  quel que soit mes jugements personnels ; le changement n’est pas seulement intellectuel. Il m’a donné une autre famille. Ce qui nous unit n’a jamais été et ne sera jamais que le débat. D’ailleurs chez nous, on ne parle pas de club. On parle de famille. On ne se limite pas aux matchs de débats. Elles sont nombreuses les activités qu’on a organisé… nos meilleurs moments sont les sorties. On apprend à se connaitre, à compter les uns sur les autres et à améliorer notre capacité à débattre.

Parmi nos nombreuses sorties, je n’oublierai jamais celle à Seguin, dans les montagnes du département du Sud-est. La route a été longue, mais cela en valait la peine… C’était bien de passer un moment en famille hors de la capitale en contact avec la nature. Nous avions besoin de ce moment de paix après des mois de travail pour le tournoi national. Alors, on est allés se recueillir là-haut à Seguin. On a profité du séjour aussi pour développer quelques techniques de préparation des sujets-surprises lors des tournois.

Je n’oublierai pas non plus celle dans la ville des Cayes en Mars 2016. On a été accueillis et logés par l’animateur du club des Cayes, Yvens Elizaire. On est peut être toujours en compétition avec les autres clubs, mais nous n’oublions jamais ce qui nous unit : le débat. Partager mes expériences avec les jeunes Cayen-nes, leur expliquer comment nous on fait pour rester uni et surtout comment on fait pour surpasser nos difficultés était l’une de mes plus beaux moments lors de cette sortie.

Après le passage de l’ouragan Matthew en octobre 2016, le club a réuni tout ce qu’on pouvait réunir pour aider et montrer notre solidarité à nos camarades du club de Camp-Perrin dans le Sud. Comme le dit le petit adage, « il y a plus de joie en donnant et en partageant qu’en gardant ». Cela a été un plaisir pour nous de voir ces jeunes et de les aider, aussi difficile qu’il soit, à sourire et à regarder vers l’avant.

Faire partie d’une association ou d’un club est souvent l’unique choix qu’ont les jeunes haïtiens de s’épanouir, de montrer leurs talents et capacités. Il y a deux ans de cela, j’ai fait ce choix, un choix qui aujourd’hui me rend heureux, qui m’a transformé et qui m’a fait connaitre des gens  qui  s’impliquent dans l’épanouissement intellectuel de la jeunesse haïtienne comme M. Joël Lazard qui est toujours là pour nous et qui est le catalyseur de nombreux débatteurs dans le club de Christ de Roi.

Ce club fait partie de ma vie. Il est comme une deuxième famille, tout ce que j’ai appris durant ces activités m’aide à grandir intellectuellement et à orienter mes actions quotidiennes. Deux ans de joie, d’apprentissage pour toute une vie reconnaissante et fière d’être une débatteuse du club de Christ Roi.

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