mardi 12 mars 2013

Des étudiants de l’Ecole normale de Jérémie à l’école du débat


Waldinde Germain, l’animateur du club de débat de Jérémie a entrepris d’initier au débat depuis près d’un mois, à raison de deux heures par semaine, des étudiants de 2e et de 3e année de l’Ecole normale d’instituteurs de la ville. Cette initiative résulte d’une proposition d’Antoine Joanna Barthèlemy, la co-animatrice du club de Jérémie, et étudiante finissante de cette école de formation des maîtres.


Waldinde, professeur de communication orale dans cette même institution, avait commencé cette formation en enseignant à ces étudiants des notions théoriques sur le débat, plus particulièrement le format Public forum. Pour passer à une phase plus concrète et plus pratique de cette formation en débat, il a invité quatre des jeunes du club de Jérémie à effectuer, le vendredi 22 février 2013, à faire un débat de dmonstration, pour les étudiants de ce centre de formation.

L’animateur Waldinde a présenté les débatteurs (Dalou Andressol, Dolorès Antoine, Paul Jolène et Josué Alexandre) aux 85 étudiants présents et leur a rappelé la raison de ce match d’exhibition. Puis, il a communiqué le sujet : « L’aide sociale décourage le travail », et la position des équipes. La résolution est tirée du film Les Grands débatteurs de Denzel Washington, un classique pour les débatteurs dans le monde entier.

Résumé du match

L’équipe affirmative a avancé comme argumentaire : « Le montant de l’aide sociale est supérieur au salaire des employés.Le site www.viepublique.fr nous le prouve. Celui qui bénéficie de l’aide sociale se dit, si je reçois plus d’argent que celui que je gagne quand je travaille, à quoi bon de travailler. Messieurs les membres du jury, c’est un fait qu’à Jérémie, les gens qui bénéficient de l’aide de l’HHF, ne recherchent pas de travail.


L’équipe négative a réfuté cet argument en démontrant d’abord que « la définition de l’aide sociale apportée par l’équipe adverse ne convient pas. Il prend l’aide sociale pour la protection sociale. Selon l’équipe affirmative, le montant de l’aide sociale est supérieur au montant du salaire des employés. Or cet argument ne suffit pas pour dire que l’aide sociale décourage le travail. Ce n’est pas parce qu’on leur donne de l’aide sociale qui fait qu’ils ne peuvent plus travailler, c’est parce qu’ils sont déjà dans l’incapacité de travailler comme les handicapés, les orphelins, les personnes âgées et autres. Donc, même s’ils n’étaient pas bénéficiaires de l’aide sociale, ils ne pourraient pas non plus travailler.  Nous soutenons notre position pour dire que l’aide sociale est accordée à ceux-là qui sont hors d’état de travailler. Et c’est juste, cela crée une sorte d’équilibre social et permet de réduire le grand fossé qu’il y a entre les riches et les pauvres. »


La position de l’équipe négative a été que « l’aide sociale est accordée à ceux-là qui sont dans l’incapacité de travailler. Madame Viviane, chargée de recherche au CNRS nous l’a dit dans l’un des résultats de ses recherches. Et, quand on jette un coup d’œil sur les attributions des affaires sociales dans le document décrivant son champ d’activités, on comprend clairement que ce n’est pas tout le monde qui est éligible pour recevoir de l’aide sociale mais ceux dans incapacité de travailler. Donc si ce sont les incapables, cette aide ne peut, en aucun cas, décourager le travail. Au contraire, elle crée une sorte de justice sociale ». 


L’équipe affirmative a rejeté cet argument en rappelant d’abord que la définition donnée à « aide sociale » est tirée du dictionnaire Larousse illustré de 2011. « Maintenant, nous doutons fort que nos compétiteurs soient bien placés pour évaluer une définition tirée du dictionnaire Larousse. Ils ont avancé comme argument : « les bénéficiaires de l’aide sociale sont des personnes qui sont hors d’état de travailler » et ont pris comme malheureux exemples les handicapés, les personnes âgées  et les orphelins. Messieurs les membres du jury, être handicapé peut-il signifier qu’on n’est pas capable de travailler ?  Gérald Oriol, le Secrétaire d’Etat à l’intégration des personnes handicapées y répond en déclarant que beaucoup d’handicapés travaillent dans beaucoup d’Institutions haïtiennes (...), parfois comme conseillers dans certaines organisations et comités ruraux et même dans certaines institutions étatiques. Me Toussaint Léonidas, avocat attaché au Ministère des affaires sociales dans la Grand’Anse nous est un exemple.

Les orphelins sont-ils condamnés à ne pas pouvoir travailler ou ne peuvent-ils subvenir à leurs besoins. Est-ce pour cette raison qu’ils bénéficient de l’aide sociale ? C’est archi-clair que les personnes qui jouissent de l’aide sociale ne sont pas intéressés à aller travailler. Et c’est pourquoi, dans certains pays développés comme la France, on est en train de réduire les aides sociales. Me Toussaint après ses 68 ans ne se permettrait jamais d’aller travailler s’il était un jouisseur de l’aide sociale. Donc, l’aide sociale fait de nous de véritables dépendants et pour reprendre l’ex président français, Nicolas Sarkozy, l’assistanat est dégradant pour la personne humaine !
Ce fut la quintessence du débat !

Réaction des normaliens : satisfaction, motivation et apprentissage garantis

A vrai dire, ce fut un beau match de démonstration à la suite duquel les étudiants ont eu de très bonnes réactions.

 « Je remercie ces quatre jeunes pour ce bon match de débat. Par ce match, je peux dire que j’ai appris à débattre dans la pratique du débat », a dit Civil Robenson, un étudiant de l’Ecole normale.


Pour Brunel Laguerre : « Le langage de ces jeunes et leur capacité linguistique me motivent à travailler à développer les miens et à me jeter, pourquoi pas, dans le monde du débat ».

Piquant Snyder, un autre étudiant, a découvert le sens du débat: « J’ai découvert le vrai sens du débat. Ce qui m’a le plus frappé c’est le comportement adopté par les jeunes au cours de ce match de débat : ils ont gardé leur calme, ils n’ont pas haussé leur voix et ils n’ont pas parlé en même temps », a affirmé Pintro Chalide.

En somme, ce fut une heureuse et enrichissante expérience.

Waldinde GERMAIN et Joanna Barthèlemy ANTOINE
 Animateurs du club de débat de Jérémie

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