lundi 4 mars 2013

Les jeunes du club de Fond Parisien face aux pesanteurs sociales dans leur communauté


Le coordonnateur des Programmes Initiative Jeunes a effectué une mission d’encadrement du club de Fond Parisien, samedi 2 mars 2013. L’objectif de la visite a été de s’informer de la situation et des activités du club, et de partager avec eux des informations sur l’actualité du projet, et les attentes que FOKAL placent en eux. Le coordonnateur a été accompagné de Real Chérizard, cadre de FOKAL, et de Francklin Louis-Jean, animateur du club de Santo.
Le coordonnateur parle aux jeunes du club
La rencontre avec les jeunes s’est déroulée en 3 étapes la collecte des informations sur le fonctionnement et les difficultés du club, et les initiatives et les projets du club, une initiation aux techniques de débat. Des recommandations ad hoc et des conseils ont été fournis à l’animateur et aux jeunes.

Cette rencontre de 5 heures, conduite par le coordonnateur, a permis d’observer l’implication des jeunes, d’identifier des faiblesses dans la vie du club, afin de fournir les recommandations adéquates pour corriger les problèmes qui lui sont adressés. 22 jeunes dont 8 filles ont participé à la rencontre.

Les jeunes de Fond Parisien font face à divers problèmes qui retardent l’épanouissement d’une jeunesse en mal d’émancipation. Ces problèmes, comme vous allez le voir, ont de fortes incidences sur le fonctionnement du club dont la viabilité est menacée.

Des jeunes aux ordres des parents

A Fond Parisien, les infrastructures de loisirs sont inexistantes. Une petite bibliothèque de proximité soutenue financièrement par FOKAL dessert la communauté. Les possibilités d’accès internet sont extrêmement limitées. Ceci a été particulièrement souligné par l’animateur qui déplore l’absence de service internet dans la localité : pas de cybercafé, pas de connexion internet dans les écoles.

Aux dires des membres du club, les offices religieux que leur imposent leurs parents phagocytent les activités des jeunes le week-end: messe à l’église, participation aux funérailles et répétitions de chants. Les jeunes en général font partie de chorales dans leurs églises respectives (il y en a treize reconnues dans le village pour 35,000 âmes environ). Ils sont poussés par leurs parents à aller aux obsèques de membres dans la communauté (quasiment chaque week-end, il y en a à Fond Parisien) de peur que l’enterrement d’un proche ne soit boudé par leurs coreligionnaires.
Une débatteuse du club partage son point de vue
Les filles paient un lourd tribut. L’animateur et les filles présentes du club rapportent qu’elles sont retenues généralement à la maison le week-end pour des taches domestiques alors que les parents s’en vont au marché sur la frontière haïtiano-dominicaine (à 10 mns de bus du village) ou à Croix des Bouquets, commune située au nord-est de P-au-P.

Autre problème important, et non des moindres : les jeunes de Fond Parisien ont développé une méfiance envers toute ONG voulant œuvrer dans la zone. Aux dires d’un jeune présent, « Yo pa dakò moun fè foto yo » et « Yo kwè ke se kòb yo vle fè sou tèt yo ». Pour dissiper tout malentendu, Real et moi avions expliqué aux jeunes le but et les objectifs que poursuit FOKAL dans ses activités.

Le club veut aller de l’avant

Le club souffre d’un déficit chronique d’effectif qui plafonne à 15 jeunes actifs, c’est-à-dire qui assistent régulièrement aux réunions hebdomadaires. Ceci découle directement des problèmes cités plus haut, comme l’a expliqué l’animateur du club. Le club a du mal à concilier les horaires de réunion avec les disponibilités des jeunes le week-end.
Le coordonnateur initie les jeunes du club au débat
Néanmoins, l’animateur a promis de s’attacher à corriger ce problème, en prenant des initiatives pour dynamiser le club et motiver davantage les jeunes. Le club est en train de planifier une journée de sensibilisation sur l’environnement, à l’occasion de la Fête patronale du village, le 18 mars prochain, et une conférence sur l’histoire de Fond Parisien, le 31 mars.

Les activités de débat se poursuivent avec la formation en cours. Toutefois, les jeunes déplorent que le fonds de la bibliothèque de Fond Parisien ne soit pas adapté à leurs recherches, car il est constitué essentiellement d’ouvrages classiques et de romans.

Une nouvelle façon d’animer

Le coordonnateur recommande à l’animateur Geordanis de responsabiliser les jeunes en leur confiant des tâches à responsabilité dans le club (aide à la planification d’une activité, entretien d’un cahier de présence, intégrer les nouveaux venus dans le club, répercuter des informations aux autres membres…) et en les incitant à prendre des initiatives (exposé, présentations) ; de changer l’approche et la méthodologie des réunions en encourageant les travaux en ateliers. Les séances de travail doivent être portées par les jeunes et non par l’animateur, et se faire dans une ambiance plus décontractée.
Un jeune exposant son argument
Les objectifs des réunions doivent être spécifiques et clairs, et non improvisés ou indéfinis. Il doit créer un leadership responsable, capable de motiver les jeunes (régularité des réunions, présence et ponctualité des animateurs aux séances, accompagnement des jeunes dans les activités, créativité dans leur travail). Il lui est suggéré de  varier parfois le lieu de réunion ou d’entreprendre des activités inédites, originales, ludo-éducatives, liées à des thématiques proposées par FOKAL, ou en relation avec l’actualité. Il peut sonder épisodiquement les jeunes pour connaitre leur degré de satisfaction dans le club, leurs préoccupations et leurs doléances (à l’aide d’un questionnaire par exemple).

Vers une relation rapprochée avec les autres animateurs du projet

Le coordonnateur a eu le souci de rappeler à l’animateur que toute activité et tout projet réalisé par le club doit satisfaire les objectifs et les attentes du programme. Il suggère à l’animateur de prendre l’habitude de commencer les réunions à l’heure prévue, de ne pas attendre d’avoir un certain quorum  pour les débuter; de préparer en commun les séances à l’avance (avec objectifs, activités, méthodologie, résultats attendus), savoir s’effacer pour laisser s’exprimer les jeunes;  demander aux jeunes d’avoir de quoi écrire lors des réunions; d’aviser et de rechercher l’appui du coordonnateur avant d’entreprendre toute activité extérieure.
Francklin, animateur du club de Santo, encourage es jeunes
A défaut d’internet, il recommande à l’animateur de communiquer plus souvent par téléphone avec le coordonnateur et les autres animateurs du réseau, de consulter régulièrement le blog pour profiter des expériences de leurs collègues ou pour reproduire si nécessaire leurs initiatives intéressantes, soit pour s’enquérir de l’actualité du projet soit pour partager des idées ou projets d’initiatives qu’ils veulent entreprendre pour le club soit pour réagir aux sollicitations du coordonnateur soit pour demander  conseil.

Conclusion

La rencontre s’est achevée avec une initiation aux techniques de débat au cours de laquelle les notions suivantes ont été vues : les principes du débat, comment construire et réfuter un argument. Dix-huit ouvrages de débat ont été fournis au club, et disponibles pour les jeunes.

Le club de Fond Parisien fera l’objet d’un suivi et d’un encadrement plus poussé de la part du coordonnateur. La réactivité des animateurs aux sollicitations et aux informations du coordonnateur sera davantage observée.
Geordanis Joseph, animateur du club de Fond Parisien
Les animateurs sont encouragés à aller à la rencontre des clubs de l’aire métropolitaine pour des réunions ou activités communes sur une journée. Cela pourrait contribuer à un nouveau dynamisme dans le club.
Il est important et nécessaire que ce genre de visite dans les clubs se poursuive, car seuls ces contacts de proximité permettent au coordonnateur de corriger les dérives dans les clubs et d’effectuer un meilleur travail d’encadrement.

Jean-Gérard Anis
Coordonnateur du PIJ

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