vendredi 3 mai 2013

FOKAL a formé des juges de débat à Gros Morne


Dans le souci d’intégrer de personnes-ressources extérieures à son programme et les activités de débat associées, FOKAL a entrepris depuis janvier 2013 une grande campagne de formation de juges de débat dans diverses communautés où ses clubs de débat existent. Cette formation est déjà réalisée dans les clubs de Port-au-Prince, Cap-Haïtien, Cayes, Camp-Perrin, Jacmel.
Quatre éducateurs, quatre étudiants à l’université et quatre animateurs de clubs de débat, trois autres professionnels dont un homme de loi, ont reçu samedi 27 avril 2013 à Gros Morne, une formation sur les règles et les techniques de débat Karl Popper, et sur la fonction de juge, animée par J-G Anis, le coordonnateur du Programme Initiative jeunes de FOKAL.

Le débat n’est pas une opération com’

Après que le coordonnateur ait présenté les objectifs du programme de débat de FOKAL, et ceux de cette formation, il a interrogé les participants sur leur expérience du débat. Chacun a reconnu que les débats qu’ils ont l’habitude d’écouter ou de regarder dans les médias haïtiennes ressemblent plus à de la conversation ou du bavardage. Parce que les débatteurs ne parlent pas pour apprendre ni convaincre le public, mais plutôt pour s’émousser au risque de tout capoter.
Le débat généralement exige le respect de l’adversaire, la tolérance des idées, l’écoute attentive, des arguments structurés étayés par des supports crédibles, bref une bonne préparation du débatteur. Des qualités et des attitudes que les débats présidentiels de l’an dernier aux USA et en France ont montrées, mais pas le dernier débat présidentiel en Haïti qui, selon eux, a été une cacophonie, une opération communication, au pire un pugilat.

Des juges à l’exercice d’apprentissage du débat

C’était l’occasion pour eux de passer à l’épreuve de l’exercice de produire une argumentation sur un sujet de débat de leur choix, qui a été : « La médecine traditionnelle devrait être autorisée dans les hôpitaux publics en Haïti ». Ils ont défini la médecine traditionnelle comme les pratiques naturelles et coutumières de traitement des malades n’utilisant pas les médicaments (utilisation de plantes ayant des vertus médicinales, les lavements, les infusions et thés…).
Puis quatre groupes de 3 personnes ont été créées pour préparer des arguments appuyant et opposés à la résolution, en respectant la structure du format Karl Popper. Deux groupes soutenant l’affirmation exprimée dans le sujet (la position affirmative) ont démontré que la médecine traditionnelle est efficace vu qu’elle traite la plupart des maux et infections récurrentes en Haïti ; et elle est plus économique, car le cout du traitement est quasiment gratuit et les produits sont disponibles dans la nature.

Par contre, les 2 groupes opposés à la résolution (la position négative) ont affirmé que la médecine traditionnelle est un traitement aléatoire, car il n’y a pas de norme standard pour doser correctement les produits utilisés et y éviter les réactions négatives du patient; elle représente un danger pour les malades, car sans un bon diagnostic, les produits agissent le plus souvent sur les symptômes mais pas sur la maladie qui continue à s’aggraver.

Réfuter, un exercice hautement délicat pour convaincre

Chaque groupe s’est efforcé ensuite de réfuter les arguments des groupes adverses. Les 2 groupes opposés à la motion croient que l’efficacité de la médecine traditionnelle n’est pas prouvée puisque qu’on n’a pas le taux de personnes déjà guéries par ce mode de traitement. De plus, la soi-disant économie qu’elle fait bénéficier au patient est une illusion qui masque un problème plus important : une médecine à 2 vitesses, l’une pour les petites bourses, l’autre pour les patients aisés.
Répondant à la position négative, la position affirme a contesté que la médecine traditionnelle soit aléatoire car selon elle, même un médicament administré avec la dose correcte peut être nocif pour un patient, et aussi le traitement médical n’est pas à l’abri des mêmes erreurs de diagnostic qu’avec le traitement traditionnel, car un médicament guérit souvent de préférence les symptômes au lieu de la maladie elle-même, comme dans le cas d’un cancer par exemple.

Suite à cette simulation de débat, Elizabeth et Thierry, 2 hauts cadres de FOKAL ont expliqué aux participants, dans une vidéo-guide du débat projetée à l’occasion, la fonction du juge de débat, ses exigences et les critères pour bien juger un débat. Un guide pédagogique ainsi que des documents didactiques sur les notions, principes et techniques de débat ont été distribués à chacun. Enfin, une évaluation de leurs connaissances acquises sur la fonction de juge a été effectuée à l’aide d’un quizz dont les réponses ont été très satisfaisantes.

L’épreuve d’arbitrer un débat

La formation s’est poursuivie le lendemain après-midi avec un débat d’exhibition entre 2 équipes du club de Gros Morne, dont les juges avaient à arbitrer comme exercice pratique. Plus de vingt-cinq jeunes ont assisté au match. Les commentaires généraux des 7 juges présents, sur les discours et les postures des débatteurs de chaque équipe à l’issue du débat, ont montré qu’ils ont bien compris le format Karl Popper. Néanmoins le fait qu’ils n’ont pas beaucoup réagi sur les arguments des équipes peut être mis sur le compte de leur inexpérience.
L’expérience a été tout de même encourageante étant donné que les commentaires et le vote des juges pour ce débat de démonstration ont été plutôt justes et adéquats. Le club de Gros Morne peut espérer compter sur des juges enthousiastes qui ont manifesté la volonté d’accompagner le club dans ses activités de débat. FOKAL attend donc de voir le résultat de cette collaboration sur la qualité des débats qui seront entrepris dans ce club.

Jean-Gérard Anis
Coordonnateur national du PIJ

1 commentaire:

Programmes Initiative Jeunes a dit…

Salut Me Anis
je suis très content pour votre message et je félicite beaucoup pour le formation qui a été réalisé dans la Club de Fokal qui se tient à Gros-Morne. Moi aussi je vous remercie pour tous pour votre sagesse et bonne aptitude que vous adresser parmi les participent, je pense que nous aurons continuer et marché avec la Club débat merci,merci pour votre participation, que Dieu vous bénisse.
Anneus Petithomme, de Gros Morne