vendredi 19 septembre 2014

Comprendre les mots déclencheurs d’un énoncé de débat



La résolution
Le mot déclencheur
L’interprétation
La peine de mort devrait être abolie
Devrait
Peut se lire comme un impératif moral et pratique. Il ne s’agit pas de montrer que cette peine est un crime, mais d’argumenter pour montrer son inefficacité. Éviter la tautologie de le définir comme un crime, donc qui doit être aboli. Il n’y aurait donc plus de débat à ce moment-là.
Les concours de beauté devraient être interdits
Devrait
Un concours de beauté n’est pas mauvais en soi. La résolution suggère d’engager le débat sur les normes organisationnelles, les objectifs poursuivis, sur son utilité et sa moralité au regard de l’humanité.
L’aide internationale est un frein au développement d’Haïti
Est un frein
L’aide internationale est vue comme un frein. Un déclencheur-métaphore qu’il faut ramener à une définition précise du concept « frein ». Un débat qui risque d’être flou. On peut se perdre à chercher à quel moment le freinage a eu lieu, que la machine du développement s’est arrêtée. Les deux équipes dans ces cas-là, s’ils veulent engager un vrai débat, ont intérêt à s’entendre sur une définition du mot « frein ». Le voir, par exemple, comme un échec de l’aide internationale à Haïti par rapporte aux attentes de la communauté, et l’échec à satisfaire certains critères externes conçus et élaborés par votre équipe. Par exemple, on peut se demander si l’aide a mis un frein à la fuite des cerveaux, a bridé l’exode rural, a répondu à la transition démographique en termes de demande de ville.
Le développement économique est plus important que la protection de l’environnement
Plus important
Il ne s’agit pas de choisir entre le bien et le mal, mais entre deux « bien ». Il s’agit de démontrer lequel des avantages de l’un ou de l’autre l’emportent sur les désavantages.
Internet favorise la démocratie
Favorise
Il ne s’agit pas de fustiger l’internet. Il s’agit, pour l’équipe affirmative, de monter que généralement la motion est vraie; et pour l’équipe négative, qu’elle est généralement fausse. Il faut éviter de ramener le débat à un cas exceptionnel. Il s’agit de montrer comment cette technologie facilite le développement de la démocratie ou constitue un frein au regard de la liberté individuelle.
Les examens d’État ont un effet néfaste sur l’éducation en Haïti
Un effet néfaste
Á interpréter comme ayant un impact négatif sur l’apprentissage des élèves. Á interpréter comme un échec au regard de la mission de l’école, des attentes et des objectifs d’un examen officiel.
Voir déclencheur « être un frein ».
Les examens d’État promeuvent l’égalité
Promeuvent
Il s’agit de consacrer un droit établi. Ici les examens sont vus comme un outil, un vecteur pour le consolider. Il serait de bonne guerre de ramener le terme « égalité » à « égalité des chances »pour les apprenants.
En matière de protection de l’environnement, l’action individuelle est préférable à l’action gouvernementale
Est préférable
Un débat entre « ce qui est bien »et « ce qui est mieux ». Il ne s’agit pas pour l’équipe affirmative de mettre en avant la faiblesse de l’État, son désengagement, mais de démontrer que devant la complexité du problème, l’engagement individuel et personnel est une nécessité, que l’État ne peut pas tout faire, qu’un tel défi se situe au-delà des devoirs et des responsabilités habituels du citoyen envers la « res republica ». L’équipe négative pourrait montrer que les citoyens n’ont pas assez de science et de conscience pour relever entièrement ce défi; devant cette urgence, devant ce problème d’intérêt général, les puissances publiques sont indispensables à coté de l’effort des citoyens.
Voir déclencheur « plus important ».
Encourager les citoyens à enfreindre les lois qui violent les droits humains est justifié
Est justifié
Il s’agit le plus souvent d’une affirmation de type absolu, fondée non pas sur « ce qui est »mais sur « ce qui devrait être ». A titre d’exemple, un débat sur « la peine de mort est justifiée», s’il est interprété de manière positive (sur ce qui est) et non de manière normative (sur ce qui devrait être),il serait tout de suite gagné en citant le cas des USA.
Les pays à hauts revenus ont l’obligation d’ouvrir leurs frontières aux migrants venant des pays à bas revenus
Ont l’obligation
Voir déclencheur « devrait ».
Résolution avec « trop » : Il y a trop d’argent dans le sport – Trop d’impôt entrave la croissance – Trop d’argent pour l’armée – Trop de livres tuent le livre.
Trop
Extrait du Guide scolaire pour débattre dans le style scolaire, IDEBATE Press, page 29.
Ce déclencheur vise à montrer 3 choses :
·         Qu’il existe une abondance ou une pénurie de quelque chose
·         Que les désavantages l’emportent sur les avantages
·         Que l’abondance ou la pénurie est à l’origine du mal
Dans la définition de ce type de débat, il ne s’agit pas de condamner l’argent, le sport ou l’armée. Il s’agit de prouver qu’il faut diminuer s’il y a abondance et augmenter s’il y a pénurie.
Il faut éviter les relations causales douteuses, comme trop d’argent tue l’esprit sportif ou l’armée est responsable de la misère dans le monde. (Voir les sophismes). Dire par exemple que l’armée coûte trop chère ne renvoie pas automatiquement à son inutilité ou à son élimination. Cela peut signifier qu’il faut réduire son budget. Il serait absurde de penser à éliminer l’enseignement parce qu’il coûte trop cher aux familles haïtiennes. Un débat sur « top de livres » déclencherait la question d’un marché ouvert à une production de mauvaise qualité qui enterre la qualité. C’est un débat sur la qualité et non sur la fin du livre. La question est d’établir si le mal vient de l’abondance ou si la pénurie entraînerait une production de qualité.

Par Jean-Marie PIERRE

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