mercredi 6 avril 2016

La magie du débat a opéré dans le Nord

Défi  relevé pour les responsables du club

Le club de débat du Cap-Haïtien a organisé un tournoi de débat, son premier depuis plus de 3 ans de disette, samedi  2 avril, au collège Regina Assumpta, école congréganiste de la ville qui héberge le club. Le coordonnateur du programme Initiative Jeunes de FOKAL, Jean-Gérard Anis, accompagné du chargé de communication de la Fondation, Karl Foster Candio ont été présents, à l’invitation des 2 animateurs du club, Edwin B. Pierre-Louis et Alendy Almonor. La magie a opéré tant les débatteurs ainsi que les animateurs du club et les jurys des débats ont été enthousiastes et satisfaits de l’activité. Plusieurs raisons expliquent cela :
- Du coté des animateurs, leurs objectifs sont remplis. Ils ont non seulement réalisé ce tournoi, un défi de taille sur lequel leur leadership à la direction du club serait jugé par Fokal ; mais surtout ils l’ont réussi malgré les risques et imprévus qui menaçaient de faire avorter l’événement : débatteurs angoissés qui voulaient se rétracter, des juges dont la disponibilité était incertaine, une date coïncidant avec le classico du championnat de football espagnol entre les équipes du Real Madrid et Barcelone qui risquait de faire déserter débatteurs et juges. « Edwin n’y croyait pas que l’activité aboutirait quand on a lancé l’initiative dans le club », nous a avoué Alendy. « Mais notre persévérance et détermination ont payé », conclut son collègue.

- Du coté des juges, ils ont eu le sentiment du devoir accompli. Ils ont pu enfin arbitrer des débats après la formation sur la fonction de juge qu’ils ont reçu de Fokal il y a un an pour certains, 3 ans pour d’autres. Cela fait longtemps qu’ils attendaient de vivre cela. Ils se sont rendus disponibles toute la journée du tournoi et ont arbitré dans tous les matches. Bref, une collaboration et une disponibilité sans faille. « J’aime le ‘métier’ de juge. Je suis à prêt à rempiler dans un autre tournoi de débat », a déclaré Valdy Pierre, étudiant en Arts visuels, et juge dans le tournoi.

Bruna Mompoint
- Du coté des débatteuses et des débatteurs du club, l’enthousiasme a été immense. Ce tournoi a été pour 90 % d’entre eux leur baptême de feu. Et ils en redemandent encore au point qu’ils suggèrent aux responsables d’organiser un autre dans les plus brefs délais. Certains ont avoué même que c’est en débattant qu’ils se sont rendus compte de la beauté et l’utilité de l’exercice. « J’ai eu peur [de débattre], d’affronter les autres, de ne pas être à la hauteur. J’ai pas dormi la nuit », nous a confessé Bruna Mompoint, une élève de seconde à Regina Assumpta, qui était à son premier débat.

Pari réussi pour le club

Le tournoi a réuni 8 équipes de jeunes, soit 24 débatteurs au total dont 11 filles, des élèves de la 3e à la philo, issus de 8 établissements secondaires publics et privés de la ville : les collèges Regina Assumpta, Modèle, Saint-Joseph, Notre-Dame du Perpétuel Secours, les lycées de Breda, Duty Boukman, Philippe Guerrier, UEH, Centre national d’enseignement à distance.
Les équipes étaient constituées de débatteurs d’écoles, de genre et de niveau différents afin d’établir un certain équilibre entre elles et pour satisfaire à l’un des objectifs du tournoi : parfaire leur apprentissage du débat après la formation qu’ils/elles ont reçue en les portant à travailler ensemble, à s’ouvrir les uns aux autres, et à faire bénéficier aux plus jeunes ou aux novices de l’expérience, des parcours de connaissances des débatteurs plus âgés ou dans des classes plus élevées.

Dix (10) juges ont été mobilisés pour arbitrer les matches : 7 étudiants des universités publiques et privées du Nord qui ont été formés par Fokal à cet exercice l’année dernière, les 2 animateurs du club et le coordonnateur national du Programme Initiative Jeunes à Fokal. Un total de 10 matches a été joué durant cette journée, étalés sur 3 rounds (3 matches par round) et la finale. En fait, chaque équipe a joué un minimum de 3 matches, sauf les 2 équipes en finale.
Le thème de la compétition a été La lutte contre le changement climatique. Deux sujets y sont débattus, l’un connu et préparé par les débatteurs un mois avant le tournoi : « Les pays développés ont davantage l’obligation de lutter contre le changement climatique que les pays en voie de développement », et l’autre, un sujet-surprise dévoilé au cours du tournoi : « Les pays en voie de développement doivent avoir le droit de polluer ».

Une expérience marquante pour les jeunes

La finale du tournoi fera date. Le niveau du débat a été excellent avec des arguments de qualité dans les 2 équipes, un auditoire aussi concentré que démonstratif. La tension a été palpable chez débatteurs comme il se doit dans une finale. Le verdict du jury n’a souffert d’aucune contestation autant des débatteurs que du public. Les juges, qui sont à leur première expérience dans cet exercice, ont été vraiment à niveau de leur mission. En témoigne la justesse de la justification de leurs décisions. (Voir les bulletins des juges de la finale à http://vaguedufutur.blogspot.com/2016/04/tournoi-de-debat-au-cap-haitien.html ).
Ce premier essai est donc réussi. La préparation logistique a été globalement correcte (salles préparées pour les matches, eau disponible pour tous les participants, disponibilité des acteurs du tournoi jusqu’à une heure tardive, lunch pour les débatteurs et les juges). Le tournoi a quand même accusé un prolongement de 2 heures sur la fin prévue de l’activité.

Les bénéfices immédiats à ce résultat sont premièrement un éloignement de la menace d’éclatement qui  pesait sur le club (Lire l’article à ce propos à http://vaguedufutur.blogspot.com/2015/11/que-veulent-les-jeunes-des-clubs-de.html), deuxièmement une confiance retrouvée chez les responsables du club et les jeunes qui pour les premiers ont réussi l’organisation de leur première compétition, pour les seconds de se sentir plus à l’aise et mieux préparés pour les compétitions régionale et nationale les semaines à venir.
Les acteurs ont été sensibles au support de FOKAL à ce tournoi qui y a non seulement dépêché une délégation composée du coordonnateur de son programme de débat et de son chargé de communication ; mais aussi elle a fait don de plusieurs ouvrages comme de primes à remettre au « Meilleur débatteur ». Le club a bénéficié d’un reportage photo de toutes ses activités du week-end.


 Des promesses d’avenir en hausse

Valmir Ejymson
Les perspectives pour le club du Cap s’annoncent donc très prometteuses. On a pu déceler une motivation plus forte chez les débatteurs, selon les déclarations de certains d’entre eux : « Le débat réveille des aptitudes personnelles qui sommeillent en nous. Grace au débat, je fais des discussions plus importantes, plus sérieuses », nous dit Valmir Ejymson, jeune débatteur de l’équipe championne.

Un avis que partage une autre débatteuse, qui nous a déclaré dans un seul souffle, toute excitée par son expérience : « Le débat nous donne des connaissances pour parler n’importe où. Le débat m’aide à parler ailleurs [NDR : autre que dans un tournoi, elle a voulu dire], de vaincre ma timidité, de dire aux autres ce que je pense, d’avoir une autre personnalité, de réaffirmer qui je suis ».

Ces déclarations de débatteurs augurent probablement une meilleure performance du club au tournoi régional  de l’ouest auquel il participera à Port-au-Prince, le 14 mai prochain. Il lui reste à transformer l’essai en exploit. Car le club dispose de débatteurs très talentueux, capables de faire la différence et de remporter, pourquoi pas, un trophée après lequel ses débatteurs courent depuis des lustres.
Edwin et Alendy ne comptent pas dormir sur les lauriers de cette réalisation. Selon leurs dires, ils veulent surfer sur l’enthousiasme et l’engouement suscités chez les débatteurs à l’issue de ce tournoi pour enchaîner avec d’autres au cours de l’année (en perspective un autre nouveau tournoi local en mai, un tournoi inter scolaire avant la fin de l’année), et étendre le débat aux autres établissements secondaires de la ville pour augmenter l’attractivité du débat.

Il n’est que d’attendre !

Jean-Gérard ANIS
Coordonnateur du Programme Initiative Jeunes

FOKAL - 6 avril 2016

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