vendredi 30 novembre 2012

Le club des Cayes a commémoré la mort de l’Empereur Dessalines


Dans le souci de commémorer la mort du père de la nation haïtienne, l’Empereur Jean Jacques Dessalines, le club de débat des Cayes a organisé le mercredi 17 octobre dernier, une grande conférence débat sur la Vie de Dessalines avec et pour les jeunes de la ville, de concert avec M. Eddy Maurice, un professeur de Sciences sociales. Ce fut un débat à la fois houleux et enrichissant, d’une durée de trois (3) heures.

Cette conférence-débat était organisée dans l’optique de rafraîchir la mémoire des jeunes sur le rôle qu’avait joué ce vaillant garçon pendant sa vie dans la lutte pour l’Indépendance haïtienne, et leur donner la possibilité de réfléchir et de bien comprendre les actions de l’Empereur  pour le peuple et pour la postérité à l’époque. A terme, la conférence visait à faire comprendre à ces jeunes citoyens la nécessité de contribuer au progrès et à la grandeur de leur pays et de s’ériger en leader pour les autres.

Ce jour-là, à partir de 9h45 am, l’animateur du club, dans ses propos de bienvenue aux participants, en a profité pour présenter brièvement le club, sa mission, ses objectifs et aussi les différentes activités déjà réalisées depuis son implantation dans la ville. Un extrait du discours d’introduction de Jean-Hervé Jupiter, responsable du club.

« Le Club est une initiative de FOKAL. La fondation  se donne pour objectifs de redynamiser la vie de la Jeunesse dans le pays, d’accompagner dans leur apprentissage à la citoyenneté, à la tolérance, l’amitié par des formations, des activités de débat. Elle vise à permettre aux jeunes de développer leurs capacités d’expression, leur sens de l’argumentation à travers le débat, leur leadership naturel et leurs capacités d’anticiper et de bâtir collectivement  des projets pour un avenir plus serein et plus prometteur. »

« Pour vous qui êtes là pour la première fois, je vous invite à vous joindre à nous et à prendre part à nos différentes activités. Sans plus tarder, je voudrais vous remercier pour votre présence et je suis honoré aussi au nom du Club de vous présenter le professeur Eddy Maurice qui volontairement a accepté d’être notre conférencier ce matin à l’occasion de la commémoration de la mort de l’Empereur Jean Jacques Dessalines. »

Le professeur Maurice a commencé son intervention en rappelant le système esclavagiste imposé aux Noirs à St Domingue par les colons français, du soulèvement des esclaves, de la guerre de l’Indépendance. Puis il a cité des mesures prises par Dessalines pour affermir l’indépendance comme : la politique agraire, la vérification des titres de propriétés, la confiscation des biens, la nationalisation des biens. Ces mesures prises ont suscité un mouvement de mécontentement intérieur contre lui, qui a commencé dans le Sud. « Mon fils, tiens prête la 24e demi-brigade… Après ce que je viens de faire dans le Sud, si les Citoyens du Sud ne se soulèvent pas, c'est qu'ils ne sont pas des hommes », dixit l’Empereur au colonel Lamarre. Sur la route de l’Arcahaie, au Pont rouge, l’Empereur fut pris dans une embuscade, et assassiné sur ordre de ses anciens généraux.

Alors, le jeune Djimy, qui avait suivi attentivement l’intervention du conférencier, a lancé le débat par cette question : « En quoi l’indépendance haïtienne représentait une contagion pour les autres colonies du monde ? » L’intervenant lui a rappelé que la Déclaration d’indépendance du premier peuple noir indépendant allait servir d’exemple pour les autres colonies en Amérique, qui à leur tour manifesteront le désir de secouer le joug de l’esclavage et d’acquérir leur liberté….

« D’après vous, ces stratégies à savoir le massacre des français et la destruction de leurs immeubles étaient elles les meilleures ? Ne pensez vous pas aussi que « le koupe tèt, boule kay » est un mauvais héritage légué par nos ancêtres ? », interrogea un autre jeune.

Pour cette deuxième question, malgré les arguments avancés par le conférencier pour essayer de justifier les actions de Dessalines, un véritable débat était ouvert avec des opinions vraiment partagées. Pour le jeune Wilbert « il serait mieux de confisquer les maisons au lieu de les incendier puisqu’ au départ des français, le pays pouvait bénéficier au moins une part de leur richesse volée après confiscation de leurs biens ». Il a ajouté que « …si aujourd’hui ces actes se répètent parfois dans le pays après la chute de nos gouvernements, c’est à mon avis l’exemple de Dessalines que ces fauteurs de troubles continuent de suivre. Tout moun konsyan ke lè sa rive, se peyi a ki fè bak ! »

Puis les questions posées par les jeunes se bousculaient : « Comment les Français restés en Haïti après l’indépendance représentaient-ils une menace pour l’indépendance du pays ? » demanda Farah. « Comment expliquez-vous l’expression : Haïti dwe Lafrans, Lafrans dwe Haïti ? », voulut savoir un autre. « Dessalines de par tout ce qu’il a fait pour le pays, méritait-il la mort » objecta un troisième. « Tout par et pour la Métropole, comment l’expliquez vous ? » fit un autre.

Le professeur Eddy a bien compris la préoccupation des jeunes et a tout fait pour satisfaire leur curiosité et leur donner des réponses appropriées. Le plus intéressant dans tout cela, le jeune Jacques, pour justifier l’attitude sadique de Dessalines vis-à-vis des Colons, a démontré que « Dessalines faisait cela pour le bien-être de ces concitoyens, il n’avait pas d’autre meilleur choix ; et d’ailleurs cela a donné un bon résultat, celui de chasser les français du pays ». Puis il a cité une fameuse déclaration de Dessalines : « Que m’importe le jugement de la postérité pourvu que je sauve mon pays ! ». Applaudissements nourris !!!

La conférence a durée 3 heures de temps. Ce fut un très long échange autour de la vie et des actions menées par Dessalines et aussi sur les conditions dramatiques de sa disparition. A la fin de la conférence, l’on pouvait remarquer sur le visage de chacun l’expression d’une grande satisfaction et le désir d’apprendre encore plus. Ainsi, ils ont souhaité voir répéter ce type de conférence dans le club. Et enfin, au nom du club, le jeune Brutus a pris la parole pour remercier le conférencier : « Je vous remercie au nom du club. Moi personnellement, je suis satisfait de votre présentation, et j’espère que vous serez disponible pour nous. Merci. »  

Par Jean Hervé Jupiter
Animateur du club des Cayes

1 commentaire:

Programmes Initiative Jeunes a dit…

Dommage que cet article ait paru si tard! Ce serait plus intéressant sur la période de l’évènement.