mardi 6 mai 2014

Les jeunes de Darbonne débattent des examens officiels d’Etat



Ce samedi 26 avril 2014, s’est déroulée dans les locaux du centre socioculturel Rasin Lespwa la troisième édition du tournoi local du club de débat de Darbonne (Léogane). Elles étaient six équipes de jeunes, formées de 10 garçons et de 8 filles, à participer à ce tournoi réalisé après deux week-ends consécutifs de formation organisée par les animateurs Maxandre Bien-Aimé et Max Grégory Saint-Fleur, assistés de deux anciens débatteurs expérimentés du club.

Apprendre pour mieux comprendre…

Ils étaient au nombre de vingt cinq à prendre part le samedi 5 et le samedi 12  avril  2014 à ces deux journées de formation. Si certains d’entre eux font pour la première fois l’expérience du débat, d’autres ont décidé de participer à cette formation afin de renforcer leurs capacités.

Tout au début, les jeunes ont pu comprendre que, contrairement aux débats qui se font dans les radios, le type de débat formel auquel ils sont invités à expérimenter, c’est une joute intellectuelle planifiée, organisée et surtout documentée qui suit un format bien précis, le format Karl Popper, opposant 2 équipes de 3 débatteurs. D’où l’importance d’une bonne documentation pour préparer un débat. Les animateurs-formateurs du club ont pris aussi le soin de mettre l’accent sur les notions-clefs du débat, telles que l’énoncé, le brainstorming et la recherche documentaire, la réfutation et le contre-interrogatoire.


Jefté THELISMA, ancien débatteur du club a abordé la notion de réfutation et les différentes manières de la réussir. Avec moult explications et exercices, il a expliqué aux jeunes que la réfutation est l’une des parties les plus importantes du match, car certains juges se fondent souvent sur la qualité la réfutation pour voter pour une équipe à l’issue d’un match de débat, a-t-il fait savoir.

En abordant la question du contre-interrogatoire, Jefté a  expliqué aux jeunes que cette phase de questionnement stratégique dans le débat Karl Popper permet de mettre à nu les failles de l’argumentation de l’équipe adverse. Plus loin, il a continué pour dire que « le contre-interrogatoire donne au débatteur qui pose les questions la possibilité de clarifier les arguments mal entendus, de faire émerger les failles, les limites et les contradictions des propos de l’adversaire, de repousser ce dernier dans ses retranchements. »

D’autres points importants ont été soulevés avec Nerline TOUSSAINT lors de ces deux séances tels que : comment construire un bon argument, l’importance du travail de groupe, la gestion du temps de parole.

Pour aborder le premier point Nerline, s’est servi du guide débat édité par FOKAL en 2008, avec le soutien de la Commission Européenne. Elle a expliqué aux jeunes qu’un bon argument est d’abord le fruit d’un raisonnement solide. Elle a mis l’accent sur plusieurs types de raisonnement comme : les arguments basés sur l’induction et l’analogie, les arguments basés sur l’observation, les arguments fallacieux.


« Le travail de groupe joue un rôle très important dans la préparation du match. Il permet de développer une solidarité au sein de l’équipe, ce qui est  fondamental pour gagner un match de débat», a t-elle fait savoir. 

Partant de ces expériences, l’ancienne débatteuse croit qu’il faut savoir maitriser son temps de parole. Elle a, en guise d’explication, pris des exemples concrets de certains jeunes qui, lors des matches, n’ont pas eu le temps de terminer leur discours par le simple fait qu’ils n’ont pas pris le temps de minuter leur discours.

Débattre pour apprendre, non pour gagner…

C’est sur l’énoncé suivant : « Les examens d’Etat nationaux ont un effet néfaste sur l’éducation en Haïti », que s’est déroulé le tournoi de débat de ce samedi 26 avril. Après la phase éliminatoire jouée dans la matinée, deux équipes se sont affrontées lors de la grande finale organisée un en fin d’après-midi. L’équipe affirmative composée de Jade, Lony et Kindro avance deux arguments pour soutenir sa position. 1. Les examens d’état nationaux réduisent la volonté d’apprendre chez les élèves. 2. Ils augmentent le taux de médiocrité des élèves.

Selon l’équipe affirmative, les élèves, au lieu de chercher à maîtriser les notions enseignées en classe  qui peuvent leur donner un savoir, ne font que chercher à réussir leur bac par n’importe quels moyens. Les  jeunes de l’équipe croient que dans la majorité des cas, ce sont les professeurs ou les surveillants qui résolvent les exercices en lieu et place des  élèves.

Quant à l’équipe négative composée de Rose Berline, de Gaëlle et de Ralph, elle s’inscrit en faux contre le sujet car elle croit plutôt que les examens d’Etat « permettent d’évaluer la capacité intellectuelle des élèves ».  « Seule une bonne évaluation permettra de mesurer les connaissances acquises par les élèves durant l’année scolaire », nous dit Rose Beline. Cela permet aussi à l’état de sanctionner l’élève par un diplôme de fins d’études.

Le débat, une leçon de choses

Les jeunes des deux équipes ont offert un match très intéressant. L’exercice de questions/réponses au cours du débat a suscité parfois soit le rire soit des hochements de tête du public qui retiendra surtout ce face-à-face entre Kindro et Gaëlle. Deux débatteurs très astucieux dans leurs réponses et dans leur approche  pour défendre leur position. Verbatim.

« N’avez-vous jamais rencontré un surveillant qui guette l’arrivée d’un superviseur pour permettre à un candidat de copier et quand ce n’est pas lui qui résout l’exercice à sa place ? » Et à Gaëlle de répondre : « Jamais ! Jamais !… Je n ai jamais vu ni entendu une chose pareille. Je viens juste de passer mes examens d’Etat [9e  AF]. »

« Il y a de l’espoir car le pays à besoin de ces jeunes bourrés de talents », a affirmé Johny Saint Louis, coordonnateur du centre socioculturel Rasin Lespwa venu assister à ces joutes intellectuelles. Les jeunes n’ont pas caché leur satisfaction. « Le débat a développé chez moi le goût pour la recherche », a reconnu Daphinis Devengshine, l’une des nouvelles recrues du club. Nous avons appris beaucoup de chosesLes heures passées à la bibliothèque en compagnie de mes camarades furent très bénéfiques » a t- elle conclu.

Le jury formé de Maxandre Bien Aimé, animateur du club, de Nerline Toussaint, de Jefté Thélisma deux anciens débatteurs, après voir voté à l’unanimité pour l’équipe affirmative, ont félicité les jeunes pour les sacrifices consentis.  Ils ont porté aussi des précisions concernant quelques petites lacunes glissées au cours des matchs. Les juges croient que les jeunes doivent faire un effort pour non seulement respecter le format, mais aussi maîtriser la responsabilité de chaque orateur.

Max Grégory SAINT-FLEUR
Animateur du club de débat de Darbonne Léogane

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