lundi 12 mai 2014

LOISIRS ET VIE ASSOCIATIVE : QUELS ESPACES D’EXPRESSION ET DE CRÉATIVITÉ EN HAÏTI ?



1/ DEFINITIONS GENERALES

        1.       Loisirs
Activités, pratiques dites de « temps libre », qui se définissent par opposition au temps passé au travail. Les loisirs sont en général associés à des notions telles que le plaisir ou le divertissement. La définition des loisirs est fonction de l'époque dans laquelle ils s'inscrivent, mais en règle générale, ils ont toujours été le reflet des sociétés et de leurs inégalités. Les différentes catégories sociales peuvent plus ou moins facilement se dégager des servitudes du travail et ont un accès plus ou moins aisé aux loisirs en fonction de leurs revenus.




Notions à consulter : Société de loisir, divertissement, distraction, culture de chambre, culture urbaines, bon plan
Lire pour aller plus loin
• Encyclopédie Encarta  2008

       2.      Vie associative
C’est participer ou militer dans une association. Une association est une structure où plusieurs personnes (les membres) se regroupent autour d'un but commun, appelé objet de l'association. Leur motivation est de poursuivre ensemble ce but et non de tirer un profit de leur activité : les membres de l'association sont des amateurs. Une association, en principe, est à but non lucratif. Les activités déployées relèvent souvent d’une mission d’intérêt général en contribuant au maintien et au renforcement de la cohésion sociale. Elle promeut des valeurs comme la solidarité et l’engagement social, le volontariat, le bénévolat.

Constitution du 29 mars 1987 Section E- De la liberté de réunion et d’association
Art 31 La liberté d’association et de réunion sans armes à des fins politiques, économiques, sociales, culturelles ou à toutes autres fins pacifiques, est garantie.
Art 31-3 Nul ne peut être contraint de s’affilier à une association quel qu’en soit le caractère.     

Adhérer à une association répond souvent à plusieurs motivations, même si elles n’ont pas toutes la même force d’incitation. Le désir d’aider autrui (être utile à la société, faire quelque chose pour les autres) est le motif le plus fréquemment invoqué par les jeunes, mais la recherche de relations interpersonnelles (« Souhaiter rencontrer des personnes ayant les même préoccupations et se faire des amis ») et l’épanouissement personnel (« s’épanouir, occuper son temps libre ») sont également mis en avant à titre de mobile principal ou de raison plus secondaire.

Notions à consulter : Volontariat, bénévolat, société civile, engagement social, vie citoyenne
Lire pour aller plus loin
• Encyclopédie Encarta  2008
• Lionel Prouteau et François-Charles Wolff, Donner son temps : les bénévoles dans la vie associative, INSEE. [PDF]
• Loi des associations en Haïti (MPCE). [PDF]
  1. Qu’est-ce qu’un espace d’expression et de créativité?
Un  espace d’expression et de créativité est un lieu physique, virtuel ou symbolique dans lequel un individu peut exercer sa liberté de communiquer, de s’exprimer, d’apprendre, d’agir, de créer, d’inventer, de s’épanouir dans les limites et le respect de la loi.
Notions à consulter : espace virtuel, cyberespace, espace symbolique

2/ ETAT DES LIEUX ET ENJEUX

a. Loisirs (occuper son temps)
a.1.        Historique
C'est la révolution industrielle qui modifia profondément la notion de loisirs en la dissociant peu à peu des pratiques collectives. La transformation rapide des liens de solidarité traditionnels et des modes de production ont augmenté les inégalités sociales et l'aliénation de l'homme dans le travail, suscitant des besoins nouveaux sur le plan des loisirs.

Dès le XIXe siècle, les loisirs figurèrent parmi les revendications sociales : ils représentaient un besoin d'affranchissement de la servitude du travail et un instrument de réalisation de soi. En vertu de ce changement radical de la conception des loisirs, ceux-ci apparurent comme un moyen d'épanouissement individuel. Peu à peu, les loisirs sont devenus synonymes de vacances, de libération des contraintes professionnelles, voire de rupture totale avec le monde du travail.

Au début de l'ère de la consommation de masse, les loisirs sont devenus des biens de consommation courante et parfois même une finalité en soi, un pur divertissement sans réel épanouissement social. Ils constituent aujourd'hui un domaine économique à part entière, comme en témoigne l'existence de l'industrie des loisirs : la télévision, objet de loisir par excellence, reflète parfaitement cette tendance actuelle. Ainsi, les chaînes dites commerciales, qui proposent des distractions au grand public, financent leurs programmes avec les recettes publicitaires.

En règle générale, les loisirs ont perdu le caractère collectif qui les caractérisait auparavant, reflétant par là l'évolution de la société contemporaine. Les loisirs se définissent davantage par rapport au travail, représentant une rupture avec celui-ci, alors que par le passé ils pouvaient en être la célébration.

Lire pour aller plus loin
• Encyclopédie Encarta  2008
Alain Corbin, L’avènement des loisirs, Flammarion 2009, Paris

a.2.        Les loisirs des jeunes en Haïti
En Haïti, on constate que très peu d’infrastructures de loisirs desservent les jeunes. On note que les institutions et infrastructures pouvant attirer les jeunes font défaut et que celles destinées à cette fin sont quasi-inexistantes dans les écoles où les jeunes passent la majeure partie de leur temps. Il n’existe aucune salle de spectacle, ni de cinéma, mais des centres culturels et des centres sportifs disparates. Tout ceci crée une situation où la jeunesse désœuvrée est laissée à elle-même, dans une atmosphère où la vie pour eux n’est plus que de simples exercices monotones : aller à l’école (ceux qui peuvent s’y rendre) pour retourner à la maison, rester à la maison à ne rien faire durant les vacances ou trainer dans les rues.

Une telle situation n’est favorable qu’à rendre encore plus vulnérables des jeunes qui, pour échapper à l’inaction, et pour satisfaire leur quête de distraction, ne trouveront d’autres alternatives que celles qui leur sont souvent proposées par des boites de nuits, les films violents ou obscènes diffusés à la télévision et des activités de débauche tardivement organisées dans presque tous les quartiers de la ville, plus connues sous le nom de  ‘Ti Sourit'. Cette situation constitue un danger certain pour l’avenir de la jeunesse en Haïti. 

Par ailleurs, on trouve, dans les propositions publiques, des équipements d’accès libres tels que terrains de basket et cités-stades qui sont explicitement conçus pour canaliser l’agressivité ou la frustration des jeunes dans des activités sportives libres. Les terrains de sports d’accès libre concernent aujourd’hui 100% de garçons. On cherche encore une proposition publique équivalente pour les jeunes filles.

a.3.        Les types de loisirs courants en Haïti
Les lieux (par les habitudes de fréquentation): la plage, les boites de nuit, les clubs de danse, les espaces récréatifs (terrains et salles de sport), les bibliothèques, les centres culturels, les jardins publics, les lieux de villégiature ou touristiques…
Les événements (par la vigueur de la participation): les festivals de musique, le carnaval, les fêtes champêtres ou patronales, les rassemblements festifs (‘ti sourit’, after school, pool party…), les événements sportifs (foot, basket, volley), les  concours, les spectacles culturels ou artistiques, les journées récréatives…
Les passe-temps (les favoris et les plus courants): le flirt amoureux, regarder la télé, surfer sur internet, s’adonner au sexe libre, à des activités artistiques, pratiquer un sport, jouir de distractions, voir les ami(e)s, faire de la musique, jouer aux jeux vidéos ou créatifs, militer dans une association de jeunes,
Les bons plans : les excursions et randonnées diverses, les sorties en commun, les visites-découvertes en dehors des centres urbains, séjours de vacances en province ou à la campagne, les camps d’été…

b. Vie associative (donner son temps)
Créer ou militer dans une association permet de réaliser des tâches qu'il serait impossible d'accomplir seul. Plusieurs membres consacrent une partie de leur temps à son fonctionnement (bénévolat). Une association est ce que l'on appelle une personne morale, identifiée par son nom, c'est-à-dire qu'elle peut accomplir des actes juridiques (conclure des contrats) au nom de tous ses membres.

Les associations peuvent être de toute taille et leur objet peut appartenir à tous les domaines en Haïti (Lire article 8 dans l’encadré). Des associations reconnues d'utilité publique peuvent collecter des dons, comme celles qui s'occupent de nourrir les démunis et loger les sans-abri.

PROJET DE LOI- CADRE FIXANT LE STATUT GENERAL DES ASSOCIATIONS EN HAITI
Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE)
Article 1.- L'association est une convention par laquelle plusieurs personnes mettent en commun d'une façon permanente leurs connaissances, leurs activités et leurs idéaux, dans un but non lucratif, c'est à dire dans un but autre que de partager des bénéfices.
Article 2.- L'association est régie par son acte constitutif, ses statuts et par les lois haïtiennes en vigueur.
Article 3.- Toute association peut se former librement sans autorisation ni déclaration préalable. Elle jouit de la capacité juridique si elle se conforme aux dispositions des articles 6,7 et 8 de la présente loi.
Article 4.- Toute association qui veut obtenir un statut particulier, en application des lois spéciales régissant la matière, doit préalablement obtenir la personnalité juridique conformément à la présente loi.
Article 5.- Toute association fondée sur une cause ou en vue d'un objet illicite, contraire aux bonnes mœurs, à la loi et à la Constitution est nulle et de nul effet.
Article 6.- Toute association doit compter au moins trois (3) membres et avoir une assemblée délibérative et une instance dirigeante.
Article 7.- Les statuts de toute association constituée sur le territoire haïtien doivent contenir:
- les noms, domiciles, adresse, numéro d'identification ou d'immatriculation
fiscale des fondateurs ; - la dénomination, le but, les objectifs, la durée, le siège social de l'Association ; - la structure organisationnelle ; - les droits et obligations des membres ; - les pouvoirs des assemblées ; - les attributions des dirigeants ; - les conditions d'admission et de radiation des membres ; - la source du patrimoine, s'il en existe ; - les modalités et procédures électorales ; - les procédures de résolution des conflits et des litiges ;
- la détermination des causes et des modes de dissolution ; - la disposition des biens en cas de dissolution
Article 8.- La dénomination de toute association haïtienne doit être exprimé dans l'une des deux langues du pays.
Le sport, la culture et les loisirs ainsi que la défense des droits sont les terrains de prédilection du bénévolat masculin, tandis que les activités éducatives, religieuses mais aussi l’action sociale, caritative et humanitaire sont nettement plus féminisées.

Les Associations jeunesse en Haïti

Les nationales : FOSREF, VDH, KIRO, Scouts d’Haïti, les Guides d’Haïti, les Maisons de jeunes, les Clubs de débat de FOKAL, les Brigades chrétiennes et lumières d’Haïti, YMCA, YWCA, Toastmaster…
Les locales : les associations de quartiers (une pléthore sur le territoire)
Les confessionnelles : Mouvement Eucharistique des Jeunes, Mouvement des Jeunes Témoins du Christ, Feu Nouveau, les chorales d’église, les orchestres évangéliques, fédération nationale des associations des jeunes des églises Baptiste…
Les étudiantes : les associations d’étudiants (à l’UEH, à l’UniQ), Groupe ECHO (ENST, CTPEA), association d’élèves finissants…
Les culturelles : les clubs de lecture, de littérature, les troupes de théâtre, de danse… (une pléthore sur le territoire)
Les sportives : les clubs sportifs (football, basket, volley, échecs)

c. Espaces d’expression et de créativité des jeunes (expérimenter la liberté)

Espaces physiques : l’école et les écoles de danse, de musique, de théâtre pour s’exprimer − l’église pour manifester son appartenance religieuse, la rue et les lieux publics pour manifester, revendiquer… − les centres sportifs pour se recréer, s’affirmer − les centres culturels pour développer et partager ses talents (en animations, en  peinture, en dessin, en écriture, en modelage, en chant…) − les clubs (de jeux, de débat, de lecture, de danse…)…

Espaces virtuels : le cyberespace ou réalité virtuelle pour créer, internet pour communiquer, interagir, développer ses compétences − les réseaux sociaux pour s’affirmer, partager, exprimer sa solidarité, créer un double de lui-même  (Facebook, Tweeter, Google+, Instragram, Taboo, You Tube…) − les applications informatiques sur ordinateur pour créer, développer ses capacités (jeux vidéo, logiciels de dessins et de traitement d’images, les consoles de sons sur ordinateurs)

Espaces symboliques : le corps pour affirmer sa personnalité et ses différences (maquillage, coiffure, habillement, tatouage, piercing, fitness ou bodybuilding, parures) ou pour marquer sa préférence religieuse, sa solidarité à un groupe, un statut (parures, croix, bracelets, bagues…) − la vie associative pour s’accomplir et agir (clubs de débat, associations culturelles, associations de quartiers) − les événements culturels pour extérioriser ses talents artistiques et de déguisements (les concours de chants, de musique, de danse, de miss, d’écriture; le carnaval ; les festivals d’arts populaires…) − le processus électoral pour exprimer ses choix ou convictions politiques – les conférences-débats pour promouvoir ses opinions

Les modes d’expression se manifestent dans la danse, la gestuelle, la musique, la chanson, l’écriture, la photographie, des actes posés, les arts plastiques, les activités artistiques, les activités sportives, les activités culturelles, les jeux créatifs.

La créativité des jeunes s’exerce dans l’invention d’avatars (un double virtuel de soi sur internet), de codes vestimentaires, d’un langage stéréotypé, d’un style, d’un look, d’une danse, d’une personnalité (un pseudonyme), de jeux créatifs, de textes de chansons…


3/ DEFIS ET PERSPECTIVES

A- Les Loisirs en Haïti

1. Défis (mixité et vision)
a.1          La mixité filles/garçons dans les loisirs des jeunes
- L’offre de loisirs subventionnée, toutes activités confondues, s’adresse en moyenne à deux fois plus de garçons que de filles.
- Les filles disparaissent des équipements et espaces publics destinés aux loisirs des jeunes.
- Les activités non mixtes masculines sont beaucoup plus importantes que les activités non mixtes féminines. Dès l’entrée en sixième, la séparation des sexes dans les loisirs s’accentue et amplifie le décalage entre les activités masculines et féminines.
- Les pratiques de loisirs semblent très fortement imprégnées des stéréotypes de sexe, au point que le choix d’une activité ou d’une autre paraisse déterminant dans la constitution des identités sexuées par les enfants et leur famille : aux garçons les activités valorisant la force, l’agressivité, le collectif, l’occupation physique de l’espace public ; aux filles les activités privilégiant la grâce, la sensibilité, l’effacement, l’espace fermé ou privé.
a.2         occuper le temps libre des jeunes (initiatives à l’école, des parents et d’autres acteurs du temps libre, organisation récurrente de concours, de compétitions, de spectacles publics gratuits)
a.3          développer d’autres types de loisirs en s’inspirant des initiatives d’autres pays, (campings, sports nature, sports et compétitions nautiques, tourisme intérieur à moindre couts)
a.3          investir dans de nouveaux équipements et autres infrastructures de loisirs (aires de campings, parcs naturels, zoos, réserves biologiques, parcs à thèmes, parcs d’attractions, gymnasiums municipaux multisports, couloirs touristiques, salles de concerts, de cinéma…)
a.4         arriver à faire émerger et se développer dans le pays une véritable industrie de loisirs et de divertissements

2. Perspectives (un gisement non exploité)
-              Grand gisement de consommateurs et forte demande en loisirs des jeunes toutes catégories sociales confondues
-              Investissements publics dans des équipements sportifs et infrastructures de loisirs en cours (stades municipaux, places publiques, plages aménagées en province, musées thématiques de proximité…)
-              Création de parcs de loisirs (jardins botaniques, parcs à thèmes, parcs animaliers ; aménagement de campings ; aires de jeux dans les quartiers); création de salles de cinéma, de salles de spectacles polyvalentes, d’écoles de musique…
-              Subvention publique des offres de loisirs
-               Intégrer les loisirs comme mode d’apprentissage dans le système éducatif


B- Les Associations jeunesse en Haïti (un potentiel mal connu et peu utilisé)

1. Défis
-              Accompagner les associations de jeunes pour les pérenniser, les renforcer
-              Utiliser les associations de jeunes comme des relais de communication et de        sensibilisation efficace
-              Organiser le bénévolat et le valoriser dans le système éducatif, dans l’administration publique et les organisations privées

2. Perspectives
-              Associer les associations de jeunes à des activités collectives bénévoles d’envergure (alphabétisation, vaccination, reboisement, alphanétisation, coaching d’enfants, assainissement des quartiers, promotion de droits humains, observation électorale, vigilance de quartier),
-              Engager les associations de jeunes dans des actions ou activités civiques


C- Les Espaces d’expression et de créativité pour la jeunesse haïtienne (on peut mieux faire)

1. Défis
-              multiplier ces espaces
-              rendre certains espaces réservés plus accessibles
-              faire respecter la loi
-              institutionnaliser ces espaces
-              risque d’expériences non abouties

2. Perspectives
-              mieux accompagner les jeunes dans  ces espaces
-              créer des espaces d’expression dans les médias audiovisuels avec des émissions dédiées
-              forte attente des jeunes pour ce genre d’expériences


Réalisé par Jean-Gérard Anis & Carine Schermann
FOKAL   Mars-Avril 2014

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