mercredi 7 mai 2014

Les écoles mixtes sont meilleures pour l’éducation des jeunes. Tout un débat !


Les 2 animateurs du club de Christ-Roi, Alfred Désir et sachernka Anacassis, ont organisé le samedi 3 mai 2014, à l’école congréganiste de Christ-Roi, à la 1ère ruelle Nazon, le premier tournoi interscolaire de débat de l’année. Cette compétition a opposé 8 établissements secondaires du centre-ville de Port-au-Prince : 1 lycée public, (Lycée Marie Jeanne), 1 lycée dirigé par des Sœurs (Lycée technique Elie Dubois), 5 collèges privés (Institut Orphée Noir, Institution mixte Sainte-Geneviève, Collège Mixte la Bergerie, Collège du Canapé-Vert, Collège Cœurs Unis), 1 école congréganiste (Ecole congréganiste de Christ-Roi).


Une débatteuse de l'équipe de l'école congréganiste de Christ-Roi en plein discours
La participation de quatorze jeunes du club de Martissant, conduits par Jennyfer Desrosiers et Miranda Pierre-Louis, les animatrices de leur club et également juges dans ce tournoi, a été grandement appréciée. Pour la plupart novices dans le débat, ils étaient venus à ce tournoi pour parachever leur formation au débat en observant la manière de faire des compétiteurs. Ils ne furent pas déçus.

Un sujet de débat opportun

L’énoncé du tournoi a été : « Les écoles mixtes sont meilleures pour l’éducation des jeunes ». Ce sujet est tombé à point nommé puisque 4 écoles mixtes et 4 écoles non mixtes s’affrontaient autour de cette résolution. Le sujet offrait donc l’opportunité de confronter, voire d’évaluer la formation académique donnée dans ces 2 sortes d’établissement. L’école gagnante du tournoi allait-elle faire mentir ou conforter cette affirmation ? Difficile à dire...
Les élèves du lycée technique Elie Dubois venues supporter leur équipe
24 débatteurs, dont 20 filles et 6 juges, étaient engagés dans ce tournoi. Le public, d’une soixantaine de personnes approximativement, était constitué à 90% de filles. À croire que les filles s’intéressent particulièrement au débat, davantage que les garçons. Dans la plupart des tournois nationaux de débat organisés par FOKAL, les filles remportent le titre de Meilleur débatteur. D’ailleurs, des 8 équipes dans cette compétition interscolaire, 5 étaient exclusivement composées de filles, sauf celles des collèges Cœurs Unis, du Canapé-Vert et de la Bergerie où même là encore les garçons ont été minoritaires.

Bref, le tournoi a tenu ses promesses : un public nombreux, des débatteurs déterminés, du fair play entre les compétiteurs, de bons arguments des 2 cotés opposés, des clashes d’arguments, du talent à ne pas douter, de l’éloquence à revendre, des applaudissements de l’auditoire et des… larmes des perdants. La palme des supporteurs revient au lycée technique Elie Dubois qui a emmené une quarantaine d’élèves, uniquement des filles, pour soutenir leur équipe… de filles. Elles en avaient pour leur compte.

Les gagnants ne sont pas toujours ceux que l’on croit

L’équipe la plus séduisante du tournoi a été incontestablement l’équipe du lycée Elie Dubois. Emmenée par un trio de débatteuses talentueuses, faisant leur première expérience au débat, cette équipe a perdu de peu la finale gagnée par l’équipe de l’école congréganiste de Christ-Roi, plus expérimentée et qui est à leur 4e tournoi d’envergure (cette même équipe a déjà participé en l’espace de 12 mois à un tournoi dans leur club, un tournoi régional, un tournoi national). La forte expérience des compétitions de débat de l’équipe de Chris-roi s’est révélée payante. Une leçon à retenir par les autres débatteurs du réseau.
L'équipe du lycée technique Elie Dubois
Cependant, même si elle n’a pas été championne dans ce tournoi interscolaire, l’équipe du lycée Elie Dubois a eu le mérite de remporter le titre du Meilleur débatteur (et du 2e meilleur débatteur). Un tour de force majeur, une performance rare pour une équipe qui perd sa finale de débat. Les filles d’Elie Dubois ont fait honneur à leur école et à leurs camarades supporteurs venues les soutenir en grand nombre.

Une autre équipe qui a fait forte impression a été le lycée Marie-Jeanne, battu en demi-finale par le lycée Elie Dubois. Défendant avec courage leur chance de remporter le titre de champion, la persévérance de cette équipe a quelque faibli face à des débatteuses d’Elie Dubois qui sont montées en puissance de match en match. Leur fureur de gagner s’est émoussée en demi-finale, due probablement à la fatigue ou au stress de l’enjeu. Nul ne saura. Mais le lycée Marie-Jeanne a laissé la compétition la tête haute.

Filles et garçons à l’école ne font pas bon ménage, croit-on.

Les arguments les plus remarquables sur l’énoncé en faveur ou contre les écoles mixtes, définies couramment par les débatteurs comme « des établissements scolaires où l’on admet les filles et les garçons dans la même classe pour une formation collective », ont été les suivants :
Une débatteuse de l'Institut Orphée Noir interrogeant son adversaire
1. Les écoles mixtes aident à combattre la discrimination sexuelle en milieu scolaire, car les préjugés sexuels et les attitudes sexistes tombent, ou bien régressent fortement. La mixité révèle que les filles sont aussi douées dans les matières scientifiques (maths, physique, chimie) prétendument considérées de l’apanage des garçons. Un argument qu’a voulu minimiser une équipe négative qui a soutenu que les écoles mixtes ne combattent pas les autres discriminations sociales ni les préjugés. Au contraire, les écoles mixtes augmentent la discrimination sexuelle à cause de la différence de traitement des professeurs, plus à l’avantage des garçons.

2. Les écoles mixtes rétablissent l’égalité intellectuelle entre filles et garçons, car en recevant une même formation, en fréquentant les mêmes cours, les jeunes des 2 sexes aboutissent à une égalité de droit à la connaissance. Les filles et les garçons ont le même parcours académique en sciences, lettres et sciences sociales que leurs camarades masculins. Ce contre quoi des débatteurs adverses se sont insurgés en démontrant que ce parcours identique évoqué est factice, car en classe les filles se consacrent davantage à leur beauté physique et au jeu des rivalités et de la séduction pour capter l’attention des garçons, qui aboutit à des rapports sexuels précoces ayant pour conséquences des grossesses non désirées ruinant leurs ambitions scolaires.
Contre-interrogatoire entre le collège mixte la Bergerie et celui du Canapé-Vert
3. Les écoles mixtes rétablissent l’équilibre social entre les jeunes des 2 sexes. Les filles ont davantage d’estime d’elles-mêmes, ne se sentant plus minimisées par rapport à leurs camarades masculins. Elles rejettent plus volontiers la domination des garçons puisque la mixité leur fait rendre compte qu’elles ont les mêmes capacités de réflexion, et d’exceller que les garçons dans n’importe quelle discipline. Cet argument a été rejeté par une équipe négative qui a stipulé que les écoles mixtes favorisent les garçons au détriment des filles, car on remarque que les enseignants consacrent en classe davantage de temps aux garçons (56%) qu’aux filles (44%), selon une étude d’une psychologue allemande que les débatteurs ont cité souvent.

4. Les jeunes des écoles mixtes réussissent mieux que dans les écoles non mixtes, car une saine compétition s’installe entre filles et garçons, laquelle incite à un effort scolaire plus important de leur part afin d’obtenir de meilleurs résultats. Ainsi filles et garçons dépassent les préjugés des premiers par rapport aux secondes, et donc s’épanouissent intellectuellement mieux. Les garçons s’imposent plus en classe que les filles, habituellement plus passives, a rétorqué une équipe adverse, et les profs interrogent les garçons plus régulièrement et sont plus attentifs à leurs interventions.
Contre-interrogatoire entre le collège Coeurs Unis et le lycée Marie Jeanne
5. Les écoles mixtes contribuent à l’égalité des chances de réussite des filles et des garçons, car filles et garçons ont la possibilité de s’orienter vers la profession de son choix sans discrimination. Cet argument a été réfuté par un débatteur opposé qui a affirmé que les faits en Haïti démentent ce résultat, où les professions libérales les plus prometteuses et les mieux rémunérées sont monopolisées par les hommes.

Ainsi, si pour les équipes affirmatives, les écoles mixtes contribuent à promouvoir une société plus égalitaire, plus équilibrée, plus juste, leurs adversaires pensent au contraire que les études à ce sujet en Europe et en Afrique ont remis en question l’efficacité de la mixité dans les résultats scolaires, qui ne fait que renforcer les stéréotypes sexuels entre filles et garçons, au détriment des premières. L’éducation en paie le prix.

Que disent les faits de nos jours ?

La grande majorité des écoles en Haïti et dans la quasi-totalité des pays dans le monde (sont mixtes. Seules les écoles congréganistes ou confessionnelles et des pays fondamentalistes musulmans et arabes comme l’Afghanistan, le Pakistan, l’Arabie Saoudite tendent à donner une éducation séparée aux filles et aux garçons.
L'équipe du lycée Marie Jeanne
En Haïti, l’équité de genre n’est jusqu’ici pas atteinte : les taux de scolarisation sont de 10% plus élevés chez les garçons que les filles, indépendamment du secteur de résidence. Source UNFPA

Les filles ont un taux de fréquentation scolaire légèrement plus élevé que les garçons, mais un décrochage se fait à partir de 17 ans. Le décrochage est particulièrement net à partir de 19 ans. Le taux de fréquentation scolaire des filles passe en dessous de celle des garçons avec des écarts croissants jusqu’à 24 ans. Source IHSI.

En Haïti, les filles réussissent davantage le baccalauréat que les garçons, toutes proportions gardées. Source MENFP

Effectivement, les garçons s’orientent davantage vers les études scientifiques que les filles dans le monde.

Les leçons du débat sur la mixité à l’école

Les préjugés ont la vie dure en Haïti. Et ce genre de débat devrait se répéter dans les écoles pour rompre le cou aux discriminations sexuelles en classe et ailleurs. Le débat est formateur. C’est une évidence. Il forge le caractère des débatteurs (en faisant tomber le masque du commun), renforce les capacités de réflexion (en décuplant leur esprit critique), leur inculque des habiletés (à communiquer en public notamment).
Bravo les filles!
Les filles ont non seulement un talent fou pour débattre, mais encore elles se montrent beaucoup plus déterminées pour convaincre. La vigueur, pour ne pas dire la fureur dont elles ont fait montre pour défendre souvent avec brio leurs positions pour ou contre, est révélatrice d’un fort caractère que l’école haïtienne n’est pas en mesure de faire émerger chez elles.

On aimerait croire que le débat est l’arme qui permet aux filles de prendre leur revanche sur les garçons, l’outil qui brise les préjugés sexistes au détriment des filles, et surtout le moyen qui permet rapprocher les êtres même quand ils ont des opinions opposées. Les expériences de ce programme ne cessent de le démontrer.

Jean-Gérard Anis
Coordonnateur du PIJ

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